Les fusillés de la Première Guerre Mondiale ne sont pas tous des criminels mais le Code de Justice Militaire en vigueur est rigoureux…

SERGENT Maurice Etienne - jugement

Maurice Etienne SERGENT naît le 9 mars 1894 à Montigny-sur-Canne, dans la Nièvre. Il est fils de Louis, trente-et-un ans, fermier, et Jeanne Marie BONNOTTE, vingt-quatre ans, sans profession. Il est le quatrième d'une fratrie de sept enfants, tous nés dans la NIèvre :

  • Jeanne, le 1er juillet 1885 à Limanton,
  • Emilie, le 9 février 1887 à Limanton,
  • Marie Louise, le 30 décembre 1888 à Limanton,
  • Berthe, le 18 octobre 1897 à Biches,
  • Louis, le 5 mai 1899 à Biches,
  • Germaine, le 18 avril 1909 à Dun-sur-Grandry.

En 1911, tous les enfants vivent encore au domicile des parents. Alexis LANGLOIS, un enfant de l'Assistance Publique, né en 1900 à Paris, vit toujours dans la famille.

SERGENT Maurice Etienne - FM

Maurice Etienne est incorporé le 6 septembre 1914 au 27ème Régiment d'Infanterie. A deux reprises, il change de régiments, il passe au 134ème Régiment d'Infanterie le 11 décembre 1914, puis au 56ème Régiment d'Infanterie le 22 juillet 1915.

C'est au 134ème d'Infanterie qu'il commence à être instable : "s'est esquivé pour ne pas prendre la garde, s'est fait porter malade et n'a pas été reconnu", 8 jours de prison, "a quitté les rands momentanément et est arrivé en retard aux tranchées, même punition, et, enfin, "étant au Grand-Bois, est allé chercher du vin à Mesnil-aux-Bois sans autorisation", à nouveau 8 jours de prison. Ls faits se déroulent d'avril à juin 1915.

Le 21 juillet 1915, Maurice Etienne SERGENT est condamné à 2 ans de prison par le Conseil de Guerre de la 15ème Division d'Infanterie, "pour abandon de poste sur territoire en état de guerre". La peine est suspendue. Le 10 décembre suivant, il passe devant le même conseil de guerre pour "provocation de militaire à la désobéissance". Il écope d'une année de prison. Il revient au 27ème d'Infanterie le 14 décembre suivant. La peine est une nouvelle fois suspendue.

SERGENT Maurice Etienne - lieux

Le 29 mai 1916, une petit boîte métallique lancée depuis la tranchée allemande atterrit dans le poste d'écoute située du côté français. Le soldat AUBRY, du 27ème Régiment d'Infanterie, en sentinelle à ce poste, remet la boîte à son chef de section qui la porte à son capitaine, le Capitaine PATACCHINI. Il est environ neuf heures du soir. La boîte, de fabrication allemande, contient un chargeur à cinq cartouches et un billet où sont inscrites les phrases suivantes : "Nous avons reçu votre aimable offerte. Venez par ici, aussitôt nous vous donnerons l'occasion de passer vers nous sans danger. Si c'est impossible, passez ce soir 9h15 accompagné d'un camarade". Une enquête est ouverte immédiatement et les soupçons se portent aussitôt sur Maurice Etienne SERGENT, soldat très indiscipliné et dont l'attitude indiquent qu'il peut être coupable. La veille, ce dernier avait répondu aux sifflets des Allemands, puis, au cours de la matinée, il avait échangé avec Clodomir Léon Marcel TAMAIN qui lui avait dit : "SERGENT, on passe chez les Boches ? Il faudrait leur envoyer un bout de papier pour les prévenir". Marcel Etienne aurait aussitôt rédigé un texte à l'attention des Allemands : "Mes chers camarades, je suis dégoûté de tout, ne sachant pas quoi faire pour passer chez vous. A 9 heures ce soir, ne tirez pas et faites venir un officier sachant parler français !" Ce papier, lesté fut envoyé dans la tranchée ennemie. TAMAIN approuve les dires de SERGENT et confirme les faits, qu'il a d'ailleurs quelque peu provoqués.

Le 31 mai 1916, Maurice Etienne SERGENT et Clodomir Léon Marcel, tous deux du 27ème Régiment d'Infanterie, sont assignés à comparaître le 2 juin devant le même Conseil de Guerre que dessus. Ils sont accusés d'avoir, le 29 mai précédent :

  • A la tranchée Bolle, commune de Marbotte, tenté de déserté à l'ennemi en correspondant avec des sujets ennemis dans le but de faciliter leur passage dans la tranchée allemande laquelle tentative marquée par un commencement d'exécution n'a manqué son effet que par des circonstances indépendantes de la volonté de ses auteurs,
  • Pour SERGENT – d'avoir, le même jour, au même lieu, entretenu des intelligences avec l'ennemi dans le but de favoriser ses entreprises en lançant un billet dans la tranchée ennemie, lequel billet a été suivi d'une réponde d'un Allemand invitant ledit SEGRENT à passer dans la tranchée ennemie avec un camarade,
  • Pour TAMAIN – d'avoir le même jour, au même lieu, assisté ledit SERGENT auteur du crime d'intelligences avec l'ennemi.

Lors de l'audience, Maurice Etienne reconnaît la matérialité des faits mais déclare qu'l n'a jamais eu l'intention de passer à l'ennemi. Clodomir Léon Marcel, quant à lui, charge son camarade en ajoutant qu'il lui avait dit qu'en lançant le papier, il espérait trouver une occasion de se réhabiliter. Le premier nie avoir provoqué l'acte, le second dit qu'il espérait faire prisonnier un officier Allemand.

Le 2 juin 1916, le jugement est rendu :

  • Maurice Etienne SERGENT est condamné à la peine de mort avec dégradation militaire,
  • Clodomir Léon Marcel TAMAIN est condamnée à dix ans de travaux forcés avec dégradation militaire

Le même jour, 2 juin 1916, à 15 heures, Maurice Etienne SERGENT est passé par les armes à la sortie ouest du village de Boncourt, dans la Meuse.

Le 26 octobre 1916, le Général commandant la 15ème Division d'Infanterie, suspend l'exécution de la peine pour compter du jour où Clodomir Léon Marcel TAMAIN  contracte un engagement dans un Corp de troupe de campagne. Le 2 juin 1922, Le Président de la République commue en une journée de prison le restant de la peine de dix ans de Travaux forcés.

Y a-t-il eu réelle justice ? Je ne pense pas, seulement, l'un avait déjà un "dossier" l'autre non… Au moins un a échappé à cette peine capitale et se rattrapera dans la suite de sa vie… A suivre !