Les fusillés de la Première Guerre Mondiale ne sont pas tous des criminels mais le Code de Justice Militaire en vigueur est rigoureux…

ROBIDET Clotaire - jugement

Clotaire Louis Joseph ROBIDET naît le 14 décembre 1888 à Gavrelle, dans le Pas-e-Calais. Il est fils de Adrien Désiré, quarante-trois ans, ouvrier, et Marie Augustine Josephe, trente-neuf ans. Il est le neuvième d'une fratrie de onze enfants, tous nés à Gavrelle :

  • Elie Joseph, le 6 février 1869,
  • Adèle Marie Josèphe, le 8 décembre 1870,
  • Zélia Marie Josèphe Zulma, l e4 janvier 1873,
  • Xavier Adrien Joseph, le 6 avril 1875,
  • Emile Louis Joseph, le 19 mars 1877,
  • Louis Xavier François Joseph Arthur, le 6 juin 1879,
  • Arthure Josèphe Louise, le 12 juillet 1881,
  • Mathilde Adèle Joseph, le 18 décembre 1883, décédée le 24 avril 1893,
  • Elise Marie Josèphe, le 4 mars 1887,
  • Louis Armand Joseph, le 24 juillet 1891.

Son père décède le 5 avril 1907. Il ne reste, dans le foyer de Marie Augustine Josephe, que les trois derniers enfants : Eise Marie Joseph, Clotaire Louis Joseph et Louis Armand Joseph.  La sœur de Clotaire se marie en 1908 et, lui est recensé pour le service militaire. En 1909, son statut est "ajourné", comme ses frères, sûrement pour "faiblesse", sûrement car rien n'est noté dans la fiche matricule. Il est décrit les cheveux châtain clair, les yeux gris et mesurant 1,62 m. Le 5 octobre 1910, il rejoint le 127ème Régiment d'Infanterie enregistré sous le numéro au Corps 2455. Il est renvoyé dans ses foyers le 25 septembre 1912 avec le certificat de bonne conduite.

ROBIDET Clotaire - FM

L'année suivante, le 6 septembre 1913, il épouse, à Gavrelle, Sébastine Josèphe HURET. Et puis, le 1er août 1914, c'est l'appel des soldats… Clotaire Louis Joseph rejoint son régiment le 3 août 1914.Si l'on en croit sa fiche matricule, il a été évacué le 26 novembre 1914, revenu au combat le 30 novembre suivant, puis blessé le 20 février 1915, rentré à l'Hôpital de Château-sur-Marne (?) pour en sortir le 26 février, puis, décédé le 20 mars 1915. Nulle part il est question du jugement qui suit…

Pour la journée du 26 novembre 1914, le Journal des Marches et Opérations du 127ème Régiment d'Infanterie est laconique… "Le 127ème relève le 43ème – 1er Bataillon : secteur de Soupir – 2ème Bataillon : secteur de Mont-Sapin – 2ème Bataillon, 2ème Cie : mur sur du Château, 8ème Cie : Tranchées du canal, 7ème Cie : grottes de Saint-Mard (cas de scarlatine) – Perte : troupe, 1 blessé." Clotaire Louis Joseph ROBIDET est-il le blessé ?... Aucun indice pour le confirmer !

 "Le 19 février 1915, le soldat ROBIDET est blessé dès le début de l'attaque. Il fait partie de l'une des deux sections engagées et qui débouchent de la tranchée sur l'ordre du Commandant de Compagnie. Le mouvement effectué, il ne reste aucun homme dans la tranchée : Clotaire Louis Joseph a donc suivi le mouvement de la section.

Quelques minutes après le déclanchement de l'attaque, il se retire avec d'autres blessés sans être remarqué du Commandant mais le sergent-fourrier LOMBART atteste l'avoir vu avec les caporaux BILLARD et PREVOST, blessés.

Jusqu'à présent, le soldat ROBIDET donne satisfaction, il a été employé comme conducteur. Evacué pour maladie, il a repris du service dès son retour." Tel est le témoignage du Lieutenant BARTHELEMY, Commandant la 6ème Compagnie.

