Comment raviver des souvenirs rangés dans un coin de notre mémoire ?... Simplement par le biais d'une discussion, d'une confidence, d'un échange ! Notre esprit est taquin…

Attablée devant un repas, oh, pas un festin, mais un repas chaleureux, repas entre "amis", repas de partage, simple mais tellement agréable, la discussion allait d'un sujet à l'autre, d'un thème à l'autre… Bien sûr, entre anciens militaires, deux femmes et un homme, le sujet militaire a été bien débattu. Nous avons revécu des moments de nos carrières respectives, nous avons dit du bien et, bien sûr, du mal de certains ou certaines que nous avons connu(e)s et nous avons refait le monde. Et puis, comment est-ce venu dans la conversation ? Je ne sais plus, ce dont je me souviens ce sont ces souvenirs évoqués, ces souvenirs d'enfance que certains penseront mauvais mais qui ont été relatés avec affection, avec gentillesse. Ces souvenirs d'enfance se sont mêlés à mes souvenirs de jeune militaire, mère de famille, en résidence dans cette grande capitale qu'est désormais Berlin !

Berlin ! Ceux qui n'y ont pas vécu ne peuvent pas vraiment comprendre la fascination que cette ville a exercé sur nous. Cette ville emmurée mais pourtant si belle ! J'ai eu la chance de séjourner par deux fois à Berlin et surtout, la seconde fois, d'avoir été présente lors de la chute du Mur, cette fameuse chute, ce fameux Mur !

Que connaissais-je de Berlin lors de mon premier séjour ? Pas grand-chose ! Je connaissais tout de même les raisons pour lesquelles, nous, les Français, avions un petit secteur. Un petit rappel : le "partage" de Berlin entre les alliés a été fait lors de la Conférence de Yalta, le 4 février 1945. Les autorités en présence sont Joseph STALINE pour l'URSS, Winston CHURCHILL pour le Royaume-Uni et Franklin D. ROOSEVELT pour les Etats-Unis. Les Français ? Mais qui représentait les Français ? Personne ! Le Général de GAULLE s'est invité pour demander une part de ce partage. Beaucoup d'échanges ont eu lieu et, au final, la France a obtenu un secteur de Berlin-Ouest.

Me voilà donc arrivée à Berlin en juin 1982, jeune maman d'une fille de quatre ans et d'un garçon de quatre mois. Je vais aimer ce séjour, vraiment l'aimer. La première raison en est à ma présence en Allemagne : j'y suis née et depuis que je suis militaire, j'y vis ! Je suis dans mon élément ! La seconde est que notre vie, à Berlin-Ouest, est très agréable : financièrement parlant, pas de souci, et la vie de tous les jours, les échanges avec les uns et les autres. Bref, c'est enrichissant !

© Christiane MENOT

Une affectation de quatre ans à Paris a coupé ce charme mais le retour n'en a été que plus heureux ! A nouveau Berlin en 1989 ! Août 89 !... Trois enfants désormais : onze ans, sept ans, et quatre ans. Ils ont donc connu cet évènement mondial qu'a été la Chute du Mur ! Cette chute improbable ! En effet, à bien y réfléchir, rapidement, sans entrer dans les détails politiques ou historiques, ce mur a été construit et démoli pour à peu près les mêmes raisons : la fuite des personnes vers les pays capitalistes ! Juste après la Seconde Guerre Mondiale, il était impensable de laisser partir les habitants de ce bloc soviétique, mais après la Pérestroïka, il était impensable de ne pas ouvrir les frontières…

Donc, cette chute du Mur, grand moment de liesse, grand moment de bonheur, mais aussi, beaucoup de craintes, pour les Allemands, comme pour nous les Français, les Anglais, les Américains, même pour les Soviétiques. Dès cette première nuit du 3 novembre 1989, dans tous nos esprits était présente l'ide de départ. Forcément, cette chute qui annonce le début de quelque chose entraîne la fin d'autre chose. Et pour moi, c'est cette fin qui me minait ! Oh, pas que je sois contre la destruction de ce mur qui faisait partie de notre quotidien, mais je savais que, pour moi, c'était la fin de ma vie en Allemagne !

La réunification des deux Allemagnes a eu lieu le 3 octobre 1990, je suis rentrée à Paris avec mes enfants en août 1994 et j'ai quitté l'armée en octobre 1995 ! Voilà, la chute du Mur a eu raison de ma présence au sein de l'Armée française.

Suis-je retournée en Allemagne ? Oui, mais combien de temps après ce départ de Berlin ? Vingt ans ! Il m'aura fallu vingt longues années et la demande incessante de ma maman de cœur pour que je retourne en Allemagne. Bien sûr, pas à Berlin, ma maman de cœur voulait revoir Landau, ville de garnison où son défunt mari avait fait son service militaire…