La Nécropole Nationale de Montdidier et le Centenaire de la Première Guerre Mondiale...
Certaines actions dépassent l'entendement ! Est-ce que les dates d'un centenaire ne sont pas cent ans après la date originale. Je suis persuadée que oui et la majorité aussi, mais, à priori, certains organismes nationaux ne le savent pas...
Il y a un peu plus de six mois, des amis se sont proposés de me faire les photos d'une sépulture à la Nécropole Nationale des prisonniers de guerre de Sarrebourg, en Moselle. Quelle n'a pas été ma surprise lorsqu'ils m'ont expliqué qu'ils n'avaient pu le faire ! Le motif ? Le cimetière est en travaux ! Quoi ? En 2017 ? En pleine célébration du Centenaire ! Des familles qui ne pourront accéder à la sépulture de leur ancêtre ?...
Certes, j'ai vu des cimetières militaires en région Meuse-Argonne en piteux état, quasiment à l'abandon, j'en avais été indignée, mais de là à apprendre qu'il y a des travaux et que personne ne peut accéder !.... Bien, nous sommes en juillet, le 11 novembre est proche mais, peut-être ont-ils le temps de terminer lesdits travaux et moi d'aller faire la photo que j'aimerais insérer dans mon ouvrage...
Alors, ce samedi, j'ai changé de région : je suis partie faire mes photos dans le sud de la Belgique, le Pas-de-Calais et la Somme. Départ avec des amis à 6 heures du matin !... 6 heures 10, nous voilà arrêtés sur la Francilienne : bouchon dû à un accident : même le samedi tôt le matin. Cela commence mal !... Nous prenons une bretelle de sortie rapidement et après une pause-café bien méritée, nous arrivons à la Nécropole Saint-Charles-de-Potyze, à Ypres, en Belgique. Les photos réalisées, nous prenons la route de la Nécropole Litjenstoeck de Poperinge, toujours en Belgique. Nous trouvons aisément la première sépulture mais rien pour la seconde : celle qui me fallait pour le livre. Grrrr ! Comment puis-je avoir une référence fausse ?... Nous prenons tout de même le temps de "visiter" cette Nécropole incroyable : anglaise principalement, quelques Canadiens, quelques Chinois (enfin, à approfondir mais l'écriture est bien asiatique), quelques Français et quelques Allemands. J'en ai visité des nécropoles : c'est la première fois que je constate ce melting-pot de nationalités. Cela m'a fait chaud au cœur de savoir que ces hommes, que des politiques avaient opposés, puissent êtres unis dans un même lieu après la mort.
Je passe sur les autres nécropoles françaises, telle que celle de Hersin-Coupigny, à l'intérieur du cimetière communal, celle de Neuville-Saint-Vaast, avec au moins 9500 sépultures et réunissant les soldats des deux Guerres, toutes les deux dans le Pas-de-Calais, et celle de Rancourt, avec une magnifique Chapelle, dans la Somme. A Rancourt, nous avons aussi pris le temps de nous recueillir devant un cimetière militaire de Sud-Africains...
Et puis, la route nous rapprochant de notre domicile, nous nous arrêtons à la dernière Nécropole, celle de Montdidier, toujours dans la Somme. Sauf, que, nous ne l'avons pas trouvée du premier coup : cela aurait été trop simple. Nous sommes tout d'abord allés à celle qui nous a été indiquée par un habitant, pourtant, elle ne correspondait pas aux coordonnées que nous avions... Nous sommes donc allés dans le cimetière communal, que nous avons traversé dans sa plus grande longueur, pour arriver sur une "Nécropole Nationale de Montdidier", suivie, juste après, d'un cimetière allemand. Stupeur, cela ne pouvait être la Nécropole que nous cherchions : j'avais comme numéros de sépultures 2522 et 4286 et là, au bas mots, à peine 250 croix. Enfin, lorsque j'écris "à peine" cela ne concerne que la quantité recherchée car, 250 pour des Morts c'est toujours trop...
