Une source intéressante de documents : les archives administratives et financières. Il y a, par exemple, les dossiers d'admission à la retraire des agents de la SEITA. Cette entreprise de tabac avait des manufactures sur tout le territoire national : Bordeaux, Châteauroux, Dijon, Issy-les-Moulineaux, Lyon, Marseille, Morlaix, Nancy, Nice, Paris, Tonneins, Toulouse, …. Je vous propose donc une recherche sur Antoinette Léonie BORNE, cigarière…

 Voici les données de son dossier

  • Elle est née le 18 septembre 1890 à Ally, dans le Cantal.
  • Elle est veuve de VIDAL et a trois enfants.
  • Elle est cigarière, entrée en service le 6 septembre 1915 et admise à la retraite le 18 septembre 1950.
  • Elle a 35 ans 12 jours de service auxquelles années il faut ajouter 3 années supplémentaires pour ses enfants.
  • Le montant de sa retraite est de 75 % de son salaire de base des trois meilleures années de salaire.
  • Elle réside au 4-6, rue des Taillandiers, à Paris, dans le 11ème arrondissement.

Antoinette Léonie naît donc le 18 septembre 1890 à Ally, dans le Cantal. Elle est fille de Jean, trente ans, cultivateur, et Marguerite CHANU, vingt-neuf ans, cultivatrices. A peine âgée de 17 ans – elle n'a pas encore fêté cet anniversaire, qu'elle est maman d'un petit garçon, Jean Marie, né le 25 avril 1907 à Ally.  Le mois suivant, le 23 mai, à Le Vaulmiers (15), elle épouse le papa : Pierre VIDAL, vingt-deux ans, domestique agricole.

Pierre doit rejoindre l'armée pour faire son service militaire. Il est incorporé le 7 octobre 1907 au 139ème Régiment d'Infanterie. Soutien de famille, Pierre est envoyé dans ses foyers le 25 septembre 1909.

En 1910, comme beaucoup à cette époque, Pierre emmène sa famille en région parisienne. Il s'installe au Pré-Saint-Gervais, en Seine-Saint-Denis. Le couple a-t-il un enfant dans cette commune ?... Ils y restent très peu, à peine six mois. Ils déménagent pour venir habiter dans le 11ème arrondissement de Paris, arrondissement où beaucoup de VIDAL du Cantal résident… Le 1er février 1911, Suzanne Antoinette naît. C'est le deuxième enfant trouvé sur trois… La Guerre éclate le 1er août 1914, et Pierre, le papa, repart à l'armée. Il rejoint son régiment d'attache le 4 août. Pierre ne fait pas une Guerre très longue : il meurt le 27 septembre 1914 à Richecourt, dans la Meuse.

Antoinette Léonie est veuve avec trois enfants. Elle est âgée de vingt-quatre ans. Il lui faut chercher du travail : la manufacture de tabacs de Paris ! Cette manufacture se situe rue de Charenton, dans le 12ème arrondissement, lieu de résidence de tous les VIDAL et leurs familles…

Manufacture de tabac - paris

Résumé méthodique des prescriptions légales et administratives (source Gallica)

"1 – A l'arrivée des tabacs en feuilles à la manufacture, le contrôleur-garde-magasin vérifie l'état des cordes, des plombs et l'enveloppe des colis. Puis il les fait peser et donne à chacun d'eux un numéro de réception. […] Les tabacs sont emmagasinés : les tabacs indigènes par espèce, récolte, qualité et destination d'emploi, les tabacs exotiques, par espèces, types et destination d'emploi. […] Le contrôleur fait livrer les tabacs à la fabrication. 2 – Le chef de la première section procède à l'examen des tabacs exotiques et les désignes pour telle ou telle fabrication en présence de l'ingénieur et du directeur, |…]. Le directeur se conforme à "l'état de composition" qui est arrêté par l'Administration. Les proportions de tabacs exotiques ne peuvent en aucun être dépassées par les directeurs (L.C. n° 1057 du 13 février 1866, article 213). 3 – Les tabacs en feuilles sont livrés aux ateliers. Le chef d'atelier pèse toutes les matières et tient compte des matières par type ou qualité de chaque espèce différente de feuille, en entrée et en sortie. Les tabacs indigènes sont classés en quatre groupe : Algérie (Algérie, Alpes-Maritimes, Bouches-du-Rhône, Vaucluse, Var, Drôme), Dordogne (Dordogne, Gironde, Landes, Hautes-Pyrénées, Puy-de-Dôme, Corrèze, Haute-Garonne), Meurthe-et-Moselle (Meurthe-et-Moselle, Meuse, Vosges, Haute-Saône, Côte-d'Or, Haute-Marne, Savoie, Haute-Savoie) et l(Isère (Isère, Ain). Les tabacs du Lot, du Lot-et-Garonne, du Nord, de l'Ille-et-Vilaine et du Pas-de-Calais, entrent dans la composition des produits suivant des taux d'emploi spéciaux à chacun d'eux. 4 – Les résidus de tabac impropres à la fabrication sont détruits par incinération, enfouissement ou conversion en fumier. Toutefois, les détritus de tabac ainsi que les jus provenant de la macération des tabacs peuvent être délivrés aux particuliers sur demandes écrites. 5 – Travail des tabacs : ils sont mouillés avec de l'eau salée, puis comprimés en mélange de qualités diverses, tous préalablement mouillés. Pour affaiblir les tabacs trop gommeux ou trop chargés de nicotine, les lavages sont prolongés. Les jus peuvent être employés à relever le goût des tabacs trop faibles. 5 – Les cigares, en 1912 : Les cigares à dix centime, cigares ordinaires, sont fabriqués avec 68 % de tabac du Brésil, pour les capes 12 % de Java et Sumatra, et pour les sous-capes, 20 % de Java. Les cigares à quinze centimes, les londrecitos, sont fabriqués à 88 % de tabac du Brésil et 12 % de Sumatra".

Antoinette Léonie BORNE veuve VIDAL est cigarière pendant 35 longues années, sans jamais se remarier ! Elle profite de sa retraite pendant seize et s'éteint le 1er janvier 1966 à Paris, dans le 12ème arrondissement.