Un animal en généalogie… difficile de caser le thème, quoi que !...

Au Fort de Vaux, en ce 1er juin 1916, des animaux sont présents : quatre pigeons, et Quiqui, le chien ! Si les hommes ont souffert, Quiqui aussi : il a été gazé, comme les soldats, il a souffert de la soif, comme les soldats, et… il est fait prisonnier, avec les soldats !

Fort de Vaux (c) Gallica

1er Juin 1916

Depuis le Fort de Vaux, le Commandant RAYNAL assiste, lorgnette en mains, au pilonnage de la Caillette. Il ne peut rien faire pour tous ces camarades qui tombent sous le feu nourri des Allemands. Il assiste aussi  à la manœuvre ennemie qui contourne les carrières de Douaumont et Hardaumont et fonce sur la Division. Rapidement, cette dernière est décimée et, le peu d'hommes restants est fait prisonnier. Une partie du 101ème Régiment d'Infanterie a pu se réfugier au Fort de Vaux. Dès le début de l'après-midi, l'attaque ennemie se dirige vers ledit Fort : les Allemands creusent une tranchée à 2 500 mètres… C'est la distance extrême de la portée des mitrailleuses… Elles se mettent tout de même en service et, même si elles touchent bon nombre des soldats, d'autres arrivent et continuent, imperturbables, leur travail, puis, à force, disparaissent de la vue des personnels du Fort. Les mitrailleuses tirent quatorze heures durant…

L'attaque du Fort est imminente ! Tout est mis en place pour accueillir cet ennemi. Une compagnie de mitrailleuses du 53ème Régiment d'Infanterie, venue en repos dans la journée, comprend qu'il faut qu'elle reste pour augmenter le nombre de "défenseurs" du Fort. Toute la nuit, le fort va subir un pilonnage en règle : une moyenne de 1 000 obus à l'heure, certains étant de gros calibre. Le détachement de brancardier venu chercher les blessés se trouve, lui aussi, "coincé" : il ne peut sortir sous un pareil flot…

2 juin 1916

Au petit matin, les dessus du Fort sont déjà occupés par l'ennemi. Les hommes qui essaient de regagner leur poste sont aussitôt pris sous les grenades allemandes. Les allemands essaient rentrer par la porte Nord-Est mais sont accueillis par les grenades françaises… Cette défense sera de courte durée : nos hommes tombent, un à un…

L'ennemi est au-dessus de nos têtes : la fin est proche… Tenter une sortie n'est pas possible. Les communications avec l'arrière sont coupées, mais… il reste les pigeons et les signaux.

Un premier pigeon est envoyé : il transporte un message dans lequel le Commandant RAYNAL explique la situation et rend hommage à la bravoure du Capitaine TABOUROT.

3 juin 1916

Les réserves du Fort sont minces : même l'eau qui devient presque imbuvable ! Les combats reprennent dès 4 heures… A 13 heures puis à 16 heures, les Allemands renouvellent leur tentative d'entrée dans le Fort : ils envoient des engins bourrés d'explosifs qui réussissent à ébouler le sommet du barrage de protection…

Un deuxième pigeon part avec les nouvelles et le bilan de la journée…

4 juin 1916

Le personnel du Fort n'a pas dormi depuis trois nuits, la fatigue est là ! Les Allemands attaquent deux autres barrages dès 8h30. Ils lancent des flammes et des fumées asphyxiantes qui répandent une odeur insupportable. Il faut retirer les sacs de sable de la grande casemate pour permettre la ventilation du Fort.

A la tombée de la nuit, la situation est grave d'autant qu'il n'y a pratiquement plus d'eau dans les citernes…

Le Commandant RAYNAL fait partir deux pigeons car il veut être sûr que l'information parviendra bien à Verdun. Un seul oiseau arrivera mais sans son message ! Il envoie deux télégraphistes du génie afin de pouvoir avoir une liaison avec le fort de Surville. Les deux hommes, malgré les attaques, réussissent leur mission et la connexion est établie

5 juin

C'est l'enfer dans le Fort.  La situation est de plus en plus critique : plus d'eau, plus de vivres, la fatigue, … Les Allemands ne tirent plus : ils comblent les sorties avec de la terre… Le soutien de l'artillerie tant attendu se fait entendre mais, s'il touchent l'ennemi, il atteint aussi nos positions… Le soir de ce 5 juin, les nouvelles sont rassurantes : le commandement français – les généraux LEBRUN et NIVELLE – a prévu une attaque pour le lendemain ! Mais, lorsque nous avons les détails de l'opération, le Commandant et ses officiers ne sont pas sereins. Pour eux, cette opération est insuffisamment préparée ! Les tirs de notre artillerie sont rasants, pas assez puissants, les obus passent le Fort…

6 juin

Notre artillerie allonge son tir… Rien d'une contre-attaque attendue… Les hommes sont à bout de force, la fin, l'horrible fin est proche ! le Commandant aurait dû recvoir un message du Général JOFFRE : "Le général commandant en Chef adresse au commandant du fort de Vaux, au commandant de la garnison, ainsi qu'à leurs troupes, l'expression de sa satisfaction  pour leur magnifique défense contre les assauts répétés de l'ennemi". Ce message n'arrivera pas ! Un autre message annonçait au Commandant le fait qu'il recevait la Légion d'Honneur, ce message n'arrivera pas non plus !

Un sursaut de l'artillerie française relance la vaillance des hommes du Fort. Mais, lorsque les tirs s'arrêtent vers 23 heures, le commandant sait que tout est fini…

Le Fort rend les armes… C'est par les Officiers allemands que le Commandant RAYNAL prend connaissance des messages qui lui avaient été précédemment adressés ! Aux mots de "vaincus" prononcés par les Allemands, le Commandant rétorque "Pardon ! Nous n'avons pas été vaincus : nous avons succombé à la soif et à l'épuisement !"

Voilà, le Fort de Vaux est tombé ! Il n'y a plus de pigeon… Mais Quiqui est sauvé par le Commandant qui reconnaît être le maître du chien. Si ce dernier était resté avec son "vrai" maître, il aurait été tué sur le champ !...  C'est en 1929 qu'une plaque, à la mémoire des pigeons de cette grande guerre, sera apposée sur la façade du fort de Vaux.

Plaques commémoratives du Fort de Vaux (c) C. MENOT

Pour connaître l'histoire de ce Fort, je vous invite à lire le "Journal du Commandant Raynal" disponible sur le site de Gallica !