Les Seine-Portais connaissent très bien cette dame décédée à la fin du 19ème siècle. Mais savent-ils combien elle était … riche et importante ?...

Adélaïde Vélina BOISRENOULT naît le 8 avril 1813 à Seine-Port, en Seine-et-Marne. Elle est fille de Louis, 51 ans, maréchal ferrant, et Marie Geneviève LEFORT, 39 ans. Le père est originaire de l'Eure alors que la mère est née dans le village voisin. Adélaïde est la dernière d'une fratrie de douze enfants, tous nés à Seine-Port. Le 1er août 1838, elle épouse Augustin TRAINARD, 28 ans, maçon, originaire de la commune. Ils auront un seul et unique enfant, Augustin Emile, né le 3 avril 1840.

La famille prospère et acquiert des biens bâtis ou non sur la commune. Aujourd'hui, il serait possible qu'elle a un "bon standing". Mais le malheur frappe avec le décès d'Augustin Emile, qui vient de finir ses études d'architecte, il a seulement 27 ans. Sept années plus tard, Augustin décède à son tour.

Adélaïde, 61 ans, se retrouve seule. Elle n'aura de cesse de faire fructifier son patrimoine en terrains et maisons, mais aussi faire fructifier son argent en prêtant à tous. Elle s'éteint le 7 juillet 1883 laissant ses richesses à ses sœurs, frères, neveux, nièces…

1 – Les héritiers

En résumé, en suivant le graphique ci-dessus, les héritiers se répartissent ainsi, une sœur, douze neveux et nièces et deux arrière-petits neveu et nièce.

Héritiers TRAINARD

2 – L'inventaire

Il est réalisé dans la maison où est décédée Adélaïde BOISRENOULD, rue des Pommiers, par Me GODILLON, notaire à Melun et dure six jours du 5 août au 11 août 1883. Les héritiers rappellent qu'Adélaïde BOISRENOULT veuve TRAINARD était la seule héritière de son mari, Augustin, qui, lui-même, avait été le seul héritier de ses parents Joseph TRAINARD et Marie Madeleine LAMPY.

L'inventaire de la prisée est réalisé le 5 août, le détail des pièces montre combien la maison était grande :

  • au rez-de-chaussée, une cave, une cuisine, une salle à manger, un fruitier, une antichambre et un salon,
  • au premier étage, quatre chambres,
  • au deuxième étage, la chambre de bonne et deux greniers,
  • une buanderie avec un grenier au-dessus,
  • une remise.

La propriétaire possédait des bijoux et de l'argenterie. Elle avait aussi le luxe de pouvoir profiter d'une baignoire dans la buanderie. A l'époque, ce n'est pas si courant dans les villages.

Les papiers sont mis en ordre pendant trois jours, puis analysés pendant trois autres jours. Par ces papiers, le patrimoines bâti ou non bâti apparaît immense…

  • quatre maisons, y compris celle qu'Adélaïde occupait,
  • un pressoir, faisant suite à la maison Marchand, rue des pommiers, don de Louis BOISRENOULT à Adélaïde, encore jeune fille,
  • neuf pièces de bois, louées ou non,
  • onze pièces de terre, louées ou non.

TRAINARD-heritiers

Mme TRAINARD possédait un nombre incroyable de rentes sur l'Etat et sur les valeurs industrielles, telles des actions dans les Chemin de fer – de Lyon, du Midi, de l'Est, de l'Ouest, de Paris à Orléans. Son défunt mari et elle-même avaient bien compris le système du placement dans un France en pleine révolution industrielle. Elle avait participé à l'emprunt de 1869 de la ville de Paris. Elle avait aussi investi dans les affaires étrangères tels les chemins de fer de l'Autriche, l'Emprunt Ottoman.

Les derniers papiers analysés concernant toutes les reconnaissances de créance d'habitants de Seine-Port ou des villages alentours. Au 19ème siècle, les gens ne faisaient pas d'emprunt à la banque : ils allaient chez les particuliers et l'acte pouvait être rédigé sous seing privé ou devant un notaire ou tout simplement entre les parties, les créances chirographaires.

Viennent en fin d'inventaire, les sommes restantes dues ou à percevoir depuis la date du décès. Il est à noter les frais d'enterrement qui s'élèvent à 138,50 frs pour le curé, 109,40 frs pour le menuisier, pour le cercueil, la plus grosse somme à régler étant celle pour Mme MARCHAND, marchande de vins : 241,70 frs.

3 – La déclaration de succession

Quatre mois après l'inventaire, il est enfin possible de rédiger la déclaration de succession. Elle est faite par Sophie Laurence Albertine BOISRENOULT veuve BOIZIAUX, une nièce. Le total de l'héritage en entier est égal à 84 parts réparties entre les héritiers en fonction de leurs droits : allant de 3 à 12 sur 84.

Maître GODILLON récapitule et donne le détail de la succession définitive :

  • vente du mobilier, 9 846,01 frs,
  • valeurs des actions, obligations et autres, 60 394 frs,
  • créances, 10 919,86 frs,
  • créances sur titre, 869,25 frs,
  • fermages, 437,45 frs,
  • loyers, 528,45 frs,
  • liquidités, 1 210,50 frs.

La succession s'élève à un total de 84 205,52 frs, après déduction des frais divers, les héritiers se partagent l'argent ainsi :

  • 78 190, 84 frs à la sœur et aux neveux et nièces,
  • 6 014,68 frs aux petit neveu et nièce.

La suite de la déclaration de succession détaille les revenus que rapportent les biens mobiliers : 69 910 frs répartis entre les héritiers comme suit :

  • 64 916,43 frs à la sœur et aux neveux et nièces,
  • 4 993,57 aux petit neveu et nièce.

Sophie Laurence Albertine BOISRENOULT veuve BOIZIAUX affirme sa déclaration sincère et signe.

Une déclaration de succession ne peut être rédigée et expliquée en peu de mots lorsque les héritiers sont nombreux, ici 15, et les biens conséquents… Vous pouvez lire les documents dans leur intégralité ici : Inventaire - Déclaration