Si vous connaissez cet homme, bravo !  Pour ma part, hormis le fait qu'il fasse partie des 84 légionnaires célèbres dont les dossiers sont conservés à la Grande Chancellerie (dixit la Base Léonore), je n'en avais jamais entendu parler…

Pourquoi lui alors ? Tout simplement à cause de son prénom. Phocion ! Ce n'est pas courant, je dois avouer que c'est la première fois que je lis ce prénom… D'où vient donc ce prénom ? Phocion –  -402 AV - -318 av J.C. – était un homme politique et fin stratège et fut l'un des derniers Athéniens à jouer un rôle important.

Phocion EYNARD est né le 22 fructidor An IV (8 septembre 1796) à Amiens, dans la Somme. Il est fil de Etienne, Chef de Bataillon du Génie, et de Adélaïde Louise NOLLAU.

Il a une carrière militaire exemplaire :

  • Le 17 juillet 1813, il entre à l'Ecole de la Flèche,
  • Le 25 août 1814, il entre à l'Ecole de Saint-Cyr,

Il est ensuite attaché à la Compagnie des Cent Suisses et accompagne le roi, Louis XVIII, à Gand, le 18 mars 1815. Il rejoint le 40ème Régiment de Ligne où il est promu Sous-Lieutenant le 10 avril suivant.

Le 9 janvier 1816, il passe Lieutenant au sein du 2ème Régiment de Sapeurs à la Compagnie provisoire de Clermont Ferrand. Il change successivement de régiment : au 2ème Régiment du Génie, le 16 avril, et au 1er Régiment du Génie le 1er octobre.

Il entre au Corps Royal d'Etat-Major le 1er février 1819.

 Le combat de Mataro, le 24 mai 1823

"Depuis huit jours nous occupions Mataro. Le service continuait à se faire avec un peu de négligence, lorsque le 24 mai, au moment où tout le monde sommeille, à deux heures dans la nuit, des coups de fusil retentissent dans les faubourgs de la ville. On s'éveille en sursaut ; chacun saisit ses armes pour gagner le lieu indiqué comme rendez-vous en cas d'alerte sur une des places de la ville ; mais les portes des logements se trouvent fermées et barricadées, et les soldats, appelés par la générale qui bat dans tous les quartiers, sont obligés de sauter par les fenêtres. Les grand-gardes de cavalerie rentrent en désordre, une seule compagnie de voltigeurs, placée sur la route de Barcelone, s'embusque dans une maison et commence un feu soutenu… Les aides-de-camp montent à cheval et s'élancent du côté où se font entendre des coups de fusil. Le général réunit à la hâte quelques compagnies, et débouche sur la grand-route. C'était une attaque ordonnée par le général Mina, et exécutée par ses lieutenants Milans et Llobera.

Phocion EYNARD

Un officier d'état-major s'avance au galop, franchit l'espace d'un quart de lieue et se trouve arrêté dans sa course par une cavalerie en désordre qu'il prend pour des chasseurs français. Il remet son cheval au pas, traverse la route et s'arrête vers un groupe qui entourait un officier supérieur. Telles furent du moins ses premières idées. Il allait parler et demander des nouvelles sur cette attaque lorsque, ses yeux se faisant à l'obscurité de la nuit, il crut découvrir des schakos d'une forme basse et écrasée tandis que les chasseurs français portaient des coiffures élevées. Des soupçons s'élèvent dans son esprit, il s'approche, se penche vers l'officier supérieur et lui crie à voix basse à l'oreille "Qui vive ?" surpris de ces paroles françaises, l'Espagnol porte le corps en arrière en faisant entendre le juron habituel – Carrajo ! – et lance un coup de sabre à celui qui se trouvait engagé au milieu de l'ennemi. Mais le Français l'avait prévenu et l'Espagnol fut blessé et jeté à bas de son cheval. Son arme tombe mollement sur la main de l'officier qui fit demi-tour et revint annoncer la position des Espagnols. Poursuivi par plusieurs lanciers, il retrouve promptement la colonne qui débouchait de Mataro. Elle avait à sa tête le Lieutenant-Général qui donna l'ordre à une compagnie de voltigeurs d'approcher en silence de l'ennemi. Les voltigeurs suivirent parallèlement la coute en se glissant derrière une haie d'aloès qui bordait la mer. Cachés, embusqués derrière ce rempart, ils arrivent à demi portée de fusil. En se baissant on voyait se dessiner sur l'horizon un escadron qui avait pris position dans un champ à droite de la route. Un feu vif et bien dirigé porte dans leurs rangs un désordre tel qu'ils se replient en fuyant sur la tête de leurs colonnes d'infanterie, qui, poursuivie par un escadron de chasseurs se jeta dans la montagne en se débarrassant des fusils et des gibernes que l'on trouva en grand nombre sur la route". Souvenirs de M. Adolphe de BOURGOING

 Phocion EYNARD fut mis à l'Ordre du Jour de l'Armée pour l'affaire de Mataro, le 24 mai 1823. Est-ce cette affaire relatée ci-dessus, est-ce pour une autre ?... Cette affaire lui valut de recevoir la distinction de Chevalier de l'Ordre royal de la Légion d'Honneur le 2 septembre 1823.

Le 13 octobre 1826, il devient Capitaine du Corps de l'Etat-Major.  Le 27 décembre 1830, il est élevé au rang d'Officier de l'Ordre royal de la Légion d'Honneur, il est sûrement Commandant.

 Le 28 septembre 1844, il est nommé Commandeur de l'Ordre royal de la Légion d'Honneur. Phocion EYNARD est Colonel du Corps de l'Etat-Major et Aide-de-camp du Maréchal BUGEAUD.

Phocion EYNARD décède le 6 juin 1861 à Bellevue, en Seine-et-Oise.