Après la mutinerie, les sanctions…

Mutineries - jugement

Les "coupables"

Comme dans toute mutinerie, il faut trouver les coupables, IL FAUT DES COUPABLES ! Ils sont vite trouvés : ceux avec un passé, civil ou militaire, plus ou moins "bon" :

-          Condamnés à la peine de mort et à la dégradation militaire

  • Le caporal LEBOUC Marcel Jules Gilbert, un sergent "cassé" pour absence de son poste comme chef de poste. Il est accusé d'avoir pris part et, surtout, d'avoir mené des hommes à participer à la manifestation,
  • Le soldat CHEMIN Marcel Arsène, homme au passé civil tumultueux, accusé d'avoir été un des chefs du mouvement de sa compagnie, la 5ème,
  • Le soldat MILLE Henri, un soldat réformé en 1906 mais rappelé en 1915. Bachelier, Capitaine au long cours. Homme "intelligent au moral déplorable". Il est accusé d'avoir influencer ses camarades.
  • Le soldat LEFRANÇOIS Adolphe, de la 1ère Compagnie, est reconnu "suspect". Il est accusé d'avoir pris la parole avec violence et d'avoir débauché d'autres soldats.

-          Condamnés aux Travaux Publics :

  • Le soldat BISSON Gaston, 8 ans,
  • Le soldat CABRIT Ernest Joseph, 8 ans, recours en grâce rejeté le 20 juin 1917
  • Le soldat DEHAIS Gaston, 5 ans,
  • Le Caporal DIEUDEGARD Georges Félix, 10 ans, suspension de peine et envoyé aux Armées le 12 janvier 1918,
  • Le soldat GILBERT Raphaël, 7 ans,
  • Le soldat GRAND Séverin, 10 ans,
  • Le soldat GROUY Jules Jérôme, 10 ans, suspension de peine le 19 juin 1918,
  • Le Caporal HÉRON Alphonse André, 5 ans,
  • Le soldat HOUDEVILLE Georges Alexandre, 7 ans, suspension de peine le 19 juin 1918,
  • Le soldat LAGNEL Georges Raoul, 5 ans, recours en grâce rejeté le 20 juin 1917,
  • Le Caporal LEROY Frédéric Auguste, 7 ans,
  • Le Caporal MARIE Louis Jules, 5 ans,
  • Le soldat MIELLY René Gaston, 5 ans,
  • Le soldat THOUANT Henri Louis, 8 ans, remise de deux ans accordée le 30 novembre 1920.

-          Condamnés aux Travaux forcés sans interdiction de séjour :

  • Le soldat DELAIRE Lucien Jean, 20 ans, remise de 10 ans et commutation en peine de détention le 20 septembre 1920, remise du restant de la peine le 31 janvier 1921,
  • Le soldat GAND Maurice Frédéric, accusés d'avoir été "chefs" avec le dénommé CHEMIN, 10 ans, commuée en peine de détention d'une durée égale le 17 septembre 1920,
  • Le soldat GUERIN Maurice Henri, accusés d'avoir été "chefs" avec le dénommé CHEMIN, 10 ans,
  • Le soldat CAVERNES Pierre Abel, 8 ans, suspension de peine le 28 juin 1918 car engagé au titre du 128ème Régiment d'Infanterie.

 Le 28 juin 1918, "des détachements des 1er, 2ème et 3ème Bataillons assistent à l'exécution du Caporal Lebouc, des soldats Chemin, Mille et Lefrançois, condamnés par le Conseil de la IIème Armée à la peine de mort pour abandon de poste et refus d'obéissance devant l'ennemi. Chapue fournit un peloton d'exécution. L'exécution a lieu à la sortie Nord de Rarécourt à 4h30 – Aucun incident à signaler".

Que sont devenus les condamnés aux Travaux Forcés et/ou Publics ?...

