Je me suis surprise à me promener sur le site de la Base Léonore. Encore une fois, pas de recherche particulière, simplement essayer de trouver autre chose que les Légionnaires que je chercher, et trouve, directement par leurs patronymes. Et voilà, je remarque un onglet "84 légionnaires célèbres dont les dossiers sont conservés à la Grande chancellerie. Tiens dons, que 84 célèbres ! Je m'empresse de cliquer et de lire la liste des 84. Ah, intéressée par le dossier de Georges POMPIDOU, dossier plus que mince… et puis, j'ouvre celui de Colette : 92 pièces attachées à son dossier…

Sidonie Gabrielle COLETTE

Me voilà partie à lire chaque pièce de ce lourd dossier et j'en apprends… Comme à chaque découverte, je suis happée par les textes qui s'opposent… Je ne connaissais pas Colette comme cela : à l'école, ils ont oublié de nous parler de la femme qu'elle était, et quelle femme !... Alors, j'ébauche une mini généalogie afin de mieux comprendre sa vie.

Sidonie Gabrielle COLETTE naît le 28 janvier 1873 à Saint-Sauveur-en-Puisaye (89), fille de Jules Joseph et Adèle Eugénie Sidonie LANDOY. Elle est et restera la plus jeune de la fratrie. Les aînés, Héloïse Emélie Juliette, née le 15 août 1860 et Edme Jules Achille, né le 18 janvier 1863, sont issus du premier mariage d'Adèle Eugénie Sidonie avec Claude Jules Joseph ROBINEAU-DUCLOS. Le troisième, Léopold Jean, né le 22 octobre 1866, est frère germain de Sidonie Gabrielle.

Tous les enfants sont nés à Saint-Sauveur-en-Puisaye (89).

Jules Joseph a été Capitaine au 1er Régiment de Zouaves. Blessé à la guerre et amputé à la cuisse gauche, suite à blessure à la bataille de Montegnano (Italie), il est fait Chevalier de la Légion d'Honneur le 20 juin 1859 – dossier LH/563/43. En 1873, il est percepteur des contributions directes.

En 1891, à la retraite de Jules Joseph, la famille part s'installer à Châtillon-sur-Loing (45). Dans cette commune, le 15 mai 1893, Sidonie Gabrielle épouse Henri Jean Albert GAUTHIER-VILLARS. Ce dernier signe les œuvres de nombreux écrivains, dont Sidonie Gabrielle… Le couple divorce le 21 juin 1910, divorce prononcé par le Tribunal de la Seine (75).

Les deux années qui suivirent sont, sûrement, les années qui valurent à Colette de ne jamais être promue Grand Officier de la Légion d'Honneur. En effet, ce sont des années de débauche et de scandale. Outre le fait que Sidonie Gabrielle se montre nue sur les scènes de théâtre et de music-hall, elle affiche sa liberté sexuelle à travers ses relations féminines dont une avec Mathilde de MORNY et une autre avec Nathalie CLIFFORD-BARNEY.

Le 19 décembre 1912, à Paris (16ème), Sidonie Gabrielle épouse Bertrand Henri Léon Robert de JOUVENEL des URSINS. L'année suivante, le 3 juillet, Sidonie donne naissance à son unique enfant, Colette Renée.

Trompée par son mari, elle aura une longue liaison – cinq ans – avec Bertrand, fils du premier mariage de son époux. En 1919, elle devient directrice du journal "Le Matin".

Sidonie Gabrielle est promue Chevalier de la Légion d'Honneur le 25 septembre 1920matricule 95.933. Elle divorce en 1923.

Dans le dossier de sa demande pour recevoir le rang d'Officier de la Légion d'Honneur, au paragraphe – carrière militaire – il est noté "33 ans de carrière militaire" à la machine à écrire.

Elle reçoit rang d'Officier de la Légion d'Honneur le 5 novembre 1928. Sa marraine sera la Comtesse de Noailles.

Elle se marie une troisième fois avec Maurice GOUDEKET, le 3 avril 1935 à Paris (8ème). Le 21 janvier 1936, Colette reçoit rang de Commandeur de la Légion d'Honneur.

