Les fusillés de la Première Guerre Mondiale ne sont pas tous des criminels mais le Code de Justice Militaire en vigueur est rigoureux…

TERRIER Ernest - jugement

Ernest TERRIER naît le 25 avril 1887 à Orchaise, dans le Loir-et-Cher. Il est fils de Albert, trente-deux ans, journalier, et Lucie BELLAY, vingt-neuf ans, ménagère. Sa mère a déjà une enfant, Yvonne Marie, née le 6 mai 1885 à Blois. Ernest est l'aîné d'une fratrie de quatre enfants issus du couple Albert-Lucie, tous nés en Loir-et-Cher :

  • Noé Albert, le 8 octobre 1888 à Conan,
  • Pierre, le 19 mars 1891 à Areines,
  • Rose Victoire Marie Jeanne, le 15 juillet 1892 à Crucheray.

La maman, Lucie, décède le 27 novembre 1893 à Vendôme.

TERRIER Ernest - FM

Ernest est recensé avec sa classe, celle de 1907. Il est décrit les cheveux châtains, les yeux roux et mesurant 1,63. Il est incorporé le 1er novembre 1908 au 15ème Régiment de Chasseurs. Il est maintenu en service en vertu de l'article 39 de la loi du 21 mars 1905 : "Les militaires qui, pendant la durée de leur service, auront subi des punitions de prison ou de cellule, d'une durée supérieure à huit jours, seront maintenus au corps après la libération de leur classe ou l'expiration de leur engagement pendant un nombre de jour égal au nombre de journées de prison ou de cellules qu'ils auront subies, déduction faite des punitions n'excédant pas huit jours. Cette disposition ne sera pas applicable aux militaires qui, au moment de la libération de leur engagement, seraient en possession du grade de sous-officier ou de celui de caporal ou de brigadier, ou qui seraient soldats de 1ère classe, si les punitions ont été encourues par eux antérieurement à leur nomination." Cette ou ces peine(s) ne vont pas aider Ernest lors de son passage devant le Conseil de Guerre… Il est donc renvoyé dans ses foyers le 8 décembre 1910.

Le 12 janvier 1912, à Roches, dans le Loir-et-Cher, Ernest TERRIER épouse Léontine Orphise LEROUX, vingt-cinq ans. L'année suivante, il a de nouveau démêlés avec la justice civile, oh, pas bien grave : outrage à la gendarmerie ! Il écope tout de même de trois mois de prison. Cette peine, même civile, viendra aussi aggraver son cas devant le Conseil de Guerre… Il est père de trois enfants à la déclaration de la Guerre mais répond à l'Ordre de Mobilisation générale en arrivant au 313ème Régiment d'Infanterie le 4 août 1914. Il est affecté à la 21ème Compagnie.

C'est dans la nuit du 19 au 20 septembre 1914 que tout bascule. Aux environs de Varennes, dans la Meuse, il quitte son poste. Il est retrouvé isolé le 24 septembre. Ernest déclare : "J'ai perdu mon unité dans la nuit du 19 au 20 septembre. Après avoir marché pendant 25 kilomètres sans arrêt, j'ai rencontré le 373ème Régiment d'Infanterie et j'y suis resté pendant cinq jours. Je me mettais à la recherche de mon régiment quand j'ai été arrêté. – J'ai perdu mon sac en Belgique au premier combat, j'ai alors pris un sac allemand sur un tas à Longuyon. Il s'y trouvait les objets qu'on me reproche d'avoir volés. Je les ai toujours transportés avec moi depuis. – J'ai trouvé le cache-poussière, le corsage et les deux pantalons avec le rouleau de tapisserie le 26 septembre sur la route dans un paquet tombé d'une voiture d'émigrés. – J'ai trouvé le pantalon civil, que je porte sous le pantalon militaire, dans les décombres d'une maison incendiée. – Les gilets sont ses effets personnels qu'il a apportés avec lui le jour de la mobilisation."

Les faits nécessitent la présentation du soldat TERRIER devant le Conseil de Guerre de la 9ème Division d'Infanterie deux jours plus tard, le 4 octobre 1914. Par malchance, François Joseph LANTIER, gendarme à pied à Marchenoir, dans le Loir-et-Cher, est affecté à la prévôté de la 9ème D.I. C'est ainsi qu'il témoigne du comportement "civil" d'Ernest, dans la commune de Roches où il réside. Cependant, les dires ne sont pas avérés car le présumé coupable n'a jamais été pris en flagrant délit : ce sont des ouïs dire des maires de différentes communes où a résidé Ernest.

Les renseignements pris sur Ernest TERRIER sont loin d'être élogieux. "Dans la vie militaire, sujet indiscipliné, servant mal, absences répétées du régiment…" Le jour-même de sa convocation devant le Conseil de Guerre, ce dernier rend son jugement : peine de mort sans dégradation militaire.

Le lendemain, 5 octobre 1914, Ernest TERRIER est présenté devant le piquet d'exécution à la Maison Forestière du Four des Moines, sur la commune d'Abaucourt, dans la Meuse. Il tombe de suite sous les balles.

La guerre vient à peine de commencer que le "ménage" se fait dans nos propres rangs ! Ces victimes de la Justice rigoureuse sont-elles comptées parmi les victimes de la 1ère Guerre Mondiale ?...