Pourrions-nous dire que "Prisonnier de guerre" lors de la Première Guerre Mondiale était une chance dans ce conflit ? Je pense que oui mais avec une certaine réserve…

J'ai expliquéMENOT Joseph - fiche CICR aux élèves des classes de CM2 que, prisonnier pendant cette guerre, était une chance de surive pour le soldat. Sauf, s'il était blessé ! Mais que le soldat blessé avait les mêmes chances de guérison ou de mort que s'il avait été soigné dans les amblances françaises… Alors, les soldats prisonniers partaient pour un pays dont ils ne connaissaient pas la langue – mais entre eux pas besoin de parler autre chose que le français – et, surtout, dont ils ne savaient pas s'ils reviendrait un jour…

Une fois n'est pas coutume, je vais vous parler d'un MENOT qui n'est pas de ma généalogie mais qui a été prisonnier au cours de cette vilaine guerre !

Joseph Marie Ernest MENOT naît le 3 mars 1891 à Languenan, dans les Côtes-d'Armor. Il est fils de Joseph, trente-neuf ans, cultivateur, et Véronique GOURGAND, trente-et-un ans, ménagère. Il est le dernier d'une fratrie de sept enfants, tous nés à Languenan. :

  • Marie Rose, née le 24 mars 1881,
  • Anne Marie Françoise, née le 10 mai 1882,
  • Agathe, née le 24 janvier 1883,
  • Rosalie Marie Joseph Véronique, née le 9 mai 1883,
  • Joseph Jean Marie, né le 22 février 1886, décédé le 3 mars 1888,
  • Jean Baptiste Joseph, né le 5 juillet 1888.

Joseph Marie Ernest assiste au mariage de sa sœur aînée, Marie Rose, le 24 avril 1901, avec Joseph Marie CALVÉ. Elle quitte donc le nid familial. Son départ à lui ? Ce sera pour le service militaire ; tout d'abord appelé pour le recensement, sous le numéro matricule 952 du bureau de Saint-Brieuc. Il est décrit les cheveux châtain foncé, les yeux marron foncé et mesurant 1,65 m. Il exerce, avec son père, la profession de cultivateur. Classé dans la première partie de la liste du canton de Plancoët, il est incorporé le 1er octobre 1912au 71ème Régiment d'Infanterie.  Etant sous le coup de la loi sur le recrutement de 1905, il pense partir pour deux longues années. Il n'en sera rien ! Le gouvernement anticipe la guerre imminent en modifiant cette loi, par la loi de 1913 et impose désormais le service militaire pour une durée de trois ans. Les manifestations d'alors n'ont rien changé : la loi, votée, est mise en place.

 

Joseph Marie Ernest est sous les drapeaux lorsque la guerre éclate. Le régiment doit rejoindre les Ardennes ! Tous les Bataillons embarquent donc le 5 août 1914 à Saint-Brieuc et rejoignent Attilly. Le 19 août, le 71ème Régiment d'Infanterie passe la frontière belge et cantonne à Florennes. Deux jours plus tard, à Arsimont, c'est le combat ! Le Journal des Marches et Opérations est laconique sur cette journée… "Voir la note rédigée par le Commandant Jeanpierre", sauf que, naturellement, la note n'est pas jointe ! C'est pourtant ce jour-là, lors de ce combat-là, que Joseph Marie Ernest MENOT est fait prisonnier !

Le site Sambre-Marne-Yser explique très bien les combats. Lire le détail Le 71ème d'Infanterie arrive dans la bataille en fin d'après-midi et reçoit l'ordre d'attaque à 19h00. Au vu des renseignements fournis dans cet article, les combats ont été rudes et de nombreuses pertes sont à déplorées : "La 10ème Compagnie est déployée le long de la route de la Clef-d'Or et franchit la crête d'Arsimont, puis descend la pente entre Haut-Batys et la fosse n° 1. Dès le franchissement de la crête, les balles font des ravages. Un bond porte les hommes jusqu'à hauteur des maisons de Haut-Batys".

Le Général BONNIER est impressionné par l'étendue des pertes subies par le 71ème Régiment d'Infanterie. A 22 heures, le cessez-le-feu et le rassemblement sont sonnés. Joseph Marie Ernest, et beaucoup d'autres de son régiment, est fait prisonnier ! C'est le moindre mal qui lui arrive : prisonnier !

Sa fiche de la Croix-Rouge indique bien qu'il appartient au 71ème Régiment d'Infanterie, 3ème Bataillon, 10ème Compagnie. Une liste de prisonniers en date du 5 décembre 1914 confirme bien l'internement et non le décès. Rien n'indique cependant qu'il a été blessé au pied droit par un éclat d'obus ! Seule la fiche matricule nous le confirme. Cela a dû être un soulagement pour la famille, à Noël, de savoir que le dernier enfant était en vie. Certes, personne ne savait s'il reviendrait un jour, mais, au moins, il n'était pas mort lors de cette terrible journée de combats.

MENOT Joseph - Cologne

Joseph Marie Ernest est donc au camp de Merseburg, en Allemagne, selon sa fiche matricule. Mais la liste de la Croix-Rouge indique qu'il est à la "Maschinenbauschule de Köln" traduisez par "Collège technique de construction de machines à Cologne". 450 kilomètres séparent les deux communes. L'information de la Croix-Rouge – liste officielle allemande – semble la plus car celle de la fiche matricule a due être renseignée après la guerre, donc il est possible qu'il y ait une erreur de chronologie.

Le 6 janvier 1915, une nouvelle liste indique que Joseph Ernest Marie quitte le camp de Limburg-sur-Lahn à environ 120 kilomètres sur la route menant à Francfort-sur-le-Main. Il rejoint le camp de Meschede, comme l'atteste la liste officielle du 12 juin 1915. Ce camp est situé à 155 km au nord-est de Francfort…

MENOT Joseph - Camp Meschede

Une dernière liste, du 8 novembre 1916 confirme bien que Joseph Marie Ernest est au camp de Meschede et qu'il a été fait prisonnier à "Auvelay" (Auvelais proche de Arsimont).

 MENOT Joseph - dernière liste

Joseph Marie Ernest déclare être rapatrié le 24 novembre 1918, handicapé suite à sa blessure au pied. Cette information est en totale contradiction avec les renseignements notés dans "Blessures, citations" :"Blessé au pied droit par EO – hôpitl du 24/8.14 au 13/10.18 à Auvelais – renseignement de la Croix-Rouge". Quel organisme a donné cette information ? La Croix-Rouge ? Etonnant…

La commission de réforme de Saint-Brieuc le réforme définitivement le 5 août 1919 et lui obtient une pension de 720 francs. Mutilé par la guerre, Joseph Marie Ernest ne participera pas à la Deuxième Guerre Mondiale. Il décède le 20 avril 1968 à Languenan.

Un cousin issu de germain, Jean Marie Célestin MENOT, est incorporé le même jour, dans le même régiment. Lui aussi est fait prisonnier, le 5 octobre 1914 à La Neuville-Vitasse et est fait prisonnier au cam de Merseburg. Il est rapatrié le 20 janvier 1919.

Il a fallut comparer plusieurs sources car les fiches matricules sont "légères". Cela confirme bien ce qu'écrit C. LESCENE dans son article sur les feuillets matricules : toujours recouper plusieurs sources, lorsque cela est possible, bien entendu !