J'étais à la recherche de différentes déclarations de successions lorsque j'ai été interpelée par deux d'entre elles, deux consécutives… Quelle tristesse !

Le 18 septembre 1922, à Brie-Comte-Robert, en Seine-et-Marne, Monsieur Emile Achille RIMBAULT et son épouse Victorine, née BRISSET, font enregistrer les déclarations de leurs deux fils Morts pour la France, l'un au tout début de la guerre, l'autre presque à la fin !

DS - RIMBAULT

Emile Auguste RIMBAULT est né à Courtomer, en Seine-et-Marne, le 13 novembre 1889. Manouvrier en 1909, il est recensé et incorporé au 31ème Régiment d'Infanterie. Sa fiche matricule le décrit blond aux yeux bleus, il est de taille moyenne, 1,65 m. Bon militaire, il est promu Soldat de 1ère classe le 5 octobre 1911 et rentre dans ses foyers le 25 septembre 1912 avec le certificat de bonne conduite.

Et puis, l'Ordre de Mobilisation générale le rappelle à l'activité. Il rejoint son régiment le 3 août suivant. Il part pour le front et est porté disparu le 24 !

La tristesse est là, dans cette famille, déjà touchée alors que la guerre vient de commencer. Qu'importe ! Cette guerre, il faut la gagner, alors, Alexandre Henri est incorporé le 1er septembre, à peine une semaine après la disparition de son frère ! Dans quel état d'esprit doit-il être ? Anxieux ? En colère ? Envie de revanche ? Sûrement la dernière solution…

Né le 11 octobre 1894, Alexandre Henri rejoint le 156ème Régiment d'Infanterie. Il est une première fois blessé à Beauséjour, dans la Marne : une balle à la cuisse gauche. Il passe au 37ème Régiment d'Infanterie le 23 avril 1916. Une seconde fois blessé, à Turlu (?), de nouveau une balle à la cuisse gauche ! Il passe au 132ème Régiment d'Infanterie le 13 février 1917. Il est cité à l'ordre du régiment, ordre n° 63 du 3 juillet 1918 : "Bon soldat, s'est toujours bien conduit au feu. Blessé deux fois dans l'accomplissement de son devoir". Mais, cette fois-ci, il n'est pas blessé : l'ennemi a eu raison de sa bravoure et de son courage ! Il est "tué à l'ennemi" à Saint-Mard dans l'Aisne, le 26 août 1918. Le 26 septembre 1918, il est cité à l'ordre de la Brigade, ordre n° 8 : "Fusillier mitrailleur remarquable par son courage et la précision de son tir – A l'attaque du 26 août 1918, s'est porté un des premiers à l'assaut d'une mitrailleuse ennemie devant laquelle il a trouvé la mort". De la bravoure ? De l'inconscience ?... Il reçoit, à titre posthume, la Croix de Guerre avec 2 étoiles de bronze.

Mais la famille, leur famille, comment peut-elle survivre à tout cela ?... M. et Mme RIMBAULT ont un autre fils, Vincent Victor. Il n'est pas mort à la guerre… Comment a-t-il vécu cette 'survivance", lui qui avait déjà un "vécu" dans la famille ?

Vincent Victor est né le 20 juillet 1882 à Moulinet, dans le Loiret. Ses parents ne sont pas mariés. Sa mère habite le Loiret, son "père" la Seine-et-Marne… Ses parents se marient le 12 février 1887 à Evry-les-Châteaux, et, naturellement, le reconnaissent et le légitime. Mais il a un petit frère à l'âge de sept ans, puis un autre, à douze ans. Les liens dans la fratrie ne sont jamais simples avec un pareil écart d'âge.

Vincent Victor se marie à Paris, 11ème arrondissement, le 3 septembre 1910 avec Maria Joséphine FORET, originaire de Glaire, dans les Ardennes. Il a fait son service militaire au 89ème Régiment d'Infanterie, du 15 novembre 1903 au 18 septembre 1906, il a reçu son certificat de bonne conduite. Il rejoint son régiment lors de la Mobilisation générale et, bizarrement, il est placé sous les ordres du Général commandant en chef de la Région dès le 7 août et jusqu'à la démobilisation le 6 mars 1919. Pourquoi ? Rien n'est indiqué dans sa fiche matricule.

Dans les déclarations de successions d'Emile Auguste et de Alexandre Henri, les parents et le frère sont les "héritiers". Oh, pas grand-chose, mais tout de même !

Alors, lorsque la guerre lui prend ses deux frères, comment Vincent Victor peut-il justifier SA guerre à lui ? Comment peut-il expliquer qu'il est en vie ? Comme des millions de soldats qui sont rentrés, il n'a sûrement rien dit ! Qu'aurait-il pu expliquer ? Aurait-il été compris ?...

La Guerre ne fait pas que des dommages pendant sa durée, ils sont encore présents des années après la signature de la paix… Et ces soldats-là n'ont jamais été remerciés, un à un, comme ceux dont les noms sont inscrits sur les Monuments aux Morts !