Polémique s'il en est, ce ne serait pas le dernier soldat Mort pour la France, au front. Je précise bien : au Front ! En effet, nombre de nos soldats sont décédés suite de leurs blessures, dans les délais "légaux", reconnus Morts pour la France, ou après et là… Ils sont presque tombés dans l'oubli de la Nation, elle a la mémoire courte, le porte-monnaie bien serré… Mais, ce n'est pas le propose de cet article. Cet article va vous parler de Augustin TRÉBUCHON, qui serait le dernier Mort pour la France !

Qui est ce soldat ?

Augustin Joseph Louis Victorin TRÉBUCHON naît le 29 mai 1878 à Montchabrier, commune de Malzieu-Forain en Lozère. Il est le fils de Jean Baptiste, cultivateur, trente-cinq ans, et Rosalie VISSAC, ménagère, trente-deux ans.

Il a déjà deux sœurs : Marie Marguerite Fanny, née le 2 février 1874, et Marie Louise, née le 6 avril 1876. Deux garçons naîtront après lui : Pierre Victor, le 10 janvier 1881, et Auguste, le 7 juillet 1883. La mère d'Augustin décède en couche, le 7 juillet 1883.

Jean Baptiste, le père, quarante-six ans, se remarie le 16 juin 1889 avec Françoise BOUZERAN, vingt-cinq ans. Deux autres enfants naissent : François Firmin, le 23 octobre 1889 et Jean Baptiste, le 24 janvier 1891. Ce dernier décède la même année, le 8 décembre.

Augustin perd son papa, Jean Baptiste, le 28 janvier 1892. Les quatre enfants issus du premier mariage sont donc orphelins de père et de mère. Trois années plus tard, sa sœur, Marie Marguerite Fanny décède à l'asile de la commune de Saint-Alban-sur-Limagne, Lozère, le 5 février 1895.

Et arrive l'année 1898, celle de l'appel pour le service militaire.  Augustin Joseph Louis Victorin est donc recensé sous le numéro 906. Il est blond aux yeux gris, a un visage ovale et mesure 1,61 m. Il sait lire et écrire, degré d'instruction 2. Tout d'abord dispensé du service militaire étant l'aîné d'orphelins, mais il est incorporé au 142ème Régiment d'Infanterie, le 14 novembre 1899, soldat de 2ème classe, numéro matricule 1015. Il passe dans la disponibilité d'active le 23 septembre 1900 et le certificat de "Bonne conduite" lui est accordé.

Comme des millions d'autres, il est rappelé par l'Ordre de Mobilisation du 2 août 1914 et rejoint le 111ème Régiment d'Infanterie le 22 septembre. Il intègre le 74ème R.I., la même année, puis passe au 288ème Régiment d'Infanterie Territoriale, le 15 janvier 1916. Il change encore de régiment, le 2 août 1917, en rejoignant le 415ème Régiment d'Infanterie.

Le 23 octobre 1917, il est cité à l'ordre du régiment : "Bon soldat ayant toujours accompli son devoir, a été blessé deux fois au cours de la campagne." Il est à nouveau cité, mais à l'ordre de la Brigade cette fois, le 18 juillet 1918 : "Soldat d'un calme remarquable, donnant à ses jeunes camarades le plus bel exemple, a eu une brillante attitude au cours des combats du 15 au 18 juillet 1918."

Il est nommé Soldat de 1ère classe le 18 septembre 1918.

415 R

En novembre 1918, son régiment, le 415ème R.I., se positionne à Vrigne-Meuse, dans les Ardennes, sur la rive droite de la Meuse. C'est là que, le 11 novembre 1918, à 11 heures du matin, au moment où retentissent les sonneries de l'Armistice, que va mourir Augustin Joseph Louis Victorin TRÉBUCHON. Un obus a été tiré juste avant 11 heures, le blessant mortellement.

Mais la version officielle est totalement différente :

1 – pas de Journal de Marche et des Opérations du Régiment,

2 – ce serait un autre soldat !

3 – le JMO du Service de Santé du 415ème R.I. raconte sommairement les journées des 10 et 11 novembre : pas de liste de noms, simplement des chiffres. Entre les 10 et 11, 47 blessés par éclats d'obus, 96 blessés par balles et 47 tués.

4 – le même JMO relate le 13 novembre : "départ de Dom-le-Mesnil, avant ce départ, enterrement des morts : 35 à Vrigne-Meuse, 11 à Dom-le-Mesnil et 1 à …-les-Bois."

5 – Tous les décès du 11 novembre sont enregistrés à la date du 10 !

Toujours est-il que Augustin Joseph Louis TRÉBUCHON est bien décédé le 11 novembre 1918 alors qu'il allait porter une missive annonçant la distribution de soupe à 11h30 !

Il est tout de même terrible de constater, encore une fois, le pouvoir de l'armée à cette époque. Un JMO a disparu, les dates sont modifiées, certains rapports sont réécrits après la guerre pour…

Ces Morts n'auront même pas eu la reconnaissance de leurs Chefs ! Heureusement que le peuple français, lui, n'oublie pas !