Edme BUREAU, instituteur de Rouilly, en Seine-et-Marne, est obligé "du moins provisoirement" de quitter son poste en … pour le motif d'attentat aux mœurs ! C'est ainsi que Louis Alexandre Désiré GOYOT est proposé pour le poste…

Louis Alexandre Désiré a obtenu son brevet de capacité à l'enseignement le 25 octobre 1855. Il a tout juste vingt-quatre ans et sort de l'Ecole normale de Melun, Seine-et-Marne. Il recevrait le titre d'instituteur de 2ème classe, "remplissant les fonctions de directeur d'école, en remplacement du titulaire empêché". Il habite Donnemarie-en-Montois, et, dans un premier temps, il refuse le poste, le 6 janvier 1856. Mais, le lendemain, il se présente à nouveau l'Inspecteur primaire et accepte. Ce dernier va présenter Louis Alexandre au maire de la commune qui lui a trouvé une petite maison d'habitation car "la dame BUREAU occupe toujours le logement communal et qu'il n'y a à Rouilly qu'une mauvaise auberge tenue par M. FLEURY, dénonciateur de M. BUREAU…"

L'instituteur ouvre l'école dès le 5 janvier 1856 sans savoir si ses premiers frais seront pris en charge et sans connaître le montant de son salaire. Il espère que l'Inspecteur d'Académie lui donnera les renseignements le plus tôt possible ! Le 11 janvier suivant, Louis Alexandre est officiellement affecté en tant qu'instituteur de l'école de Rouilly par décision préfectorale.

Le 21 mars 1856, le maire de la commune de Donnemarie-en-Montois prie l'Inspecteur d'Académie de maintenir Louis Alexandre GOYOT à son poste : "ce jeune homme est actuellement à Rouilly près Provins en qualité d'instituteur intérimaire depuis son entrée en fonction et a su se concilier l'estime et l'affection de M. le Curé et du maire de cette petite commune. Il est très aimé des parents des enfants […] de ce jeune homme plein de zèle et de bonne volonté m'engagent à vous supplier Monsieur l'Inspecteur de le maintenir à Rouilly où il peut faire du bien par la douceur de son caractère et la régularité de ses mœurs. Le maire de cette commune veut le marier ans les environs tant il a su inspirer d'intérêt".

Le 21 août 1856, Louis Alexandre demande au Préfet de le nommer titulaire du poste en devant préciser : "… Je me suis beaucoup attaché aux enfants qui, eux aussi, semblent me rendre cet attachement par l'assiduité et le goût qu'ils mettent à fréquenter l'école ; ensuite, quand on est nommé provisoirement à une place, il n'est pas aussi facile de s'établir que lorsqu'on est nommé définitivement car beaucoup de personnes aiment à savoir qu'on occupe une position stable…" La réponse se fait attendre juste ce qu'il faut car le Préfet le nomme "instituteur à titre définitif" le 24 novembre suivant.

Le 22 avril 1857, l'Inspecteur primaire écrit à l'Inspecteur d'Académie et les propos ne sont pas élogieux envers Louis Alexandre… "M. GOYOT qui avait fort bien débuté dans cette commune où il succédait au Sieur BUREAU, condamné par la Cour d'Assise à dix ans de réclusion, paraît se relâcher grandement et ne plus se soucier beaucoup de mériter l'extrême bienveillance dont il a été l'objet jusqu'à ce jour. Le dimanche de Pâques, M. GOYOT communiait dans sa paroisse et, le soir du même jour il s'en allait passer une partie de la nuit dans l'un des bals publics de Provins. Là, il rencontrait une jeune fille du hameau de Fleigny, avec laquelle il s'est embarqué dans une intrigue galante et à laquelle, sans doute, il avait donné rendez-vous. Cette fréquentation qui dure depuis un assez long temps a déjà beaucoup fait jaser dans la commune de Rouilly, sur le compte de M. GOYOT. Le Lundi de Pâques, ce jeune instituteur est encore retourné passer sa soirée au bal public de Provins, lieu hanté par toute sorte de gens. M. GOYOT qui se lance dans des compagnies de jeunes gens plus ou moins dissipés à leurs allures porte badine et bottes vernies, etc. Un blâme sévère de la part de Monsieur l'Inspecteur d'Académie arrêtera peut-être dans la mauvaise voie où il s'est engagé, M. GOYOT instituteur de Rouilly. Je souhaite de tout cœur que ce jeune homme dans lequel il y a l'étoffe d'un bon instituteur fasse retour sur lui-même et se corrige…"

