Un porté disparu, pendant la Première Guerre Mondiale, est un soldat qui n'apparaît plus dans les états de personnels de l'unité sans qu'il soit possible de justifier s'il est blessé ou mort…

Zélie CAILLOT tient une auberge à Moissy-Cramayel au recensement de population de 1886. Parmi ses pensionnaires se trouvent Louis PRINGUEZ, 45 ans, ouvrier mécanicien, Georges PRINGUEZ, 24 ans, ouvrier mécanicien et Amélie HOURDEQUIN, manouvrière. Ils sont tous les trois natifs de la commune de Bonneuil-les-Eaux, dans l'Oise. Louis est le grand-père paternel de Georges.

AD77 - cote 10 M 305

Le 1er juin 1887, les trois pensionnaires sont toujours à Moissy-Cramayel. Emile naît le 1er juin 1887 à Moissy-Cramayel, en Seine-et-Marne. Il est le  fils, hors mariage, de Ferdinand Georges Félix, vingt-quatre ans, mécanicien, et Zoé Clarisse Amélie HOURDEQUIN, dix-neuf ans, sans profession.

Les trois partent ensuite sur Paris : pour le travail ? Sûrement ! Le grand-père quitte le métier de mécanicien pour devenir "cocher de fiacre". Ils sont installés dans le 10ème arrondissement, où les deux jeunes parents ont deux autres enfants : Augustine Henriette, le 18 février 1889, et Louise Amélie, le 2 mai 1890. Il est temps de songer au mariage… Chose faite le 30 janvier 1892 à Bonneuil-les-Eaux où le quatrième enfant, Marie Germaine Antoinette, le 9 juillet de la même année.

Quand ? Pourquoi ? Comment ? La famille est installée 7, rue des Treuils dans le 4ème arrondissement de Bordeaux en 1907, année de recrutement militaire pour Emile. Ce dernier est décrit les cheveux châtains, les yeux bleus et mesurant 1,58 m ; il exerce la profession de voyageur de commerce. Emile est incorporé le 7 octobre 1908 au 23ème Régiment d'Infanterie à Bourg-en-Bresse, dans l'Ain, sous le matricule 12534.

AD33 - cote 1R 1233 2566

L'année suivante, le 17 mars, il est papa de Louis René, né à Paris, 18ème arrondissement, fils de Charlotte PERROT, vingt-quatre ans, domestique. Les parents s'unissent le 11 décembre suivant, à la mairie du 10ème. De fait, Emile est déclaré chargé de famille par le Conseil Départemental de la Gironde, le 2 mars 1910, pour effet rétroactif au 1er janvier. Dans la foulée, le 25 septembre, Emile rentre dans sa famille.

Mais la Guerre éclate, il est rappelé au service et rejoint le 57ème Régiment d'Infanterie le 4 août 1914. Le 2 novembre, les combats dans la région de Verneuil et de Moussy, dans l'Aisne, font rage. A midi, les Allemands se portent à l'attaque du Bois des Boules face à  la droite du 2ème Bataillon. Ils présentent deux lignes de tirailleurs suivis de lignes par quatre puis de formations plus denses. Pris en flanc, le flot dérive contre le centre du 2ème bataillon et subit de fortes pertes. Mais une partie du Bataillon a dérivé vers la carrière et saute dans la tranchée présente à droite. La section de mitrailleurs de l'adjudant LALANDE essaie de faire face aux attaques, courageusement, mais tous les servants sont démolis et l'ennemi investissant les carrières ou les débris de la 11ème Compagnie n'ont plus les moyens de sortir. Nos hommes sont faits prisonniers…

Ce jour-là, Emile PRINGUEZ est porté disparu… Il n'apparaît plus sur les états de son unité… Personne ne peut affirmer s'il est mort ou prisonnier… Très vite, la Croix Rouge Internationale Française reçoit l'état du 25 novembre 1914, état établi par le Camp de Darmstadt en Allemagne.

Archives CICR

Charlotte, l'épouse d'Emile, fait rapidement une demande de recherches. Elle n'a plus de nouvelles et est inquiète. La Croix-Rouge est efficace car la réponse à la famille est donnée le 29 décembre 1914…

Le camp de Darmstadt est constitué de 40 baraques qui sont organisées et dirigées par des sous-officiers prisonniers – comme dans les autres camps. Une baraque comprend 250 hommes, sachant que le camp de Darmstadt, en mars 1915, accueillait 6 236 prisonniers – 6 144 Français, 20 Russes, 71 Belges et 1 Anglais. Chaque homme a reçu deux couvertures. Concernant les installations sanitaires – buanderie, bains, douches – sont jugées suffisantes par les inspecteurs de la Croix-Rouge. Il y a aussi un grand lazaret, 10 baraques pouvant accueillir 80 hommes chacune. Il y a, au moment de l'inspection, 558 malades dont 200 blessés. Le service de la poste est assuré par des prisonniers de "confiance" : en moyenne par jour, il entre 1 800 lettres, 6 800 paquets et 200 à 250 mandats. Tous les prisonniers sont pourvus de vêtements de dessous chauds. On donne "gratis" aux nécessiteux ce dont il s ont besoin ! Pour la lecture et les nouvelles, les prisonniers reçoivent l'édition spéciale de la "Gazette des Ardennes".

Comme d'habitude, dans les rapports de la Croix-Rouge, les conditions de vie dans les camps paraissent idéales pour les prisonniers. Qu'en est-il vraiment ? Toujours est-il qu'un soldat, non blessé, non malade, est toujours rapatrié à la fin de la guerre. Donc, hormis l'inquiétude des familles de savoir si le leur rentrera un jour, il vaut mieux, pour le soldat, être prisonnier qu'au front : les chances de rentre sain et sauf sont plus garanties !

L'Armistice est signé le 11 novembre 1918 mais Emile PRINGUEZ n'est rapatrié que le 13 février de l'année suivante. Il est affecté au 169ème Régiment d'Infanterie et mis en songé illimité de démobilisation le 1er avril1919.

Tous les disparus ne sont pas "perdus" pour les familles. Certains ont la chance d'avoir été fait prisonniers : ils ont pu, ainsi, retrouver les leurs à la fin de cette Guerre… Pour les autres, il faudra un jugement pour statuer sur la date effective de leur décès…