Victor MENOT © Christiane MENOT

Victor Alexandre est le frère aîné de notre grand-père. D'aussi loin que je puisse me souvenir de lui – il est décédé en 1968, j'avais douze ans – il ne parlait pas beaucoup, comme son jeune frère. Les conversations étaient l'affaire des femmes…

Victor Alexandre MENOT est né le 9 mai 1891 à Vailly-sur-Aisne (02), fils de Alexandre Francisse, vingt-trois ans, et Marie Victoire Georgina DAVID, dix-neuf ans.

Au recensement de sa classe, celle de 1911, il exerce la profession de valet de chambre. Sa fiche matricule – n° 232 – le décrit roux aux yeux bleus, un menton à fossette, les oreilles écartées et mesurant 1,57 m.

Son incorporation ayant été ajournée d'une année pour raison d faiblesse, Victor rejoint le 150ème Régiment d'Infanterie le 10 octobre 1913.

L'Ordre de Mobilisation générale est déclenché le 1er août 1914, Victor est sous les drapeaux, donc déjà réquisitionné.

"Le 150ème Régiment d'Infanterie organises la défense de Saint-Benoit-en-Woëvre et celle de Nonsard. Relevé par le 132ème R.I., le 2 août au soir, le régiment à ordre de se déplacer vers Saint-Baussant, Seicheprey et Beaumont, jusqu'à ce que le 106ème R.I. vienne le relever. La relève assurée, il repart sur Saint-Benoit-en-Woëvre. La nouvelle tombe : la frontière a été franchie en trois points : entre Delle et Belfort, devant Cirey-sur-Vezouze et au nord et au sud de Longwy. Le 3 août, autre nouvelle : les relations diplomatiques sont rompues avec l'Allemagne, il faut se préparer en prévision d'une attaque possible. Le 4 août, la Guerre est déclarée ! Le Chef de Corps du régiment, le Colonel de CHERON, a sous ses ordres 3090 soldats répartis en douze compagnies. Du 5 au 11 août, ils s'activent à l'organisation de la défense et à la construction de passerelles sur la Rupt en prévision d'un repli. Le 12 août, le régiment prend position à Pannes – Etat-Major et 3ème Bataillon, à Nonsard –  1er Bataillon et les 5 et 8èmes compagnies et à Lamarche-en-Woëvre – Les – et 7èmes compagnies. La journée et la nuit se passèrent sans incident. Un tir sur un aéroplane ennemi ne l'atteignit pas mais l'obligea à faire demi-tour. Le 13 août, les troupes restent au cantonnement. Le 14 août, le Bataillon GROSSET se porte sur Hannonville, tandis que les Bataillons BLUEM et RAUSCHER marchent sur Saint-Benoît. Une compagnie se porta sur Marintois pour couvrir la prise d'avant-postes. Un rassemblement ennemi a été vu mais la journée s'est déroulée sans incident. Le 15 août, les Allemands occupent les "Baraques" et le bois de "Champs". Aucun ordre d'attaque n'est donné, et à midi une nouvelle est donnée : le hameau de "Champs" a été brûlé par l'ennemi avant qu'il ne se replie sur Metz. Le 16 août, le 150ème relevé par le 361ème change de cantonnements. Il rejoint Vieville, Vigneulles et Hannonville. C'est encore une journée sans incident. Le 17 août, conformément aux ordres reçus la veille au soir, le régiment est positionné Saint-Hilaire et Butgnéville. Il reste en position jusqu'au 20 août. Le 21 août, les Bataillons se déploient pour occuper le secteur Houarville, Bois communal exclus –  Nouaville. Relevé par une formation de réserve, le régiment quitte son emplacement et se porte sur Norroy-le-Sec où il cantonne."

L'Etat-Major du 3ème Bataillon est composé du Chef de Bataillon BLUEM et du Médecin-aide-major SIDOUN. La 11ème Compagnie, sous les ordres du 3ème Bataillon, est commandée par le Capitaine SIMONNET et les Sous-lieutenants PESNE et JUIN.