Le 23 avril 1857, Louis Alexandre répond à une demande d'explications : "… Il serait bien fâcheux pour moi, Monsieur l'Inspecteur, que je fusse perdu, que je reçusse même la moindre punition pour avoir eu la faiblesse d'entrer au bal le jour de Pâques, car je n'ai jamais fréquenté les bals, pas même lorsque j'avais une position entièrement libre ; je n'ai pas de ma vie dansé une seule danse et je suis bien persuadé que je ne commencerai jamais. La jeune fille don vous me parlez et avec laquelle j'ai rompu toute relation, appartient, Monsieur l'Inspecteur, à une famille respectable et jouit d'une bonne moralité ; je ne pense donc pas avoir forfait à l'honneur en la fréquentant ; mais ce qui es la source du mal qui, aujourd'hui retombe sur moi c'est une autre plus riche m'ayant été proposée et moi ayant remercié, sa jalousie a été, depuis cette époque, vivement exictée…"

Le 25, le curé de Rouilly écrit aussi à l'Inspecteur pour défendre Louis Alexandre. A ses dires, ce serait même la jeune fille qui aurait poursuivi, de ses avances, l'instituteur… Il en fait des ravages cet homme…

S'est-il ressaisi ? Toujours est-il que le Préfet le nomme Instituteur de 1ère classe le 24 novembre 1856.

Le 13 mars 1857, à Provins, en Seine-et-Marne, il épouse Marie Adrienne LANG. Le couple a un premier enfant, une fille, Désirée Marie, qui naît le 20 avril 1858 à Provins ; elle décède le 23 novembre suivant, à Ruilly.

Le 11 janvier 1859, le Préfet le confirme "instituteur à titre définitif" de la commune de Rouilly…

Le 11 mars 1861, Louis Alexandre a des démêlés avec un parent d'élève. Monsieur CHEVREAU veut inscrire son jeune fils à l'école communale, alors que son fils aîné est scolarisé à Provins. La réponse, négative, de l'instituteur est étonnante : "… ce n'est pas parce qu'il est trop jeune que je ne veux pas l'admettre. Il y a, dans mon école, des enfants qui sont plus petits et plus jeunes que lui. Mais ils appartiennent à des parents qui m'accordent toute leur confiance et qui n'envoient pas les uns à l'école de Provins et les autres à l'école de Rouilly. Puisque vous avez tant de confiance en le Célèbre PREVOST pour l'instruction de votre enfant aîné, vous pouvez bien aussi lui envoyer votre cadet. Ne faisant pas de ma profession un vil métier, je me passerai bien de la pièce d'un franc que votre enfant me rapporterait par mois…" L'intervention de l'Inspecteur primaire ne se fait pas attendre, voici ce qu'il écrit à l'Inspecteur d'Académie le 21 mars 1861 : "Si vous n'avez pas arrêter d'une manière définitive les mutations des instituteurs, je vous prie d'avoir la bonté d'apporter la modification suivante aux propositions de changement … Au lieu d'envoyer le sieur LEROY à Beauchery, je propose de le nommer à Rouilly en remplacement du sieur GOYOT qui serait nommé à Beauchery. Voici les raisons qui motivent ma proposition : Depuis plus d'un an, les habitants de Rouilly se plaignent du sieur GOYOT. Ils lui reprochent avec raison de ne point apporter assez d'activité dans sa classe ; et n'ayant plus confiance en lui, ils envoient leurs enfants les plus grands à Provins. … " L'Inspecteur termine son courrier avec une comparaison de salaire… imparable : le poste de Beauchery est à 1 144 Frs, celui de Rouilly à 1 212 Frs !

Le 21 avril 1861, il prend ses fonctions à Beauchery… ! De nouveau, à Beauchery, Louis Alexandre GOYOT est victime "d'odieuses calomnies" Exaspéré, il adresse sa lettre de démission au Préfet et à l'Inspecteur d'Académie le 26 février 1869.

Il quitte Beauchery le 17 janvier 1870 pour prendre le poste d'instituteur à Chalmaison. Le 4 avril, Louis Alexandre se plaint de ses conditions de vie : "… le logement que j'occupe est composé de cinq petites chambres dont trois au premier étage et deux au rez-de-chaussée. Ces deux dernières, dont j'ai grand besoin, sont un tel état de malpropreté qu'elles sont inhabitables. L'administration municipale ne faire aucune dépense pour améliorer ce logement qu'elle croit suffisamment convenable puisque, dit-elle, mon prédécesseur l'a bien habité depuis quinze ans… […] le régime sous lequel il me faudrait vivre à Chalmaison m'est insupportable." C'est ainsi qu'il demande une mise en congé illimité. Ce congé lui est accordé dès le 9 juin 1870.

Place Saint Quiriace, Provins, aujourd'hui © Christiane MENOT

Après avoir été 13 ans instituteur, Louis Alexandre exerce la profession de secrétaire au bureau de l'état-civil à la mairie de Provins, jusqu'à son décès….

Louis Alexandre Désiré GOYOT décède dans sa maison, au 7 place du cloître de Saint Quiriace, à Provins, le 7 septembre 1898.