Encore un étranger fusillé, civil de surcrois… L'Armée d'Orient avait fort à faire avec les "locaux" qui servaient une Nation ou l'autre, parfois les deux…

GAKI Marko - Jugement

Marko Natcho naît en 1894 à Starovo, fils de Marko Natcho et Aspesia LACHA. Il est commerçant à Kontza, au moment des faits qui lui sont reprochés. Il est célibataire.

GAKI Marko - Etat-civil

L'affaire commence en avril 1917, avec l'arrestation de Osman BAKALBATCHICH et ses révélations pour éviter la peine de mort…

"Le 12 avril 1917, le nommé BAKALBATCHICH Osman est condamné à mort par le Conseil de Guerre de la 156ème Division d'Infanterie pour intelligence avec l'ennemi. Dès le rendu de sa condamnation, il se déclare prêt à faire des révélations. Le même jour, il fournit les indications les plus précises sur les voyages qu'il avait entrepris dans nos lignes sur l'organisation de l'espionnage chez nos ennemis et livrant les noms d'un certain nombre d'agents à la soldes des Autrichiens et des Bulgares entre autres, Abdul HAÏDAR. […]" Ce dernier, lors d'un interrogatoire, déclare "Je connais ou plutôt j'ai eu l'occasion de recevoir des instructions de Zenel concernant différents individus qu'il m'avait chargé de visiter mais que je n'ai pu joindre. C'est ainsi que je devait rencontrer Adem BEKIR qui habite l'hôtel Monastir à Koritza. Cet individu, de complicité avec son frère Pitto, changeur et épicier, se livre au trafic de l'or et fournit des renseignements militaires qui sont transmis par l'intermédiaire de Mejmet Chaouch, Baki Vessel et Rakib Ibrahim. […]"

C'est ainsi que Marko Natcho GAKI est arrêté avec Adam BEKIR. Ils affirment tous deux avoir accompli deux missions à Placa, pour le compte du Colonel DESCOURS, mission au cours desquelles ils avaient recueilli des renseignements. Profitant d'obtenir des missions du commandement français, ils travaillaient pour le compte de l'ennemi. Ils donnaient surtout des renseignements sur la situation militaire à Koritza, le nombre d'hommes (30 000), etc.

Marko Natcho GAKI a profité de son statut de commerçant pour pratiquer la contrebande de l'or en donnant l'impression de travailler à la solde des autorités françaises, il servait les intérêts de nos ennemis. C'est par la suite qu'il s'est associé en commerce avec Adam BEKIR, chacun apportant ses marchandises et donc la somme correspondante, environ 2000 napoléons. C'est ainsi qu'il a commencé à "travailler" pour le préfet de police de Koritza en rapportant des renseignements pour le compte des Autrichiens et des Bulgares. Les faits se sont déroulés par deux fois en janvier et février 1917, mais il ne donne pas de dates précises.

Marko Natcho est interrogé par le Service de Sûreté de l'Armée d'Orient le 8 mai 1917. Il déclare qu'il sait "lire et écrire l'albanais et le grec" qu'il n'a pas fait de service militaire et qu'il n'a jamais été condamné. Il est allé à l'école jusque l'âge de seize ans. En août 1916, pour éviter d'être enrôlé dans l'armée bulgare, il est venu s'installer à Koritza, évitant ainsi toute obligation militaire.

Marko Natcho est interrogé le 11 juillet 1917 par le Conseil de Guerre de la 57ème Division d'Infanterie. Le Conseil est assité de MEYIS, interprète pour la langue ture=que ; ce dernier a prêté serment. Après que le Président du Conseil de Guerre lui ait exposé les motifs de sa présentation, Marko Natcho a répondu : "Je n'ai rien d'autre à ajouter à ce que j'ai dit le 8 mai 1917. J'ai fait des voyages à Alarupt mais je n'ai jamais passé les lignes. A aucun moment je ne me suis livré à la contrebande de l'or". Et il signe.

Marko Natcho GAKI comparaît devant le Conseil de Guerre de la 57ème Division d'Infanterie le 23 août 1917. D'autres sont aussi présents pour des motifs différents. Ils sont dix-huit à comparaître pour avoir protégé l'espion BAKALBATCHICH, pour avoir entretenu des intelligences avec l'ennemi et d'avoir reçu de l'argent en faisant de la contrebande de l'or et aussi protégé un individu en cavale. La France, nation en guerre contre l'Allemagne, étant présente sur le sol Albanais, le Conseil de Guerre juge ces personnes au vu de l'article 63 du Code de Justice militaire : "sont justiciables des conseils de guerre, si l'armée est sur le territoire ennemi, tous individus prévenus soit comme auteurs soit comme complices d'un des crimes ou délits prévus par le titre II du présent Code". Marko Natcho GAKI est donc condamné à la peine de mort. Le jugement est rendu le jour-même de l'audience.

Marki Natcho GAKI est fusillé avec ses comparses le 25 août 1917, à 18h30, à Zélénik, en Serbie.

 GAKI Marko - PV

 

Mais que faisaient les troupes françaises en Albanie, en Bulgarie et autres pays d'Orient ? 

C'est fin 1914 que Winston CHURCHILL pense qu'il faudrait venir par l'Orient pour encercler les alliés des Allemands et soutenir l'armée russe. C'est ainsi qu'est créé le Corps Expéditionnaire d'Orient en février 1915 qui participe au débarquement terrestre, en avril 1915, sur la presqu'île de Gallipoli. L'Armée d'Orient est créée en octobre 1915 à Salonique. Les forces alliées occidentales débarquent en Grèce à partir du 3 octobre 1915 (57ème, 122ème et 157ème Divisions d'Infanterie) sous le commandement du Général BAILLOUR. L'ensemble des forces alliées étant sous les ordres du Général SARRAIL. Ces troupes sont envoyées dans le nord de la Grèce pour soutenir les militaires serbes. Le désaccord Franco-Anglais sur la question de la Grèce est profond : comment maintenir sur place 150 000 hommes contre 400 000 austro-germano-bulgares ? Les soldats, dans les Balkans, outre les blessures de guerre, subissent aussi les maladies comme le paludisme, le scorbut. En décembre 1917, le Général GUILLAUMAT prend le commandement des Forces alliées. La situation va s'améliorer. Les forces ennemies sont préoccupées par ce qui se passe à leur propre frontière (Empire Ottoman, Autriche, Allemagne). Reste donc la Bulgarie. Nouveau changement de Commandant en juin 1918, Le Général FRANCHET d'ESPEREY arrive à Salonique le 18 ! En septembre, les Français et les Serbes avancent sur Belgrade et les Grecs et les Anglais se dirigent vers la Bulgarie en direction de la vallée du Vardar. La dernière charge française a lieu le 29 septembre 1918 à Usküb, capitale de la Macédoine. Ce sont 300 000 soldats, dont au moins 50 000 ne sont pas revenus, qui ont combattu dans les Balkans. Les derniers ne rentreront en France qu'en mars 1919 !

 

Des Poilus en Macédoine...

 

Il était difficle de savoir qui était nos "amis" et qui étaient nos "ennemis". Dans un pays occupé, la population se défend comme elle peut...