Construit dans la nuit du 12 au 13 aout 1961, le Berliner Mauer s'est ouvert dans la nuit du 9 au 10 novembre 1989… Les habitants en sont presque étonnés…

C'est la deuxième fois que je viens habiter Berlin. La première fois, c'était en 1982. J'avais eu des difficultés à m'habituer de faire quelques kilomètres pour tomber sur un "mur". Un mur parfois simplement fait d'une façade où les ouvertures avaient été bétonnées... Un mur parfois très large avec chemin de ronde, chemin anti char, no man's land, puis autre chemin de ronde… Un mur avec de nombreux miradors pour ne laisser aucun angle de vue sans vision... Bref, ce mur faisait partie de notre vie ! Nous ne pouvions pas l'oublier, mais nous vivions très bien !

Nous attachions de l'importance à ce mur surtout lorsque nous avions de la visite : nos amis, notre famille, des collègues. Ces occidentaux n'avaient pas le même regard que nous. Et lorsque nous montions sur les estrades pour regarder de l'autre côté, c'était un choc ! Chez nous, à l'Ouest, c'était la couleur, la vie… De l'autre côté, à l'Est, c'était grisaille, la tristesse, pas la mort, mais la tristesse… Pour nous, c'était le regard, mais pour les Allemands de l'Ouest c'était aussi tristesse car beaucoup avait de la famille de l'autre côté. Cette famille qui avait été brusquement séparée lors de la construction de ce mur !...

Tout séjour professionnel ayant une fin, je suis rentrée en France : Paris, en 1985. Là, notre vie se poursuit, autrement, autrement car les enfants ne connaissaient pas la vie en France : avant Berlin, nous habitions Baden-Baden, en RFA. Donc, lorsqu'en 1989 nous leur annonçons un retour à Berlin, c'est la joie !... Mais nous ne pensions pas partager un évènement mondial… ! Nous retournions simplement à Berlin, nous allions retrouver nos amis…

Et voilà que le jeudi 9 novembre, à 19h00, je rentre à la maison. Je quitte le quartier de Tegel pour rejoindre celui de Reininckendorf. Tout est habituel ! La nuit est tombée, elle tombe d'ailleurs bien tôt – 16h30 – en cette saison. La circulation est fluide. Bref, une fin de journée comme une autre… La soirée se déroule comme à l'habitude : le repas, le coucher des enfants, la télé, puis le coucher à mon tour…

Vendredi 10, 5h00, le réveil sonne… Il faut aller au travail… Je mets la radio, RFI (Radio France International), et là, je suis abasourdie : le mur est tombé ! Il est vraiment tombé… Enfin, psychologiquement, politiquement, car il faudra du temps, pas tant que cela d'ailleurs, pour le faire "disparaître"… Arrivée sur mon lieu de travail, nous sommes tous en effervescence. Aucun d'entre nous n'avait imaginer cette chute. Oui, cela bougeait dans les pays du bloc de l'Est. Oui, M. Gorbatchev avait des idées de liberté pour son peuple, mais de là à cette Chute !... Lais c'est arrivé, c'est ainsi… Le monde bouge !...

J'étais impatiente d'aller voir sur le terrain… De sentir, cette effervescence... De vibrer avec ces Allemands qui retrouvaient une certaine liberté… Alors, ce soir-là, le 10 novembre, après le coucher des enfants, déjà grands. Je suis partie, appareil photo à la main, pour m'imprégner de cette révolution en marche !

Ma première étape : le CheckPoint Charlie ! Surprise, personne ! Enfin, peu de personne ! Aux actualités ils avaient annoncé des "bouchons" tellement les Allemands de l'Est étaient venus en masse… Mais là, à 21h00, la circulation était plus que fluide… Il y avait plus d'occidentaux que d'Allemands de l'Est. Ces derniers étaient déjà dans Berlin à faire la fête, en famille ou avec des inconnus !... Bon, presque déçue, je prends le chemin de l'Estrade Kennedy, dans le Quartier Français. Il est déjà tard, presque 23h00 ! Des machines sont à pied d'œuvre pour retirer des blocs de béton… La foule, massée, attend impatiemment : cela ne va pas assez vite pour nous. Mais du béton, ce n'est pas si simple ! Je quitte à nouveau ce lieu pour me rendre au Ku'Damm – Les Champs Elysées berlinois… Quelle affluence ! Que de monde ! Nous avons pu, quasiment, faire la fête et échanger avec eux… ceux qui arrivaient de l'Est ! Par quoi étaient-ils ébahis ? Par les boutiques, ouvertes, naturellement ! Par la profusion et le choix des denrées alimentaires… Par tous les articles, tant de première nécessité – entretien, soins – que par le superflu : HiFi, informatique… Ils ont les yeux grands ouverts comme des enfants devant le sapin de Noël après le passage du Père Noël…

Il est tard, ou tôt, c'est selon… Il me faut rentrer…

La Chute du Mur de Berlin © Christiane MENOT

Les jours qui ont suivi ont été des jours de liesse, de joie, de partage… Avec les enfants, nous allions régulièrement voir le Mur, enfin, voir la déconstruction du Mur. Je dis déconstruction et non démolition car c'étaient des pans entiers de béton qui étaient retirés, déplacés, mais je n'ai jamais rien vu de cassé ! Le Mur s'est ouvert de chaque côté de la Porte de Brandeburg quasiment trois semaines plus tard ! Cette ouverture était très attendue, tant pas les journalistes du monde entier que par les habitants des deux côtés de ce Mur…

 

Sur un peu plus d'un kilomètre, des blocs ont été mis côté à côte et des artistes ont peint, des fresques qui devaient aller au Musée du Mur… Elles seraient en Musée extérieur, sans entretien particulier…

 

Mais six mois plus tard, les Berlinois n'étaient pas tous ravis. Les réalités sociales et économiques ont changé, obligatoirement ! La réunification des deux Allemagnes avait eu lieu. Il fallait penser à la "reconstruction" de la partie Est du pays. Il fallait partager !

 

Le souvenir que j'ai de cet évènement-là et des années qui ont suivi est impérissable… De toute façon, qui a vécu à Berlin à l'époque du Mur ne peut pas oublier cette superbe ville…