Version du soldat ROBIDET

"Le 19 février 1915, vers 11 heures ou 11h30, en allant à l'attaque pour prendre une tranchée allemande qui se trouvait à 300 mètres environ de Beauséjour près de celle que j'occupais, je me suis senti blessé à la main gauche. Je me suis mis à l'abri des balles dans un trou d'obus pendant dix minutes ou un quart d'heure. Puis, après, j'ai regagné la tranchée que je venais de quitter et, de là, je suis allé trouver les infirmiers qui étaient dans les tranchées arrières  environ 500 mètres pour me faire faire un pansement. J'ignore si le coup de feu que j'ai reçu a été tiré par mes camarades ou par les Allemands et je ne puis dire aussi à quelle distance ce coup de feu a été tiré. Je ne peux, non plus, citer aucun témoin des faits." Clotaire signe d'une croix, il ne sait pas signer.

Le 23 février 1915, Clotaire Louis Joseph est admis à l'Hôpital militaire de Châlons-sur-Marne pour "plaie par balle à la main gauche". Il est visité par le Médecin JOLY. Ce dernier émet le constat suivant : "Perforation de la première phalange du médius gauche par balle ayant pénétré par la face palmaire. L'orifice d'entrée du projectile est entouré jusque sur la paume de la main par un piqueté. Le coup de feu a été tiré à bout portant." Le lendemain, le Médecin BURY ajoute, en complément du même constat, "Piqueté très net sur la face antérieure de la première phalange de l'index, du médius, de l'annulaire et sur les parties voisines de la paume de la main."

C'est un cas déclaré d'auto mutilation pour ne pas retourner au front. La version du Médecin et celle du prévenu diffèrent. C'est ainsi que, le 16 mars 1915, Clotaire Louis Joseph ROBIDET, soigné mais détenu à la prison militaire de Châlons-sur-Marne, est appelé à comparaître devant le Conseil de Guerre du Quartier général de la IVème Armée, le 18 mars suivant.

Ledit 18 mars 1915, le Conseil de Guerre rend son jugement par trois voix contre deux : Clotaire Louis Joseph ROBIDET est coupable d'avoir abandonné son poste en présence de l'ennemi. IL est donc condamné, au vu des articles 139, 187 et 213 du Code de Justice militaire, à la peine de mort. L'article 213 dit que : "Tout militaire qui abandonne son poste est puni : de la peine de mort si l'abandon a eu lieu en présence de l'ennemi ou de rebelles armés."

Le 20 mars 1915, à 7 heures du matin, Clotaire Louis Joseph arrive à Sarry, dans la Marne. La signification du jugement est lue, puis le piquet d'Infanterie faisant fonction de piquet d'exécution fait feu. Clotaire Louis Joseph est tué sur le coup.

ROBIDET Clotaire - article 6

Les faits qui ont motivé le jugement dont à fait l'objet Clotaire Louis Joseph ont été amnistiés par les dispositions de l'article 6 de la loi du 3 janvier 1925 : "Amnistie pleine et entière est accordée pour toutes les infractions commises antérieurement au 12 novembre 1924 et prévues par les articles du code de justice militaire pour l'armée de terre ci-après : 211 à 216 inclus, 218, 219, 229, alinéas 2 et suivants, 223, alinéa 2, 224, 225, alinéas 1er et 2, à la condition que, dans les cas de l'alinéa 2, la rébellion ait lieu sans armes, 244 à 246 inclus, 248, sauf en ce qui concerne les comptables, 254, 260, 271. Sont également amnistiées les infractions commises avant le 11 novembre 1920 et prévues par les articles ci-après du même code ; 217, 220, alinéa 1er, 222, 223, alinéa 1er, 225, alinéas 2 et suivants, 229, à la condition que les auteurs de ces infractions aient passé trois mois dans une unité combattante, aient été blessés, cités ou faits prisonniers, ou réformés dans les conditions prévues à l'article 3." 

C'est bien, en 1925, de déclarer Clotaire Louis Joseph ROBIDET "amnistié". Cela le ramène-t-il à la vie pour autant ?... Que non ! Amnistié d'une peine qu'il a subie et sur laquelle personne ne peut revenir… A méditer !