Suite à l'article de Marielle C.[1], je m'interroge sur l'héritage familial et ses conséquences… Pouvons-nous y changer quelque chose ? Comment pouvons-nous gérer cet héritage ?...

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Que de questions mais qui méritent tellement de réponses… En regardant de plus près ma généalogie, je me suis rendue compte qu'il y avait "répétition" chez les femmes, de mère en fille… Les femmes mouraient jeunes et les maris se remariaient vite. Mais pourquoi ? Pour les plus anciennes, la réponse sera imaginée, pensée, sans garantie aucune, mais pour les plus jeunes, je sais, donc, je suis sûre.

Emma est une jeune femme née en 1869. Elle épouse John en 1891. Jusque-là, tout va bien. Les enfants naissent, Frank en 1892, Emmy, en 1893, et Clara en 1895. Emma décède en 1896, elle est âgée de vingt-sept ans… Jeune, non ? Et John de se remarier la même année, six mois plus tard. Je ne m'en inquiète pas outre mesure, à l'époque, un veuf se remariait assez vite : qui pouvait s'occuper des enfants alors qu'il devait aller travailler. La nouvelle épouse était souvent dans l'entourage familial : belle-sœur, amie, …

Clara, à son tour se marie, en 1915. Elle a rencontré Charles, fringant soldat, fier de participer à cette guerre, cette terrible guerre. Il rentre au foyer début 1919 et Clara accouche d'un garçon, Paul, en 1920. Elle aura ensuite une fille, Victoire, en 1921. Pas d'autre enfant ne viendra éclairer ce foyer. Et Clara décède en 1926, âgée de trente-et-un ans ! Là encore, Charles se remarie, trois mois plus tard. Etonnant, très étonnant ! La seconde épouse n'est pas native de la région… Elle vient de l'Est, région où Charles a été soldat. Charles avait rencontré cette jeune femme lors d'une "permission" de quelques heures alors qu'il était au front. Elle avait dû lui apporter bien du réconfort… Il ne l'avait pas oubliée ! Mais elle, elle devait l'attendre puisque libre de toute attache aussitôt le décès de Clara ! La parole familiale chuchote toujours que Clara "connaissait" cette femme et qu'elle ne l'a pas supportée ; elle a préféré en finir. C'est ainsi qu'elle a ouvert le gaz ; mais, heureusement, pas d'explosion, seulement la fin d'une vie…

La vie continue, et Victorine se marie en 1942. Elle aussi pendant la guerre, la seconde ; mais Jean, son mari, est un ami d'enfance, elle le connaît donc bien. Il n'empêche… Elle accouche, en son absence, de Jeanne, en 1943. Elle aura d'autres enfants, après la guerre, Jacques, en 1946, et Georges, en 1947. Mais sa courte vie sera traîne misère. Son mari ne se remet pas de la guerre : l'alcool, les femmes, les coups parfois. C'est beaucoup plus qu'elle ne peut supporter ! Alors, elle aussi, prend la décision d'en finir. Difficile décision, parfois décrite comme de la lâcheté. Moi, j'y vois une forme de courage lorsque l'acte est définitif. Et Victorine abandonne ses trois enfants un soir de 1951, elle est âgée de trente ans.

Jeanne, alors âgée de huit ans, pleure, pleure beaucoup, souvent ! Elle se demande toujours pourquoi sa maman n'est plus là, oh, ce n'est pas qu'elle recevait beaucoup de bisous et de câlins, mais sa maman lui manque, tout simplement, comme une maman peut manquer à une enfant de huit ans. Son père s'est remarié, Jeanne s'entend bien avec cette nouvelle dame, mais ce n'est pas pareil. Et puis, le nouveau couple se dispute souvent. Au final, sa belle-mère partira quelques années plus tard, en 1967. Jeanne, mariée à François, a déjà deux beaux enfants : Michel, trois ans, et Sophie, deux ans. La vie se traîne, ce n'est pas l'amour fou dans son couple. François sort souvent, rentre tard, … Et Jeanne se rend compte que sa vie n'est pas tellement différente de celle de sa mère, de sa grand-mère, de son arrière-grand-mère ! Et la question se pose. Pourquoi ? Pourquoi nos maris ne restent-ils pas fidèles ? Et, un matin d'hiver, Jeanne prend la décision de partir. De quitter ce mari si absent, de protéger ses enfants, de protéger sa fille. La séparation est difficile, elle sait que sa vie prend un virage particulier que la route sera longue mais elle sait aussi que le bonheur est au bout. Elle sait, elle sent, qu'elle doit protéger sa fille d'un héritage terrible. Elle ne doit donc pas mourir. Elle doit vivre pour lui montrer que rien n'est insurmontable, que lorsque l'on a fait un mauvais choix, en l'occurrence, ne pas épouser la bonne personne, il faut savoir le reconnaître et aller de l'avant. Elle doit lui montrer que c'est ainsi dans la vie, tout n'est pas toujours bien, beau, ni blanc, ni noir, que l'on a droit à l'erreur, qu'il est possible de réparer cette erreur, … Tout simplement qu'il est possible de vivre heureux ! OH, bien sûr avec des embûches, des soucis, des joies, des pleurs, mais toujours avec le bonheur…

Qu'est devenue Sophie ? Sophie a vécu, petite, mais vécu tout de même, le printemps de 1968, toute l'évolution de la femme avec ses nouveaux droits. Sophie a choisi, mûrement réfléchi et a tracé sa vie au gré des jours, au gré du vent, … Aujourd'hui ? Je vous la dépeins comme une heureuse mère – quatre enfants –, une heureuse grand-mère – sept petits-enfants – Elle attend avec impatience la retraite, dans quelques années… Et surtout, elle rend visite régulièrement à sa maman, Jeanne, qui vit sereinement dans sa petite maison, à la campagne !

Il va de soi que je vous ai inventé cette "famille" mais cela pourrait être un héritage, un héritage lourd et chargé de tristesse mais la chaîne peut toujours s'interrompre !



[1] http://mlcgenealogie.canalblog.com/archives/2016/10/22/34470484.html