  • BISSON Gaston Clément Victor est amnistié le 30 avril 1921 et rejoint le dépôt démobilisateur du 129ème. Il est mis en congé illimité de démobilisation le 20 juin 1921. Il se marie le 25 mars 1922 à Paris (15ème) avec Marie Rosalie MALZAC. Il décède le 6 avril 1924, même arrondissement, à l'âge de 28 ans.
  • CABRIT Ernest Joseph est amnistié le 17 septembre 1921 par application de la loi du 29 avril 1918 et envoyé au 128ème Régiment d'Infanterie. Il a été mis en congé illimité de démobilisation le 21 septembre 1919. Il se marie le 31 janvier 1920 à La Salvetat-Peyralès, en Aveyron, avec Clara Eugénie Marie RODER/RUDER. Le 26 mai 1933, la Commission de Réforme de Montpellier confirme son problème de santé (respiratoire). Ernest Joseph se remarie le 29 août 1932, toujours dans la même commune, avec Thérasée Marie CABRIT. Il est libéré de toute obligations militaires le 5 décembre 1936. Il est dit père de quatre enfants. Il décède le 7 avril 1980 dans sa commune de naissance.
  • CAVERNES Pierre Abel a une suspension de peine le 28 juin 1918 car il s'engage au titre du 128ème Régiment d'Infanterie. Il passe ensuite à la 1ère Section des Commis Ouvriers d'Administration le 31 décembre de la même année, puis à la 7ème Section le 22 janvier 1919. Il est mis en congé de démobilisation le 4 novembre 1919. Sa fiche indique qu'il est père de quatre enfants.
  • DEHAIS Gaston Joseph voit sa peine commuée le 5 juin 1917 (?), il réintègre le 129ème R.I. Il décède, Mort pour la France le 25 juillet 1918 à La Poterne, dans la Marne.
  • DELAIRE Lucien Jean obtient une remise de 10 ans et la commutation du reste de la peine en détention le 20 septembre 1920 et une remise du restant de la peine le 31 janvier 1921. Ile st dirigé sur les Sections Métropolitaines d'exclus à Collioure le 12 février 1921. Il est libéré du service actif le 25 ai 1921. Cité à l'ordre du régiment le 16 juin 1916, il a reçu la Croix de Guerre avec étoile de bronze Le 4 avril 1923, à Paris, 3ème arrondissement, il épouse Louise Marie Madeleine JOUBERT, il décède dans le même arrondissement le 6 avril 1932.
  • DIEUDEGARD Georges Félix obtient une remise de peine de 5 ans le 28 janvier 1919. IL est ensuite réhabilité le 22 mai 1919 et rejoint le 129ème. Il est mis en congé illimité de démobilisation le 27 août 1919. IL se marie le 7 juin 1920 à Doudeville, en Seine-Maritime, avec Julia Marie Noémie MALINGRES. Cité deux fois à l'ordre du régiment et à celui du bataillon, il reçoit la Médaille Militaire le 7 octobre 1932. Il décède le 4 janvier 1961 à Rouen.
  • GAND Maurice Frédéric, accusé d'avoir été "chefs" avec le dénommé CHEMIN, voit sa peine commuée en peine de détention d'une durée égale le 17 septembre 1920. IL est amnistié par la loi du 29 avril 1921 et rentre dans ses foyers le 3 octobre suivant. Le26 juillet 1923, à Bordeaux, en Gironde, il épouse Jeanne Marie Louise GERMANAUD. Il décède à Paris, 10ème arrondissement, le 5 décembre 1968.
  • GILBERT Raphaël, pupille de l'Hospice de Saint-Louis de Caen, dans le Calvados, est marié, sans enfant au moment du jugement. Il décède le 17 août 1918 à l'hôpital miliaire de Soukahras, en Tunisie.
  • GRAND Séverin est amnistié le 29 avril 1921 et est transféré sur le dépôt de démobilisation du 158ème Régiment d'Infanterie. Il se marie le 22 juillet 1922 à Caluire-et-Cuire, dans le Rhône, avec Jeanne Denise FARGETON. Le 11 août 1923, il passe au 24ème Bataillon de Chasseurs Alpins, puis au 24ème Bataillon de Chasseurs à pied le 1er janvier 1924. Il bénéficie de la Médaille de la Victoire, de celle Commémorative de la Guerre et de l'Insigne des blessés.  Il est inscrit sur sa fiche matricule qu'il est père de cinq enfants.
