Les fusillés de la Première Guerre Mondiale ne sont pas tous des criminels mais le Code de Justice Militaire en vigueur est rigoureux et le temps de guerre ne permet pas la "tolérance" de la part des autorités en présence…

FAUVET Arthur Félix Oscar - Jugement

Arthur Félix Oscar FAUVET naît le 3 février 1883 à Brêmes, dans le Pas-de-Calais. Il est fils de Jules Aimé Oscar, vingt-huit ans, cordonnier, et Louise Adéline BRAURE, vingt-et-un ans, ouvrière en tulle. Il est l'aîné d'une fratrie de huit enfants, les quatre aînés nés à Brêmes :

  • Alphonsine Julienne Marie, née le 3 mai 1885,
  • Aline Aimée Julie Sophie, née le 10 octobre 1887,
  • Léon Oscar Jules, le 22 janvier 1890,
  • Auguste Oscar Isidore, le 25 août 1891,
  • Oscar Henri Arthur, né le 7 juin 1893 à Ardres, décédé le 19 janvier 1894 à Bois-en-Ardres,
  • Henri Arthur Oscar, né le 15 septembre 1895 à Bois-en-Ardres, décédé le 14 janvier 1899 à Ardres,
  • Adélina Sophie Maria, né le 18 décembre 1899 à Ardres.

Au recensement de sa classe, celle de 1903, Arthur Félix Oscar, exerçant la profession d'ouvrier d'industrie, est décrit les cheveux noirs, les yeux bleus et mesurant 1,58 m. Tout d'abord ajourné pour faiblesse en 1904, déclaré par la suite "Bon pour le service", il est incorporé le 9 octobre 1905 au 147ème Régiment d'Infanterie. A la fin de son service, il est renvoyé dans ses foyers le 13 juillet 1907 avec le certificat de bonne conduite.

FAUVET Arthur Félix Oscar - FM

En 1914, ouvrier de charpentes et demeurant à Béthune, il est rappelé par l'Ordre de Mobilisation générale du 1er août 1914, et rejoint le 1er Régiment d'Infanterie le 12 août suivant. Il passe ensuite au 100ème Régiment d'Infanterie le 3 août 1915.

Que se passe-t-il en ce début d'année 1916 ? Las de cette guerre ? Sûrement, comme bon nombre de ces hommes qui sont au combat depuis déjà deux longues années… Arthur Félix Oscar quitte une première fois son régiment le 1er mars 1916, mais il revient le 30 ! Il passe tout de même devant le Conseil de Guerre de la 128ème Division d'Infanterie qui le condamne à deux ans de Travaux publics et suspend la peine jusqu'à la fin des hostilités. Il est maintenu dans son régiment.

Le 11 juillet 1916, Arthur Félix Oscar FAUVET part avec sa Compagnie pour se porter aux emplacements de combat, le long de la voie ferrée, en face de Fleury. Vers 21 heures, la section reçoit l'ordre de se porter en avant, 80 mètres. Arthur ne suit pas : plus personne ne le voit : il a quitté son poste.

"Une contre-attaque est prescrite pour les 2ème et 3ème Bataillon, dans la direction du village de Fleury, où l'ennemi a pu progresser. Cette contre-attaque, d'abord ordonnée pour 17h30 est ensuite reportée à 21h30. Les 2ème et 3ème Bataillons restent en attente sur les pentes sud de la Batterie du Fort de Saint Michel. Les officiers procèdent à la reconnaissance du terrain. A l'heure indiquée, la contre-attaque est déclenchée. […] Après avoir refoulé quelques éléments ennemis d'avant-garde, notre contre-attaque est arrêtée par un très violent feu de mitrailleuses. Plusieurs essais de reprise de mouvement échouent devant les feux de flanc partant principalement de l'ouvrage dit "La Poudrière". La ligne se cristallise et se retranche dans les trous d'obus. Les pertes sont 20 blessés, dont 3 officiers, et 1 tué." JMO du 100ème R.I. –Mémoire des Hommes - Cote 26 N 673/17

