Charles Eugène JAMES était-il déserteur ?... Il ne sera pas jugé sur ce chef d'accusation mais sur celui d'abandon de poste devant l'ennemi !

Charles Eugène JAMES naît le 26 août 1895 à Essonnes[1], Seine-et-Oise. Il est fils de François et Jeanne Marie Antoinette PILAS.

Il est appelé de la classe 1915. Il est incorporé le 19 décembre 1914 et rejoint le 129ème Régiment d'Infanterie. Le 21 mars 1915, il est affecté au 403ème Régiment d'Infanterie, 4ème Compagnie. Il est affecté à la 1ère Compagnie de Mitrailleuses le 28 août 1916, puis à la 1ère Compagnie le 5 septembre suivant.

Que se passe-t-il le 11 mai 1917 ? Charles Eugène abandonne son poste, à Reims, pour rejoindre Paris.

A 13h45, le 20 mai 1917, Charles Eugène JAMES se présente au Commissariat du Quartier des Enfants-Rouges à Paris et déclare avoir quitté son Régiment, sans permission, le 11 mai au soir. La Police le remet à l'autorité militaire.

Le 23 mai 1917, Charles Eugène JAMES, alors emprisonné à la prison du Cherche-Midi à Paris, est transféré à celle du Bourget. Il est remis à son régiment le 25 mai suivant., vers 14 heures pour disparaître quelques heures plus tard.

Le 6 juin 1917, il se présente volontairement à la Gendarmerie de la gare Noisy-le-Sec en déclarant qu'il est déserteur depuis le 25 mai 1917. Voilà ce qu'il déclare au gendarme LUNEAU qui reçoit sa déposition : "J'ai quitté mon Corps à Reims. Je suis au service depuis le 6 décembre 1914, j'appartiens à la classe 1915. J'ai quitté mon Corps le 25 mai 1917 à 22 heures. J'ai déserté sur un coup de tête en emportant une tenue complète sans arme ni casque. Je les ai sur moi. Je me suis promené à Paris et dans les environs". Fouillé, il n'avait rien sur lui. L'inculpé sait lire et écrire et est resté avec sa mère jusqu'à son départ au Régiment. Il est ensuite écroué à la prison de Noisy-le-Sec pour être envoyé à celle d'Etapes, toujours avec moult consignes de constante et vigilante surveillance. Le 7 juin, Charles Eugène est à nouveau de retour à son Régiment.

Le Conseil de Guerre de la 11ème Division d'Infanterie siège à Epernay, dans la Marne. Les débats débutent le 1er juillet 1917. Charles Eugène JAMES est accusé d'abandon de poste en présence de l'ennemi à deux reprises : le 11 mai 1917 et le 25 mai 1917, les deux fois à Reims, dans la Marne. Il a pour défenseur le Caporal-fourrier GUYARD, du 293ème Régiment d'Infanterie.

La déclaration de son Capitaine de Compagnie est accablante : "Le soldat JAMES a toujours été un très mauvais soldat, sous tous les rapports. Ni les raisonnements, ni l'indulgence, ni les punitions n'ont eu prise sur lui." A la question "Quelle partie de secteur allait occuper votre compagnie les 11 et 25 mai ?", il répond : "Le 10 mai au soir, ma Compagnie montait occuper la gauche du secteur des Cavaliers où se trouvait le 1er léger. J'étais mis aux ordres de ce régiment, en 1ère ligne, le long du canal entre les boyaux Kukullo et Maros. – Le 25 mais, ma Compagnie était en soutien au Bastion Redon (anciennes premières lignes françaises à l'ouest des Cavaliers de Courcy". Il est vrai qu'au regard de son relevé de punitions, Charles Eugène paraît quelque peu indiscipliné et peu respectueux des obligations : il rentre de permission une première fois avec 72 heures de retard et la seconde fois avec 48 heures de retard, il est désinvolte au front en abandonnant son fusil pour aller parler avec un autre soldat un peu plus loin, il refuse de faire le silence dans les rangs alors que sa compagnie est en marche de nuit,

