1917, année de la rébellion des soldats ! Ils en ont assez de cette terrible et longue guerre ! Alors, ils vont le faire savoir et le 129ème Régiment d'Infanterie n'échappe pas à la règle…

Le régiment est toujours en déplacement :

  • Le 9 avril, cantonnement à Celles-lès-Condé, Condé et Montigny-lès-Condé, dans l'Aisne, proche de Soissons,
  • Le 10 avril, cantonnement à Sauvigny, Crézancy et Jossoy, dans l'Aisne, proche de Château-Thierry, à 46 km,
  • Le 12 avril, cantonnement à Fresnes et Courmont. Les soldats sont employés à la réfection des routes Fresnes-Lourmont, routes complètement défoncées, dans l'Aisne, entre Château-Thierry et Fère-en-Tardenois, à 15 km,
  • Le 15 avril, nouveau déplacement à Arcis-le-Ponsart, à 20 kilomètres au nord-est de Fresnes.

Chazelles

Le 16 avril 1917, une offensive se prépare. A 5h30, le régiment prend le départ pour être à Crugny à 8h30. Là, il stationne jusque 14h25, il reprend la route pour arriver en stationnement à l'ouest du château et de la ferme de la ille-au-Bois. Nouvel ordre : le 129 doit aller cantonner à Serzy-et-Prin, à 10 km, mais le temps et l'état des routes éprouvent les soldats qui arrivent à destination à 23h30., soit 18 heures après le départ initial du matin ! Le 17 avril, le régiment fait mouvement pour aller cantonner à Lhéry, à 7 km : tout se passe normalement, sans incident particulier. Le 18 avril, le régiment fait marche arrière pour revenir à sa position du 14 avril : Fresnes et Courmont, à 21 km !... Départ à 8h30, arrivée à 17h30 : soit 9 heures de marche !!! Les soldats sont occupés, encore une fois, à la réfection des routes.

La guerre en dehors du 129ème Régiment d'Infanterie

Mais, le 16 avril 1917 est aussi la date de l'échec cuisant de l'offensive du Chemin des Dames lancée par le Général NIVELLE. Malgré l'engagement des premiers chars d'assaut français, les troupes n'avancent que d'environ 500 mètres au lieu des 10 kilomètres prévus. Les pertes sont nombreuses : près de 30 000 hommes en à peine dix jours ! Cette défaite va être le facteur déclencheur des mutineries, surtout dans les régiments "au repos" qui ne comprennent pas que l'autorité militaire veuille les envoyer, de nouveau, dans les tranchées pour une guerre qu'ils jugent devenue inutile… Dans le même temps, les troupes étrangères lancées dans la Bataille d'Arras ont eu un succès mitigé, loin des objectifs attendus. En Russie, les bolcheviks ont bousculé le pays : les soldats et les marins ont rejoints le insurgés et le régime a basculé. Les Allemands ne sont pas étrangers à cette "révolution" et, de fait, les russes ne sont plus réellement des ennemis. Les soldats français reprochent ainsi aux Russes de leur avoir fait perdre cette bataille du Chemin des Dames car les forces allemandes avaient quitté le front russe pour venir se positionner en France. Ce sont ces conditions internationales qui ont motivé l'intervention des Etats-Unis dans cette guerre.

Le 4 mai 1917, le 1er Bataillon, celui du Capitaine AUBERGÉ, part cantonner à Beuvardes dès 8h00. Le 13 mai, autre déplacement sur Gland, pour repartir le 14 à Pertibout et le 15, le cantonnement est fixé à Busserolles. Vont-ils avoir dur repos ces soldats ! Que non ! Du 16 au 26 mai, ils sont employés à aménager et nettoyer le cantonnement, à l'instruction et… aux exercices de marche ! Chaque jour, environ 220 hommes sont affectés chez les cultivateurs de la région pour effectuer les travaux agricoles.

Le 27 mai 1917, le personnel du 129ème Régiment d'Infanterie monte à bord de camions dès 7 heures du matin et débarque à Ploisy (Etat-Major et 2ème Bataillon), Chazelle (1er Bataillon) et Missy-au-Bois (3ème Bataillon). Le déplacement s'effectue, apparemment, sans incident. Le 27 mai 1917 est aussi le dimanche de la Pentecôte. Il semblerait (source dossier de procédure du jugement de CHEMIN Marcel Arsène) que certains membres de familles de soldats (épouses, enfants, sœurs) soient venus de Paris pour rencontrer LEUR soldat. L'ordre de déplacement du régiment, en date du 28 mai 1917 est-il à l'origine de la mutinerie ? Sûrement, "la goutte d'eau qui a tout fait déborder".

Les soldats sont à bout de fatigue, de courage, de croyance. Ils ne pensent plus que cette guerre puisse s'arrêter un jour. Ils sont las de tout ce qu'ils peuvent entendre : la défaite au Chemin des Dames, la paix proposée par les Allemands et refusée par les Français, les Annamites qui tuent les femmes à la demande du gouvernement français, bref, ils sont dans une situation où il faudrait une décision politique, une prise de conscience politique pour que la troupe se relève. Mais non ! Rien, les officiers doivent faire face, seuls, et avec leurs moyens. Aucune violence physique : les armes ne se sont pas retournées contre l'autorité, seulement les paroles, rien que des paroles…  Pour autant, à l'ordre d'embarquement, ils obtempèrent, en silence pour certains, avec quelques réactions pour d'autres, mais tous répondent à l'appel pour défendre la France.

Le 30 mai, le régiment embarque à nouveau en camions pour débarquer, vers 15 heures, dans la région de Roye, dans la Somme : Carrépuis (Etat-Major), Roiglise et Margny-aux-Cerises (1er Bataillon), Champieu (2ème Bataillon) et Folente et Balatre (3ème Bataillon).

Le 31 mai, le 1er Bataillon embarque en chemin de fer pour aller à Laheycourt. Il stationne jusqu'au 7 juin où il embarque à bord de camions pour retourner à Clermont-en-Argonne afin d'être mis à la disposition de la 64ème Division d'Infanterie.

La troupe de l'arrière est utile aux différents travaux de "reconstruction", pour les routes par exemple, ou d'entraide, lorsqu'ils vont aider les cultivateurs et agriculteurs.

Le 9 juin 1917, le Bataillon est mis à la disposition du Lieutenant-Colonel commandant le Génie du 31ème Corps d'Armée afin d'effectuer des travaux de réfection des routes, extraction de pierres, … Le 26 juin, le Bataillon fait mouvement sur Luchères.

Vie banale d'un régiment éloigné du front en temps de guerre : déplacements, exercices, …