Les fusillés de la Première Guerre Mondiale ne sont pas tous des criminels mais le Code de Justice Militaire en vigueur est rigoureux et le temps de guerre ne permet pas la "tolérance" de la part des autorités en présence…

KLEIN Alfred Léon - jugement

Alfred Léon KLEIN naît le 8 juin 1895 à Houilles, dans les Yvelines. Il est fils de Jean Michel, trente-six ans, champignonniste, et Louise Denise Sidonie LEGRÉS. Il est le sixième d'une fratrie de sept enfants, tous nés à Houilles :

  • Henri Adrien, le 28 décembre 1888, décédé le 6 mai 1889,
  • Maurice Camille, le 8 mars 1890, décédé le 9 septembre 1891,
  • Ernest Marius, le 8 mars 1890,
  • Alice Rachel, le 30 août 1891, décédée le 5 décembre 1891,
  • Anna Célestine, le 15 octobre 1893, décédée le 15 août 1894,
  • Ferdinand Julien, le 2 février 1898, décédé le è décembre de la même année.

Louise Denise Sidonie a donc accouché de sept enfants et n'en a gardé que deux en vie, jusque l'âge adulte. C'est sans compter avec la Première Guerre Mondiale…

En 1913, Alfred Léon exerce la profession de couvreur et s'engage volontairement le 29 juillet 1913, à la mairie de Versailles, au titre du 129ème Régiment d'Infanterie. Sa fiche matricule le décrit les cheveux châtain, les yeux marrons et mesurant 1,63 m. Il est donc sous les drapeaux lorsque la Guerre éclate.

KLEIN Alfred Léon - FM

Alfred Léon est blessé à la main le 6 septembre 1914 à la Neuville-Saint-Vaast, dans le Pas-de-Calais. Il a été soigné pendant deux mois à l'hôpital puis est resté encore trois mois au dépôt avant de retourner au front. Il est avec son régiment dans la région de Souchez, en juin 1915. Dans la nuit du 20 au 21 juin, sa Compagnie, la 2ème, occupe les tranchées de première ligne. A un moment donné, il disparaît sans avertir aucun de ses camarades. Il réapparaît le 23 juin, lorsque sa Compagnie est relevée, et il dit qu'il a été "blessé par un éclat d'obus et du fait, il s'est rendu au poste de secours où il a été soigné et a reçu l'ordre d'attendre le retour de la compagnie, dans les cuisines". Sauf que… Aucun obus n'est tombé dans la nuit du 20 au 21 !

Une enquête est ouverte et Alfred Léon KLEIN comparaît pour la première fois le 9 juillet 1915. Et tout se complique car il va changer de versions dans les faits qu'il relate…

Alfred Léon change sa version : "suite à sa blessure de l'année précédente, il affirme qu'il est resté une parcelle de la balle dans la blessure. Ce corps étranger lui a causé un douleur violent l'obligeant à rejoindre le poste de secours". Le Médecin constate bien qu'il y a un point d'infection au niveau de la main indiqué, mais… il confirme qu'elle n'a rien à voir avec la blessure précédente.

Alfred Léon change une nouvelle fois sa version : "il a été blessé par un éclat d'obus à la Neuville-Saint-Vaast quinze jours auparavant". Le Médecin prétend que cela ne remonte pas à plus de deux ou trois jours. Par contre, après qu'il se soit présenté à sa compagnie, il savait que son sergent, PORST ne le lâcherait pas et le ferait passer devant le Conseil de Guerre car il l'avait dit à plusieurs de ses camarades. Il n'est donc pas étonné d'être là !

Il est clair qu'il n'a pas été blessé en cette nuit du 20 au 21 juin, ni quinze jours plus tôt. De plus, l'aide-major FAYET et l'infirmier MARTEL affirment ne pas l'avoir soigné, ni pansé, cette nuit-là ! Pourtant, Alfred Léon nie les faits et accuse les témoins de mentir. Après enquête donc, il est mis en jugement le 20 juillet. Pour autant, son relevé de punitions, depuis deux ans qu'il est à l'armée, est quasiment vide : 8 jours de consigne au quartier pour être arrivé en retard au rassemblement. Mais le rapport de son commandant de Compagnie le décrit comme un "mauvais soldat, se faisant porter malade chaque fois qu'l est commandé de service ou de corvée".

Le rapport du 8 août 1915 conclut que Alfred Léon KLEIN a abandonné son poste de combat, au moment où les circonstances exigeaient la présence de tous, sans raison et sans autorisation. C'est dans ces conditions que le Conseil de Guerre de la 5ème Division d'Infanterie rend son jugement et le condamne à la peine de mort.

Alfred Léon KLEIN, amené de Houvin, où il est emprisonné, à Magnicourt-sur-Canche, où il va être exécuté le 9 août 1915 à 7 heures du matin. Il est tombé aux premiers tirs du piquet d'exécution…

Ce jour-là, la famille de Jean Michel et Louise Denise Sidonie n'a plus qu'un enfant en vie sur sept mis au monde… Ce ne sera que pour une courte année ! En effet, Ernest Marius, le jumeau survivant, est incorporé le 7 octobre 1911 au 69ème Régiment d'Infanterie. Passé au 2ème Régiment de Zouaves le 8 septembre 1912, il est mis en disponibilité le 20 septembre suivant, avec le certificat de bonne conduite. Rappelé à l'activité par l'ordre de Mobilisation du 1er août 1914, il rejoint le 4ème Régiment de Zouaves. Il s'y trouve encore en juin 1915, il est aussi au cœur de la tourmente de cette Guerre ! C'est le 9 juin 1916, à la cote 304, que Ernest Marius trouve la mort. Reconnu "Mort pour la France", il sera décoré de la Médaille Militaire – arrêté ministériel du 9 juin 1923 – et recevra la Croix de Guerre avec étoile de bronze.

Louise Denise Sidonie LEGRÉS, la mère de ces deux soldats, décède à Houilles, le 24 avril 1917. De chagrin ?... Jean Michel KLEIN se remarie le 5 novembre 1917, avec une voisine, Marie Marguerite COUÉ, veuve de Eugène Marie MALARD. Marie Marguerite avait un seul fils, André Eugène, qui n'a pas pu faire son service militaire étant trop "faible". Il décède le 28 juin 1917 à Paris, 8ème arrondissement.

En 1917, Jean Michel est âgé de cinquante-huit ans, Marie Marguerite, de quarante-huit ans… Ils ont uni leurs peines, j'espère qu'ils ont eu une fin de vie plus heureuse…