Nécropole Nationale - Fleury-devant-Douaumont (c) C. MENOT

Il raconte "qu'il ne s'est pas aperçu que la section faisait un bond en avant et qu'il est resté là où il était durant quatre jours. Il a erré ensuite a la recherche de la compagnie. Le 28 juillet, il s'est présenté à la gare de Lemmes où il a reçu un titre de transport pour rejoindre le dépôt des isolés à Bar-le-Duc. Il disparaît à nouveau et réapparaît le 14 août lorsqu'il se présente à son unité stationné à Pont-sur-Meuse".

Mais il part où ? II fait quoi ? Apparemment, il part avec l'intention de revenir puisqu'il revient de son plein gré ! Il est donc à nouveau jugé par le Conseil de Guerre de la 128ème Division d'Infanterie, le 18 septembre 1916. L'objet de l'accusation est "Coupable, le 11 juillet 1916, dans le secteur de Souville, d'abandon de poste en présence de l'ennemi ainsi que de désertion antérieure sur un territoire en état de guerre, le 30 juillet 1916, après désertion antérieure".

Pour rendre son jugement, le Conseil de Guerre pose quatre questions :

  • Est-il coupable d'avoir abandonné son poste le 11 juillet 916 dans le secteur de Souville ?
  • L'abandon de poste a-t-il eu lieu en présence de l'ennemi ?
  • Est-il coupable de désertion à l'intérieur pour ne pas s'être embarqué le 30 juillet 1916 à Bar-le-Duc ?
  • La désertion a-t-elle eu lieu sur un territoire en état de guerre ?

Les réponses sont "oui" et, au vu du Code de Justice militaire, Arthur Félix Oscar est condamné, au vu du Code de Justice militaire, à la peine de mort. Le jour-même, il forme un recours qui est rejeté par le Conseil de Révision de la 1ère Armée le 28 septembre suivant, recours qui est naturellement rejeté.

Arthur Félix Oscar FAUVET est fusillé le 20 octobre 1916 à Commercy (55). Il repose dans le cimetière de ladite commune.

FAUVET Arthur Félix Oscar - Décès

Les frères de Arthur Félix Oscar et la 1ère Guerre Mondiale

Léon Oscar Jules part au service militaire le 9 octobre 1911, au 110ème Régiment d'Infanterie. Il est donc sous les drapeaux lorsque la Guerre éclate. Blessé à Château-Thierry, dans l'Aisne, le 29 août 1914, il est réformé n° 2 le 9 janvier 1915 par la Commission de Réforme de Sarlat, en Dordogne. Il ne se présente pas à sa convocation du 17 septembre de la même année, le 30 suivant, la Commission d'Angoulême le classe dans le service auxiliaire et il rejoint la Première Section d'Infirmiers. Léon Oscar Jules est ensuite détaché à la Fabrique de Cuir à Calais, le 28 juin 1916 avant de rejoindre le 1er Régiment de Zouaves le 1er juillet 1917. Il est mis en congé illimité de démobilisation le 20 mars 1919.

 Auguste Oscar Isidore est exempté du service militaire en 1913 mais, reconnu "Bon pour le service armé" par le Conseil de Révision du Rhône le 19 décembre 1914, il est incorporé le 13 mais de l'année suivante au 33ème Régiment d'Infanterie. Il rejoint successivement le 9ème Bataillon de Chasseurs à pied puis le 1er Bataillon de Chasseurs à pied les 20 mai et 6 juin 1915. Il est réformé définitif le 29 janvier 1916 pour problème de santé handicapant.

L'aîné des enfants est fusillé ! Comment la famille a survécu à cette absence ?... Les enfants, en vie en 1914, sont décédés entre 1950 et 1969… Auguste Oscar Isidore, pourtant réformé de l'armée, a fait partie des F.F.I. pendant la Seconde Guerre Mondiale…