En 1949, plusieurs demandes sont adressées par le Ministre de l'Education Nationale, Yvon DELBOS, le Président du Conseil, Georges BIDAULT, demande des comptes, mais la décision de la Chancellerie de la Légion d'Honneur n'est pas celle attendue. A chaque demande, la réponse est "ajournée". L'avis émis est toujours défavorable à la quasi-totalité des votes. Le 3 septembre 1952, le Grand Chancelier, le Général DASSAULT, répond au Président de la République en ces termes : "[…] IL doit tout d'abord être bien entendu que la très haute valeur de l'œuvre littéraire de Madame COLETTE est au-dessus de toute contestation. Malheureusement, l'immoralité et le manque total de dignité de la vie de l'intéressée sont de notoriété publique. Dans ces conditions, la faite accéder aux plus hautes dignités de notre Ordre National, alors surtout qu'elle sera la première française à être ainsi proposé en exemple, serait une mesure bien déconcertante. […] En ce qui concerne le Conseil de l'Ordre, il a émis, il y a deux ans, un avis unanimement défavorable. Depuis, la question COLETTE a été souvent évoquée dans ses séances et le Conseil n'a jamais varié dans sa position, en particulier le 5 août dernier, à l'unanimité des sept membres présents. Parmi les membres absents, un seul m'a déclaré, avant son départ, être maintenant favorable à la candidature en cause et un second est très hésitant, tous les autres sont hostiles, certains farouchement".

Le 21 août 1952, le Ministre de l'Education Nationale, André MARIE, soumet à l'approbation du Conseil des Ministres une proposition pour que "Madame Colette, femme de Lettres, membre de l'Académie Goncourt et de l'Académie Nationale Belge […] reçoive la plaque e Grand-Officier". Le Conseil des Ministres est unanime à retenir la proposition alors que le Conseil de l'Ordre, a enregistré, une nouvelle fois défavorablement cette candidature.

En 1953, le même Ministre de l'Education Nationale présente un dossier auprès de la Légion d'Honneur pour que Sidonie Gabrielle dite Colette soit élevée au rang de Grand Officier. Il ne tarit pas d'éloges :

"Unanimement reconnue comme notre plus grand écrivain féminin. Analyste aigu, elle a traduit dans un style d'une justesse toute classique les formes les plus modernes de la sensibilité. Son œuvre considérable et universellement connue est celle d'un maître au talent exemplaire". Colette est alors directrice et critique dramatique du journal "Le Matin".

Dans une correspondance du 14 janvier 1953, le Général AUDIBERT, qui sera absent de la prochaine réunion, exprime son avis défavorable de manière assez violente : "[…] Je ne crois pas que le Conseil de l'Ordre National de la Légion d'Honneur soit en droit de faire une réclame retentissante mondiale à l'œuvre immorale de COLETTE. Son style peut séduire les jurys littéraires et ses aventures de gigolos et de proxénètes, intéresser une clientèle spéciale, mais, j'estime qu'il n'appartient pas au Conseil de l'Ordre d'achalander une œuvre aussi dépravée, faisandée, malfaisante, démoralisante, quelle qu'en puisse être la valeur littéraire. […] IL ne s'agit pas de rappeler que COLETTE, dans sa jeunesse, s'est exhibée "à poil" dans les Music-hall, mais de considérer que c'est malheureusement, toute sa littérature qui est "à poil". Si COLETTE devenait Grand Officier, on ne voit pas pourquoi nous n'aurions pas, bientôt, le lycée COLETTE, maison d'éducation pour jeunes filles à déniaiser".

En février 1953, M. Joe Mac EVANS s'insurge devant la possible promotion de Colette au sein de la Légion d'Honneur : "[…] Certes "madame" Colette a un charmant talent d'écrivain ; d'une habile perversité, mais nous en possédons plus d'une douzaine de femmes qui écrivent aussi bien et qui, elles, sont respectables. Car, peut-on oublier, qu'il y a cinquante ans, enlevée à grand fracas étant mariée, par la plus célèbre lesbienne de l'époque, la répugnante marquise de Belboeuf, votre "grand officier de la légion d'honneur" osa, en sa triste compagnie se montrer nue sur la scène du théâtre des Mathurins qu'elle dû évacuer précipitamment sous une pluie d'œufs et de fruits pourris et les vigoureuses huées d'un public écœuré et indigné. Le scandale, le vice et la pornographie n'étaient pas en ce temps-là sur un piédestal. Que pensez-vous de cela Empereur, Pasteur, Curie, vous tous qui avez mis au service de la France vos souffrances, vos travaux, votre génie, si souvent ignorés ou méconnus".

Dans ce bras de fer entre le Conseil de l'Ordre de la Légion d'Honneur et le Gouvernement - le Conseil a ajourné sa décision les 22 février 1949, le 25 mars 1949, l'a refusé le 5 août 1952 – ce sont les politiciens qui vont obtenir gain de cause, puisqu'il finit par donner son accord le 17 février 1953 !

Colette est élevée au rang de Grand Officier de la Légion d'Honneur le 3 mars 1953, son parrain est le Président du Conseil André MARIE.

Sidonie Gabrielle COLETTE décède le 3 août 954. L'Eglise refuse de lui accorder un enterrement religieux. Elle est la première femme à avoir des obsèques nationales. Sa dépouille repose au Père Lachaise, à ses côtés, sa fille Colette Renée.

Je ne vous fais pas un étal des œuvres de Colette, ils sont visibles sur le site de mesbiographies.com.