Nous demandons donc à des gens présents s'il n'existe pas une autre Nécropole à Montdidier : "Bien sûr que oui, LA Nécropole... Mais elle est en travaux !". Là, les bras m'en tombent ! Comment ? Encore une Nécropole en travaux ? Alors que j'avais regardé les coordonnées du lieu, rien n'indiquait qu'il ne fallait pas se déplacer, qu'il n'y aurait rien à voir. J'imagine celui ou celle qui arrive de Montauban... Quelle colère !
Qu'à cela ne tienne, je me dis que j'arriverai bien à rentrer pour faire les photos des sépultures de mes soldats ! Et bien non ! Tout est hermétiquement fermé et, de toute façon, il n'y a rien à voir, strictement rien ! Les plots et le portail ont été retirés, les premières rangées de croix n'existent plus, plus aucune plaque sur les sépultures restantes, et, bien entendu, plus de drapeau français flottant au vent...
Je m'approche du panneau obligatoire d'affichage pour les travaux et je lis que la rénovation de cette Nécropole est sous le couvert du Ministère des Armées, sous la direction de la Direction des Patrimoines, de la Mémoire et des Archives. Le Maître d'ouvrage délégué est l'Office National des Anciens Combattants et Victimes de Guerre, et enfin, que le maître d'œuvre est le Pôle des Sépultures de Guerre et des Hauts lieux de la Mémoire nationale.
Pour résumé, le Ministère des Armées règle les travaux, l'ONAC représente le Ministère dans les affaires administratives et le Pôle des Sépultures surveille les travaux. Quand ont commencé les travaux ? Quand finiront les travaux ? Rien, absolument aucune information. Ce qui me gêne, ce qui me contrarie, ce qui me met en colère, c'est le manque d'information et le manque de respect dû à ces soldats qui n'ont peut-être pas été beaucoup visités au cours de ce Centenaire et qui auraient pu l'être, surtout en cette année 2018, année de la signature de l'Armistice.
Le panneau annonce "La plus grande compréhension est demandée aux visiteurs pour la gêne momentanée causée par ces travaux qui sont destinés à donner aux soldats morts au champ d'honneur une sépulture digne de leur sacrifice". Sauf que, Madame la Ministre des Armées, pour vraiment honorer les Morts au champ d'honneur, il aurait fallu que vos prédécesseurs commencent les travaux dans les années précédant le Centenaire et qu'ils n'attendent pas une telle démolition !
De plus, sur le site de la commune de Montdidier comme sur celui de Picardie 14-18, aucune information pouvant inviter le visiteur à ne pas se déplacer. En cherchant un peu plus bas dans la liste des sites proposés par mon moteur de recherche internet, je lis un article du Courrier Picard, datant du 21 novembre 2017, indiquant que les travaux, prévus débutant en 2016, allaient bientôt démarrer. Lorsque l'on voit la photo publiée par ce journal, il est naturel de comprendre la nécessité des travaux. La seule question qui se pose est "Pourquoi si tard ?". Les Anciens combattants avaient boycotté la cérémonie du 11 novembre 2017 contestant le fait que les travaux n'avaient toujours pas été commencés : "A la nécropole, rue de Roye, où reposent 7500 soldats, des Poilus surtout, des croix sont de guingois, le béton est rongé jusqu'à la ferraille, des sépultures musulmanes se reposent sur leurs voisines, etc. Nos soldats sont morts deux fois : une fois au champ d'honneur et une fois ici" s'est ainsi exprimé M. G. KAROLCZAK, président de la section locale du Souvenir français qui réclame les travaux depuis 2008.
C'est ainsi, s'indigner c'est sûrement bien mais cela ne changera rien au fait qu'il y a eu une erreur de dates ! Comment, comment tous ces organismes au fait du Centenaire approchant n'aient pas su faire avancer les travaux avant la date fatidique des 100 ans ?...

