Ils sont quatre, René LEROY est l'un d'eux…

 

René LEROY naît le 31 octobre 1894 à Rampillon. Il est fils de Adolphe, vingt-neuf ans, manouvrier, et Eugénie Baptistine, vingt-et-un ans, sans profession. Au recensement de sa classe, 1914, il réside chez ses parents à Longueville, en Seine-et-Marne, et exerce la profession de maçon. Il est incorporé au 20ème Bataillon de Chasseurs à pied le 12 septembre 1914. Soldat de 2ème classe, René décède le 17 décembre 1914 à Notre-Dame-de-Lorette, dans le Pas-de-Calais. René est âgé de vingt ans, 1 mois et dix-sept jours. Il a effectué trois mois et cinq jours de service militaire, trois mois et cinq jours de guerre… Son père, Adolphe reçoit un secours de 150 francs…

Bois de Bouvigny - Un poilu...

Le Journal de Marche et des Opérations du 20ème Bataillon de Chasseurs à pied – 26 N 823/1, Mémoire des Hommes –  relate : "Le 17 décembre 1914 – Le Bataillon arrive à Marqueffles vers minuit. Il s'y arrête pendant un quart d'heure pour prendre un café qui y a été préparé. Cet arrêt est consacré à la formation d'un groupe franc qui doit attaquer par surprise une tranchée allemande située à l'Est du Bois de Bouvigny. Le groupe constitué par des volontaires est composé de la façon suivante : 40 spahis de la Division d'Oran, sous les ordres du Sous-Lieutenant COLIN, 40 chasseurs du 17ème Bataillon de Chasseurs à pied sous les ordres des Sous-Lieutenants COLIN et FACON, 40 Chasseurs du 20ème Bataillon de Chasseurs à pied sous les ordres du Sous-Lieutenant BRICE. Ce détachement se met en marche aussitôt et gagne son emplacement dans nos tranchées à l'Est du Bois de Bouvigny. A minuit 15, les Commandants des compagnies conduisent directement leurs compagnies à leurs emplacements – 5ème Compagnie, à la gauche du groupe franc, 4ème Compagnie à droite et en arrière du groupe franc – 3ème Compagnie dans les boyaux en arrière de la droite, prête à appuyer et couvrir à droite le mouvement de la 4ème Compagnie, 2ème Compagnie en arrière de la 3ème Compagnie, 6ème et 1ère Compagnies en arrière en soutient. –  La nuit entièrement noire et le terrain particulièrement difficile rendent les mouvements très lents. Les chasseurs glissent et tombent à chaque instant sur un sol dont la pente est très raide et qui est couvert d'une épaisseur, de 20 à 40 cm d'eau et de boue adhérente.

Enfin, à 3 heures, tous les éléments du Bataillon sont en place et attendent l'ordre d'attaquer qui doit être donné par M. le Général Commandant la 10ème Armée. M. le Chef de Bataillon MICHAUD a le commandement des troupes d'attaque qui comprennent, outre le bataillon, le 17ème Bataillon de Chasseurs à pied en réserve, en arrière du chemin creux dans le Bois de Bouvigny. 

A 6 heures, le groupe franc sort de nos tranchées et se glisse en rampant vers les tranchées allemandes. Il parcourt ainsi environ 150 mètres sans être éventé. Quelques éléments, même, sont déjà arrivés au réseau de fil de fer ennemi qu'ils s'efforcent de détruire lorsqu'une rumeur partie de la gauche où se trouve une fraction du 17ème Bataillon de Chasseurs à pied, donne l'éveil à l'ennemi qui ouvre un feu violent. IL ne peut être question de franchir sous ce feu un réseau épais et profond et les volontaires se replient dans nos tranchées en ramenant avec eux tous les morts et blessés dont le nombre est d'environ vingt. L'attaque par surprise étant manquée, toute la matinée est employée à la préparation de l'attaque de vive force. Toutes les mitrailleuses disposées sur le front tirent sur les réseaux de fil de fer pour couper les piquets. Notre artillerie, deux canons porte amarres deux portiers de 15, des "minnenwafers" s'efforcent de détruire les défenses accessoires de l'ennemi. Malheureusement les résultats ne sont pas appréciables, il arrive même que notre artillerie dont le tir n'est pas suffisamment préparé nous cause des pertes dans nos propres tranchées.