 "Le 22 août, l'attaque commence. A 8h30, le Bataillon BLUEM reçoit l'ordre de se porter à la disposition de la 80ème Brigade à Higny. Arrivé à ce village, ordre lui est donné de se porter au sud de Mercy-le-Haut face au sud. La 9ème et la 11ème Compagnies sont envoyées à a disposition du 161ème Régiment d'Infanterie au nord de la route de Mercy-le-Haut à Malavillers ; la 10ème Compagnie est employée comme soutien de l'artillerie. La 12ème Compagnie reste en réserve, envoyant une section sur la route de Malavillers. Dans l'après-midi, l'affaire s'engage sérieusement sous la pression des forces supérieures, le recul du 161ème se dessine et la 12ème Compagnie est envoyée sur la chaîne pour la renforcer.

Toutes les troupes engagées sur ce point sont obligées de reculer lentement et viennent s'appuyer à la cote 349 – nord d'Higny. A ce moment, le débordement sur les droite est net. Le 3ème Bataillon reçoit alors l'ordre d'aller occuper et organiser la croupe à l'ouest d'Higny – vive fusillade, intervention efficace de la section de mitrailleuses.

Vers 19h00, une colonne ennemie très nombreuse débouche de Peinnes et une demi-heure plus tard, deux autres régiments ennemis sortent de la direction de Murville. L'ordre de retraite est alors donné. Le ralliement du 3ème Bataillon se fait à Spincourt."

Le Journal de Marche et des Opérations du régiment ne donne aucune information quant aux morts, blessés ou portés disparus. C'est pourtant en ce jour du 22 août que notre grand-oncle Victor est fait prisonnier à Mercy-le-Haut (54), selon sa fiche matricule.

Que devient Victor par la suite ?... Quelques détails sont donnés par les Services de la Croix-Rouge Internationale. Une première fiche  indique que c'est bien notre Victor qui a été fait prisonnier : il appartenait au 150ème Régiment d'Infanterie.

La deuxième fiche "P12259" donne une liste allemande des français internés au camp de GRAFENWÖHR à la date du 22 janvier 1915 : "MENOT Victor – Infanterie – 150ème Régiment d'Infanterie – 11ème Compagnie – Fait prisonnier à Nivry-Circourt – camp de Grafenwöhr".

Une troisième fiche "P27518" donne une nouvelle liste de la prévision d'évacuation de soldat vers le camp de PUCHHEIM : " MENOT Victor – 2ème classe – 150ème d'Infanterie – Fait prisonnier à Sivris-Circourt – de Vailly, Aisne".

Enfin une dernière fiche "P27772" donne une autre liste du 15 septembre 1915 qui donne les renseignements des prisonniers qui sont dirigés sur un autre camp, celui de PUCHHEIM : "MENOT Victor – Soldat – 150ème Régiment d'Infanterie – de Vailly – Aisne".

Dans leur rapport de mars 1915, le Docteur C. de MARVAL et M. A. EUGSTER, écrivent :"Nous pouvons résumer notre impression générale comme suit : les autorités allemandes s'efforcent constamment d'améliorer la situation matérielle et morale des prisonniers de guerre ; elles sont guidées par la volonté de remplir consciencieusement les devoirs qui leur sont dicté par les lois de l'humanité. Stuttgart, 22 mai 1915." Mais, malgré la visite de douze camps, ceux où notre grand-oncle Victor a été fait prisonnier n'a pas reçu leur visite.

Il exécute quasiment tout le temps de la guerre en tant que prisonnier ! Il est rapatrié à Dijon le 21 décembre 1918 et se retire à Chierry (02). Deux ans plus tard, le 27 mars 1920, à Chierry, il épouse, lui, le frère aîné de notre grand-père paternel, épouse, Reine Rose MONNIER, la sœur aînée de notre grand-mère paternelle.

Notre oncle Victor décède, sans descendance, le 19 novembre 1968 à Vailly-sur-Aisne (02).

L'armée est impitoyable : si le temps passé au front est compté pour "double campagne" celui passé en captivité ne compte que pour "simple campagne". La valeur de l'homme n'a vraiment pas beaucoup d'importance… Victor MENOT a donné 4 ans 3 mois et 30 jours de sa vie en captivité pour la France et il n'aura eu aucune reconnaissance en retour…