  • GROUY Jules Jérôme est marié depuis le 9 mai 1914 avec Marie NICOLAON. Il est réhabilité le 4 novembre 1918 par la Cour d'Appel de Riom. Il est mis en congé illimité de démobilisation le 9 août 1919. Père d'au moins un enfant, Il décède à Mazirat, dans l'Allier, le 21 juillet 1970.
  • HÉRON Alphonse André a sa peine commuée et il rejoint le 140ème Régiment d'Infanterie le 24 août 1918. Il est mis en congé illimité de démobilisation le 18 août 1919. Il se marie le 15 décembre 1924 0 Toul, en Meurthe-et-Moselle, avec Léonie Marie GRASSI.
  • HOUDEVILLE Georges Alexandre s'est marié, à Montville, en Seine-Maritime, le 18 juin 1910 avec Célina Jeanne BOSSELIN. Il bénéficie d'une suspension de peine le 17 juillet 1918 et rejoint le 162ème Régiment d'Infanterie. Il est cité à l'ordre de la Division, n° 297, le 8 novembre 1918 : "Excellent soldat, énergique et très brave. Toujours volontaire pour les missions périlleuses, s'est particulièrement fait remarquer au cours d'un coup de main exécuté sur un village puissamment organisé en s'élançant sans hésitation sur un poste ennemi. A brillamment participé à la capture des occupants". Démobilisé le 7 mai 1919, il est amnistié par la loi du 29 avril 1921. Il reçoit la Médaille Militaire le 27 juillet 1930, déjà décoré de la Croix de Guerre avec étoile de bronze. Il se remarie le 30 juillet 1938, même commune, avec Camille Marthe BRIZE et une dernière fois avec Hélène Emilie BABOIS, le 3 mars 1945, toujours à Montville. Après avoir été refusé pour la Légion d'Honneur (sic) le 27 mai 1964, père d'au moins trois enfants, Il décède le 7 février 1971.
  • LAGNEL Georges Raoul, après le refus de sa demande de recours en grâce le 20 juin 1917, obtient une remise de peine de deux ans le 18 juin 1918 puis une suspension de peine le 26 octobre 1918. Il réintègre le 129ème Régiment d'Infanterie puis passe au 172ème le 15 novembre suivant. Sa fiche matricule n'indique pas à quelle date il a été démobilisé mais il se marie le 25 octobre 1919 à Paris, 5ème arrondissement, avec Anna BONNEVILLE. Il se remarie le 31 août 1927 à Barjac, en Lozère, avec Gabrielle REVERSAT. Il est dégagé de toutes obligations militaires depuis le 21 novembre 1935, lorsqu'il épouse   Denise Josèphe Françoise LEBBE, le 6 novembre 1948, à Toulouse, en Haute-Garonne. Il décède le 22 juillet 1977 à Condom, dans le Gers.
  • LEROY Frédéric Auguste est marié avec Georgette Alexandrine FERET depuis le 11 mars 1910. Il décède à Montreuil, en Seine-Saint-Denis, le 4 janvier 1975.  
  • MARIE Louis Jules est marié avec Louise Jeanne Alphonsine BRICON depuis le 23 mai 1911. L'exécution du jugement est suspendue par le Général Commandant la 2ème Armée, le 7 octobre 1918. Le 28 décembre 1918, il rejoint e 151ème Régiment d'Infanterie avant d'être envoyé en congé illimité de démobilisation le 2 août 1919.
  • MIELLY René Gaston est marié depuis le 29 mars 1913 avec Marie Hélène Léontine PONTIER. Il obtient une remise de peine de 18 mois le 16 février 1920. Il se remarie le 1er juillet 1922 à Paris, 4ème arrondissement, avec Fortunée Annette LECLERC. Libéré de toutes obligations militaires depuis le 15 octobre 1936, père d'au moins un enfant, il décède le 24 août 1957 à Paris, 18ème arrondissement.
  • THOUANT Henri Louis voit sa peineremise de deux ans le 30 novembre 1920. Amnistié le 29 avril 1921, il rejoint le 46ème Régiment d'Infanterie avant d'être placé en congé illimité de démobilisation le 20 juin 1921. Aucune archive en ligne pour permettre de donner suite à sa vie, seul détail de la fiche matricule, il se retire à Villers-sur-Mer, dans le Calvados, le 7 février 1923.

Voilà, la mutinerie a été maîtrisée mais la guerre continue… Quelles séquelles vont garder ceux qui ont participé à cette rébellion, punis ou non ?... Les fusillés feront partie d'une autre étude, plus approfondie…