A 11 heures 45, arrive l'ordre d'attaquer à 13 heures 10. Le Commandant rassemble les Commandants de compagnies pour leur donner les dernières instructions.

De 12h40 à 13h05, toutes nos batteries exécutent un violent tir d'efficacité et à l'heure prescrite, l'attaque du bataillon se déclenche avec un entrain et une ardeur admirables malgré un feu ennemi d'infanterie et d'artillerie extrêmement précis et violent. La 5ème Compagnie et un peloton de la 4ème Compagnie débouchent de nos trachées et s'élancent vers les tranchées allemandes. Un grand nombre de chasseurs tombe et l'élan est un moment arrêté. La 5ème Compagnie se cramponne au terrain conquis et se maintient à environ 50 mètres des tranchées allemandes. Le peloton de la 4ème Compagnie a été très éprouvé par le tir d'écharpe des tranchées voisines de la Chapelle. Les éléments de la 3ème Compagnie qui essaient de déboucher sont arrêtés par les pertes énormes que leur inflige ce tir d'enfilade. L'engagement de la 2ème Compagnie donne une nouvelle impulsion au mouvement malgré de grandes difficultés, elle vient prolonger la 5ème Compagnie à sa droite et se maintient sur le terrain conquis. A notre gauche, le 21ème Bataillon de Chasseurs à pied qui a pu profiter d'un défilement et progresser à couvert est arrivé à hauteur des tranchées ennemies… Il y pénètre en même temps qu'une section de notre 5ème Compagnie qui s'empare d'une tranchée allemande où elle fait des prisonniers. Pendant ce temps, la 1ère Compagnie (Capitaine DAVIGNON) s'est portée en avant et occupe les boyaux de communication en arrière du centre, prête à pousser de l'avant sur les tranchées ennemies de 2ème ligne. La 1ère Compagnie du 17ème Bataillon de Chasseurs à pied (Capitaine BERNARD) s'est portée vers la droite prête à parer à une contre-offensive ennemie possible sur notre droite ou à prolonger notre mouvement s'il réussit.

A 16 heures, le Capitaine WATRIN avec la 6ème Compagnie et la Compagnie POUZOT du 17ème Bataillon de Chasseurs à pied, renforce notre gauche qu'il entraîne brillamment, s'emparant d'une nouvelle tranchée allemande où il fait des prisonniers. Le combat continue dans la tranchée, nos chasseurs attaquant à la baïonnette, les fusils n'étant plus utilisables à cause de l'épaisse couche de boue qui les enveloppe… Nous cherchons à progresser par les boyaux de communications ennemis mais nous devons arrêter notre mouvement devant les pertes considérables que nous causent les mitrailleuses ennemies enfilant la tranchée que nous avons enlevée et les grenades à mains qui nous sont lancées à courte distance.

La nuit tombée arrête notre offensive. Elle est employée à retourner les tranchées qu'a occupées la 6ème Compagnie et à organiser la ligne tenue par les 2èle et 5ème Compagnies. Pendant la nuit, nous repoussons victorieusement plusieurs violents attaques de l'ennemi poussées jusqu'à l'assaut à la baïonnette. Pendant ce temps une fraction du génie crée un boyau de communication entre notre nouvelle position et notre première ligne de tranchées. – Le 18 décembre 1914 – Nos pertes dans le combat de la veille ont été extrêmement lourdes : 71 tués, 145 blessés, 50 disparus presque tous tués mais dont la mort n'a pu être formellement constatée".

Ce même jour du 18 décembre 1914, les pertes seront de nouveau très importantes : 18 chasseurs tués, 122 blessés et 36 disparus.

René LEROY a-t-il fait partie du groupe franc ? De toute façon, cette journée de combat du 17 décembre a été terrible. Le rédacteur du JMO écrit très bien, trop bien… Je vis chaque instant de la bataille, j'imagine l'eau, la boue, les flammes, la fumée, la nuit tombante… Quelle désolation !