Le 3 juillet 1917, interrogé sur les faits, voici ce que rapporte Charles Eugène : "J'ai quitté ma compagnie par cafard. Je n'avais pas la frousse. Puis j'étais découragé. Mon Capitaine m'avait puni deux fois pour avoir tiré dans la direction des lignes ennemies. Je trouvais que c'était injuste. D'ailleurs, depuis que je suis à la 1ère Compagnie, je suis continuellement puni, à la 4ème je ne l'étais jamais. Je regrette ma faute et demande à la racheter". Lors de mon premier abandon de poste, "depuis Champfleur, j'ai suivi la colonne jusqu'à Reims. C'est de la Porte de Paris que l'ai quitté".

Le Sergent-Major MOUQUET, de la 3ème Compagnie, fait la déposition suivante : "Le 25 mai, on m'a fait prendre en consigne les eux déserteurs JAMES et VANDAËLE. Mais nous n'avions pas les sentinelles pour les garder. Nous les avons, mon camarade LASSALLE et moi, mis dans un endroit d'où ils ne pouvaient s'enfuir sans passer devant nos yeux. Pensant qu'ils montaient en ligne le soir, l'après-midi, ils préparaient leurs sacs. A 9h1/2, ils étaient encore là A 10 h, plus personnes. Ils avaient profité du va-et-vient des permissionnaires et du mouvement occasionné par le ravitaillement pour filer sans que nous puissions nous en apercevoir. Je n'ai pas eu l'occasion de dire à JAMES où allait exactement la Compagnie, il n'en faisait pas partie ; et je ne l'avais en surveillance que parce que mon camarade LASSALLE occupait avec moi le bureau".

Le Sergent-Major LASSALLE, de la 1ère Compagnie, témoigne : "Le 11 mai, JAMES est parti en montant aux tranchées. Le 25, il s'est esquivé en profitant du mouvement occasionné par les préparatifs du départ. Il savait qu'il montait aux tranchées, mais je ne sais pas s'il savait à quel secteur. Je ne le lui ai pas spécifié".

Tristesse et réflexion

Charles Eugène JAMES persiste dans ses déclarations en maintenant qu'il est déserteur. Il demande même au tribunal militaire : "à réparer ma faute et à partir pour Salonique où je pourrai me soustraire plus facilement à l'attrait des permissions". Le 3 juillet 1917, la sentence tombe, implacable : Charles Eugène est condamné à mort.

Il fait une demande de recours en grâce déposée le4 juillet 1917 par son défenseur le Caporal-fourrier GUYARD. C'est le Conseil de Révision de la 5ème Armée qui a en charge le dossier. Ce dernier ne doit pas juger le fond mais seulement la forme. Il décide donc que les procédures ayant été respectées, la décision prise par le Conseil de Guerre de la 11ème Division d'Infanterie est irréfragable et inattaquable. Le Conseil de Révision rejette donc le recours.

Charles Eugène demande donc la grâce au Président de la République, Raymond POICARÉ qui refuse au motif "reconnaître la nécessité de laisser la justice suivre son cours". La réponse est envoyée par télégramme au Conseil de Guerre le 11 août 1917.

Afin d'éviter toute divulgation de la cérémonie d'exécution [pourquoi donc ?], le lieu et l'heure est tenu secret. Le 13 août 1917, à 6 heures du matin, Charles Eugène JAMES est fusillé dans "un champ de blé fauché (les épis réunis en meules) sur le chemin à un trait allant de Courville aux Petits Chézelles (ferme), 400 m à l'ouest de Courville".

Je ne sais ce que pourrait donner un nouveau jugement de nos jours. Peut-être n'avait-il tout simplement pas toute sa tête ? Au bout de 2 années et demi de guerre... ?  Charles Eugène JAMES aurait peut-être dû être soigné que fusillé… peut-être pas, l'Histoire ne peut être réécrite !



[1] Aujourd'hui Corbeil-Essonnes, dans l'Essonne.