Encore un étranger fusillé, originaire d'Allemagne, il était dans la Légion… Mais, le cœur a ses raisons que la guerre ne peut oublier…

HANNEMANN Paul - Jugement

Paul HANNEMANN naît le 20 avril 1880 à Lekenwald, en Allemagne. Il est fils de Auguste et Marie WUNCH. Il est légionnaire de 1ère classe au 1er Régiment de Marche du 1er Etranger.

Paul a déjà été condamné une première fois en 1908 pour "lacération d'effets" et avait eu une peine de trois ans de travaux publics.

Les faits

Le 10 avril 1913, Paul HANNEMANN est réformé n° 2 et réside à Sidi-Bel-Abbès. En mai 1913, "à la suite de l'absence illégale de deux légionnaires à Sidi-Bel-Abbès, l'autorité militaire, après enquête avaient déterminé qu'ils avaient déserté suite à l'appel de Paul HANNEMANN, ancien légionnaire réformé, menuisier dans ladite commune". ZUNDEL et Guillaume LITZINGER avaient été approchés, le premier alors qu'il se promenait dans la rue avec d'autres camarades, le second, à la buvette du théâtre où des légionnaires de nationalité allemande chantaient des chansons anti-françaises. Paul, jugé, avait été totalement acquitté par la Cour Criminelle de Bel-Abbès le 31 juillet de la même année.

Paul HANNEMANN reste à Sidi-Bel-Abbès, où il travaille pour divers patrons qui ne le gardent pas à cause de "sa mauvaise langue et sa violence". A la déclaration de la guerre, il est conduit devant le Commandant d'Armes pour avoir tenu des propos hostiles à la France. Afin d'éviter la prison, le 11 août 1914, il contracte un engagement, pour la durée de la guerre au 1er Régiment Etranger. Entre 1914 et 1915, il a plusieurs punitions pour des faits d'indiscipline. En, 1916, affecté à la 21ème Compagnie, il retrouve des légionnaires dont LITZINGER et d'autres qui déserteront par la suite. Mais, le premier que Paul HANNEMANN a voulu entraîner à déserter est le légionnaire Edouard TASCHNER, d'origine allemande comme lui. Un soir, il lui proposa de l'accompagner chez ABD EL MALEK[1] chez qui "se trouvent des Allemands qui nous donnent le choix de rester ou de passe en Allemagne, le passage se faisant par l'Espagne". Un peu plus tard, Paul HANNEMANN hospitalisé rencontre le caporal Alfred Emile GOEBEL, d'origine allemande aussi. Il lui parla souvent des Riattas et des Haouras qui allaient prendre Taza : "un marocain se charge de conduire les déserteurs dans la zone espagnole".

C'est le 14 juillet 1916 que Paul est plus précis : c'est aujourd'hui qu'il faut déserter, les officiers boivent, il n'y a pas de patrouille, … Il réussit à entraîner TASCHNER et Guillaume FULMANN. Seule la peur des représailles des Riattas les fit rentrer à la Compagnie : "Plutôt affronter le Conseil de Guerre !".

Au retour des trois compères, une enquête est ouverte et aboutit le 30 octobre 1916 à ce que Paul HANNEMANN passe en jugement.

Taza

Les chefs d'accusation

Le 14 juillet 1916, à Taza, au Maroc, Paul HANNEMANN a incité des compagnons d'armes à passer dans le camp allemand

Le 3 novembre 1916, accusé de "tentatives d'embauchage pour l’ennemi ou les rebelles armés", le 2ème Conseil de Guerre des Troupes d'occupation du Maroc occidental, séant à Fez le condamne à la peine de mort avec dégradation militaire. Le lendemain, Paul se pourvoit en révision Le recours est rejeté le 18 novembre suivant.

Le 29 novembre 1916, Paul HANNEMANN est emmené à 800 mètres à l'angle nord du cimetière de Bab Segmma. Après que la lecture réglementaire ait été faite, le peloton d'infanterie s'exécute, après le coup de grâce, le médecin constate le décès.

Ce jugement fait écho à un autre que j'ai étudié en août 2017… Les femmes du mauvais côté pendant la Première Guerre Mondiale…



[1] Chef des rebelles Rialtas soutenus par les Allemands