Une simple plaque en mauvais état dans le carré militaire du cimetière parisien de Pantin, carré très, mais alors très mal entretenu, et je découvre la triste vie d'une dame…

Plaques commémoratives du Cimetière Parisien de Pantin (c) C. MENOT

Le carré militaire du cimetière parisien de Pantin attire mon attention tellement il est triste ! Le drapeau français est en lambeau, les plaques des soldats Morts pour la France au cours de la première Guerre mondiale sont recouvertes de mousse. Alors, ça et là je prends des photos en me disant que je ferai, un jour, revivre ces soldats oubliés… La première, celle de Albert Henri Roger GOUTORBE…

Marie Pauline DUPERREY naît le 8 novembre 1853 à Paris, fille de Louis Adolphe, 37 ans, mécanicien, et Eulalie Françoise DECAUX, 34 ans, sans profession. Elle est la dernière d'une fratrie d'au moins trois enfants, tous nés à Paris :

  • Henri Adolphe, le 18 mai 1844,
  • Paul Charles, le 19 mars 1849.

 Son père, Louis Adolphe, décède le 17 novembre 1858 à Fromelennes, dans les Ardennes. Elle n'est âgée que de cinq ans !

 Le 26 avril 1873, toujours à Paris, Marie Pauline épouse Albert GOUTORBE, 26 ans, clerc d'huissier. De ce mariage naissent trois garçons :

  • Albert Henri Georges GOUTORBE le 11 février 1874, dans le 19ème,
  • Charles Edmond, le 19 février 1875, dans le 20ème,
  • Ernest, le 13 mai 1879, dans le 9ème.

Elle n'aura pas d'autres enfants avec Albert car il décède le 1er janvier 1882… Huit années plus tard, elle enterre sa mère, Eulalie Françoise, restée veuve et décédée le 21 avril 1890. Marie Pauline est âgée de 37 ans.

Les deux premiers fils de Marie Pauline sont appelés au service militaire…

Albert Henri Georges, de la classe 1894, est décrit les cheveux châtains, les yeux pers, et mesurant 1,63 m. Ajourné deux années consécutives, il rejoint le 153ème Régiment d'Infanterie le 13 novembre 1897. Envoyé dans la disponibilité le 18 septembre 1898, il revient chez sa mère.

GOUTORBE Albert Henri Georges - Fiche matricule

Charles Edmond, de la classe 1895, est décrit les cheveux bruns, les yeux bruns et mesurant 1,59 m. Il est incorporé le 16 novembre 1896 au 160ème Régiment d'Infanterie et est mis en disponibilité le 20 novembre 1899. Il rentre chez sa mère, 6 rue Notre Dame des Victoires à Paris.

GOUTORBE Charles Edmond - Fiche matricule

L'année 1900 est une année heureuse : Marie Pauline marie ses deux aînés… Charles Edmonde épouse, le 24 février 1900, à Paris, Marie Jeanne Albanie Hubertine BREUILS, 21 ans, fleuriste, fille de Jean Marie Isidore et Marie Gertrude Hubertine GOERTZ. Quatre mois plus tard, dans la même ville, Albert Henri Roger épouse, le 16 juin, Marie Marcelline BEAL, 22 ans, plisseuse, fille de Hippolyte et Marie Anne DOULANJOUX.

Ernest, de la classe 1899, est décrit les cheveux châtains, les yeux bruns et mesurant 1,65 m. Il est incorporé le 16 novembre 1900 au 45ème Régiment d'Infanterie.

GOUTORBE Ernest - Fiche matricule

Le 8 mars 1901, la famille s'agrandit, Marie Jeanne, épouse de Charles Edmond, donne naissance à Suzanne Marie Eugénie. La petite fille décède l'année suivante, le 16 mars. En 1903, nouvelle naissance dans le même foyer, celle d'Henri Hubert Eugène qui vient au monde le 1er septembre !

Quelques jours plus tard, le 19, Ernest rentre du service militaire et retourne chez sa mère qui réside désormais à Alfortville, dans le Val-de-Marne.

La famille de Marie Pauline DUPERREY coule des jours heureux jusqu'à cette triste date, le 1er mai 1906, jour où décède Ernest…

Le temps passe à nouveau et la France entre en guerre contre l'Allemagne et mobilisant les deux fils, Albert Henri Georges rejoint le 31ème Régiment d'Infanterie le 17 août 1914 et passe au 34ème Territorial d'Infanterie le 1er novembre de la même année. Le second, Charles Edmond rejoint le 37ème Régiment territorial d'Infanterie le 17 mars 1915. C'est lui qui va périr le premier, le 7 septembre 1915, à la Ferme de Berthonval, commune de Mont-Sain-Eloi, dans le Pas-de-Calais. Albert Henri Georges le rejoint dans la mort le 26 novembre 1915 : tombé à Béthincourt, dans la Meuse.

Voilà, c'est fini pour Marie Pauline DUPERREY : plus de parents, plus de mari, plus d'enfants ! Heureusement, la vie continue avec les petits-enfants : est-ce une heureuse consolation ?...