Lorsque l'ennemi n'est pas celui contre lequel on pensait devoir combattre…

ZALO Chaquir

Chaquir ZALO, naît en 1895 à Panarit, en Albanie. Il est fils de Chaquir et Djané HASSAN.

La déposition de Chaquir ZALO

Il est sergent fourrier à la Gendarmerie mobile albanaise. Le 28 juillet 1917, il demande l'autorisation d'aller à Panarit pour voir sa famille et la ramener de ce côté des lignes car le village est occupé par les Autrichiens. Sa famille est, d'après ce qu'il en sait, dans une grande misère. Elle est composée de son père, 55 ans, sa mère, 38 ans, deux sœurs de 15 et 10 ans, un frère de 8 ans. Il a déjà perdu deux frères de 15 et 5 ans, et une sœur de 8 ans qui sont morts de faim. Chaquir n'obtient pas l'autoritasion mais part tout de même. Il a passé les lignes aisément mais n'a pu revenir. Selon ses dires, il a té enrôlé de force par les Autrichiens et a fait partie de la bande à Salih AGO, de août 1917 à juin 1918, date à laquelle il s'est rendu volontairement aux Italiens. Jamais il n'a tiré sur les Français et, surtout, il n'a jamais volé d'argent à personne. Chaquir n'a pas déserté seul : il est parti avec un caporal.

La déposition du témoin, Djemal PANARIT, Sous-lieutenant à la Gendarmerie mobile albanaise

Il confirme avoir refusé la permission réclamée par Chaquir ZALO qui est tout de même parti, emoportant son fisil, ses munitions et son équipement. Il a emporté également la somme de 150 francs, issue de prêt de gendarmes. Il l'a déclaré déserteur à compter du 28 juillet 1917. Le Sous-lieutenant ajoute aussi que quelques uns de ses gendarmes, une dizaine environ, sont passés à l'ennemi soit avant soit après la désertion de ZALO.

Personne, absolument personne, ne peut vérifier si les dires de Chaquir ZALO sont justes. Les autres gendarmes déserteurs ne sont pas revenus. Par contre, au court des différents interrogatoires, personne ne s'interroge sur l fait qu'il soit revenu ! Pourquoi serait-il revenu alors que la guerre se poursuivait ? Pour favoriser l'espionnage ? Encore aurait-il fallu qu'il puisse avoir des contacts avec l'ennemi…

Le 28 août 1918, le Conseil de Guerre de la 57ème Division le condamne à la peine de mort avec dégradation militaire pour crime de désertion à l'ennemi et pour avoir porté les armes contre la France.

Le 19 septembre 1918, le Conseil de Révision de l'Armée d'Orient rejette la demande de recours en révision. Le dossier doit être désormais adressé au Général Commandant les Armées alliées afin de savoir si Chaquir ZALO soit vraiment être exécuté.

Le 3 octobre 1918, le Président de la République rejette la demande de recours en grâce et maintient le jugement du 28 août 1918.

Le 10 décembre 1918, à 6h30, Chaquir ZALO est conduit à Monastir, en Serbie, en vu de son exécution. Le piquet d'Infanterie, après la lecture du jugement et du refus de recours en grâce, fait feu. Chaquir ZALO est mort sur le coup.

Le 10 décembre 1918, un mois après l'Armistice ! Ne pouvait-on commuer la peine de mort en Travaux forcés ?...