Pour toutes les raisons déjà évoquées au sujet des archives de Seine-et-Marne, je n'ai pu obtenir de document en série Z… Par contre, j'en possède un, enfin, la transcription d'un : la monographie de la commune de Moissy-Cramayel, en Seine-et-Marne. Elle a pour cote 30 Z 267…

Comment et pourquoi une monographie communale ? Monsieur Séraphin Jacques Eugène SPULLER est Ministre de l'Instruction Publique, des Cultes et des Beaux-Arts du 30 mai au 12 décembre 1887. Il succède à Pierre Eugène Marcellin BERTHELOT qui avait proposé, dès avril 1887, une action de son ministère pour la préparation de l'Exposition de l'enseignement primaire publique à l'Exposition universelle de 1889.

Le Ministre SPULLER demande donc aux enseignants des classes communales de rédiger une monographie de leur commune…

"Travaux personnels relatifs à l'enseignement (mémoire, documents pédagogiques, appareils et ouvrages relatifs aux divers enseignements ou à l'administration scolaire, rapports, statistiques, règlements, etc.).

Les plus intéressants des travaux des maîtres seront sans contredit les monographies des écoles. L'historique de l'établissement, son fonctionnement actuel, les résultats qu'il atteint ; son influence sur le milieu où il se trouve placé, sont le cadre naturellement tracé de ses études. Il est facile d'indiquer d'autres divisions très importantes. Par exemple, les rapports entre les directeurs et les adjoints, les moyens qu'ils emploient pour mettre de l'unité dans leurs actions, les rapports que les maîtres et maîtresses conservent avec leurs élèves après leur sortie définitive de l'école, l'influence qu'ils continuent d'exercer sur eux, les relations du personnel avec les municipalités, avec les conseils de patronage, quand il y a lieu. Quant aux notices ou mémoires pédagogiques, il conviendra d'admettre surtout ceux qui auraient trait à des points spéciaux de la discipline, de la tenue matérielle de la classe, des méthodes proprement dites d'enseignement ou d'éducation. En tout cas, ceux qui ne rouleront pas sur la méthode en général pourront être subdivisés en autant de fascicules séparés qu'ils traiteront de questions distinctes, afin de faciliter au jury la comparaison des solutions proposées sur un même sujet. Ces mémoires auront un format identiques (31 sur 21 cm avec deux marges de 4 et 2 cm) ; même format pour les couvertures mobiles où ils seront renfermés. Les procès-verbaux des conférences pédagogiques cantonales, la liste des livres adoptés par ces conférences, les mémoires originaux qui y ont été lus et discutés, leurs avis avec des points de doctrine ou de pratique scolaire pourront aussi trouver place dans cette exposition, soit à titre individuel, soit à titre collectif. Les règles que je viens de tracer, d'accord avec la commission, fixent les lignes principales des plans d'organisation de notre exposition de l'enseignement primaire public".

Ecole primaire début 20ème Siècle (c) G. VERNEY-BUISSON

A partir de ces directives, Charles BIZORD, instituteur de l'école primaire de Moissy-Cramayel a rédigé une magnifique monographie. Tout y est !... La géographie, avec le détail des terres de la commune, l'histoire, avec toutes les seigneuries, la religion, avec l'église, les évêques de Paris et les curés, l'enseignement, avec tous les instituteurs, l'agriculture, les commerces et l'industrie, les ventes des domaines nationaux qui ont eu lieu après la Révolution, et, pour finir, l'évolution de la population entre 1703 et 1886 ! Que j'aurais aimé le rencontrer cet instituteur !...

Mais ? Qui était-il ?

Charles Joseph BIZORD est né le 8 avril 1849 à Fleury-en-Bière, fils de Louis Alexis, cultivateur, et Marie Juliette Elisabeth CAILLOT. Il fait son service militaire au 5ème Régiment de Cuirassiers.

Le 23 octobre 1876, à Fleury-en-Bière, Charles épouse Rose Adèle VAURY, âgée de dix-neuf ans, fille de Georges André et Rose Françoise HERBERA.

Une seule fille naît de cette union : Clara Caroline, future épouse de Joseph Henri AUROY, et Denise, future épouse de  Achille BRÉGÉ.

Cet instituteur prend une retraite bien méritée en 1899 : 4 ans 2 mois 3 jours de service militaire et 21 ans 11 mois 19 jours d'enseignement. Le 15 avril 1899, le montant de sa pension est fixé à 715 francs.

Charles Joseph décède le 18 février 1930 à Melun. Son épouse, Rose Adèle, a fille, Clara, accompagnées de son époux, ses petits-enfants, M. et Mme Maurice AUROY, M. et Mme Achille BRÉGÉ, ses arrière-petits-enfants, Geneviève et Monique AUROY et Georges BRÉGÉ, ainsi que son frère Chanoine, annoncent les obsèques qui ont lieu le 20 février 1930 à l'église Notre-Dame de Melun.

Cet instituteur nous permet, aujourd'hui, de connaître la vie de notre commune alors qu'il y habitait et enseignait… Ces monographies font partie intégrante du patrimoine des communes, communes ayant, à la fin du 19ème Siècle, une école…