Forêt de sapinsUn 26 octobre : sur l'autoroute A4, brouillard, 7 degrés !...

Voilà le panneau "Forêt d'Argonne", brrr ! Il fait plus qu'humide ! Ce brouillard, s'il n'était pas humide me ferait penser à la fumée qui monte des cendres… Et je pense à tous ces soldats ! Tous ceux qui ont donné leur vie dans cette Forêt il y a un siècle… Ces grands arbres qui se dressent dans la pénombre du lever du soleil me glacent, me mettent mal à l'aise… Ils sont là, tels des témoins du passé qui surgissent dans la nuit. Et, moi, attristée, je suis dans la voiture avec la douce tiédeur de la ventilation mais Eux…

Par tous les temps, ils ont combattu : la pluie, le soleil, la brume, la neige, le gel, le dégel, la pluie, le soleil, … Ils y sont allés, ils y sont retournés, ils y sont restés ! Je les entends me dire "Ne nous oublie pas ! C'était dur, alors, ne nous oublie pas !" Mes yeux deviennent humides car comment leur répondre cette vérité si cruelle ?

 

Alors je leur demande pardon, pardon au nom de cet Homme qui, seulement onze années après ces terribles quatre années de souffrance humaine, a remis la main sur son fusil. Et cette guerre-là va durer un peu plus longtemps, va être atroce, différemment, mais atroce ! Je leur demande pardon pour cet Homme qui, un siècle après ces sacrifices humains, continue de prendre les armes d'une façon ou d'une autre : guérillas, attentats, guerre, etc. L'Homme n'a rien compris, cette Guerre de 1914-1918, ces sacrifices humains, n'ont, finalement pas servi à grand-chose ! Uniquement au fait que la France est restée la France !... C'est déjà une si belle chose, mais cela ne suffit pas…

Je leur dis aussi que la Nature a compris, elle ! Cette forêt qui a subi des attaques terribles, ne pouvant protéger nos soldats, elle a péri avec eux. Mais, avec les années, elle a repris possession des lieux, protégeant ainsi les corps ensevelis sur place, puisant dans cette terre chèrement protégée la force de grandir vers le ciel.

Et puis, la route file, je sors de cette Forêt, j'aperçois des ombres témoins de la vie dans les champs, les vaches sont là… La vie est là ! Un peu plus loin, des lacs de brume, oui des lacs… J'arrive aux Éparges, les lacs sont sûrement des creux laissés par les obus…

Le soleil perce enfin ce brouillard et le jour se lève… Alors, je dis au revoir à mes soldats, je leur dis que NON personne ne les a oubliés, que TOUJOURS, nous penserons à eux, enfin, je l'espère…!

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