Les fusillés de la Première Guerre Mondiale ne sont pas tous des criminels mais le Code de Justice Militaire en vigueur est rigoureux et le temps de guerre ne permet pas la "tolérance" de la part des autorités en présence…

PAPP Louis - jugement

Louis PAPP naît le 15 août 1887 à Dunavecse, en Hongrie. Il est fils de Louis et de Suzanne UGODY. Au début de la guerre, il réside à Belfort et exerce la profession de meunier. Sa fiche matricule, LM13, Bureau de Belfort, le décrit cheveux châtain foncé, yeux jaune clair et mesurant 1,63 m. Il est affecté au 1er Régiment de marche du 1er Etranger.

Ce légionnaire a un dossier de punitions bien fourni pour des délits variés : refus de porter le casque, se présente donc en képi – absent lors de l'inhumation d'un camarade de la Compagnie – murmurer dans sa langue maternelle et cracher pour contester une tâche donnée – puis, les faits s'aggravent : brutalité envers un autre soldat. Enfin, il "s'absente" une journée et des propos incorrects alors qu'l est emmené dans les locaux disciplinaires. En février 1913, il essaie de se faire porter malade [je vous laisse lire le motif], en juin, il réitère. En état d'ivresse dans un café d'Oujda, il est ramené par les gendarmes. En outre, l'année suivante, aucune punition, mais en 1915, les demandes de "maladie" sont très nombreuses et refusées, mais, pire, elles sont assujetties de jour de prison… A la date de son emprisonnement le 28 septembre 1915, il totalise tout de même 246 jours de peine disciplinaires, dont 160 de prisons.

Louis PAPP a participé aux campagnes d'Algérie – 25 janvier au 29 avril 1912 – puis – 3 juin au 26 août 1914 – et à celles du Nord Algéro-Marocain – 30 avril eu 2 juin 1914 – puis 27 août 1914 au 28 septembre 1915. Il a reçu la Médaille Commémorative du Maroc, avec agrafe Maroc.

"Le 22 septembre, on avait fini la vaccination antitypjoïdique. Les 23 et 24, j'ai été exempté de service. Les 25, 26 et 27, le médecin m'a déclaré "non malade" et ne m'a pas exempté de service. Le 28, j'étais exaspéré." Les 26 et 27 septembre, Louis n'a pas été reconnu malade, pourtant, il a été exempté de service pendant les deux jours. Le 28 septembre 1915, Louis se porte à nouveau malade et rejoint l'infirmerie. Présent à la visite, il n'attend pas l'appel de son nom et se précipite devant le Médecin aide-major HEURTEL, lui crache au visage à deux reprises et dit "Tiens, saligaud, voilà pour les non-malades".

Accusé d'outrage en paroles envers un supérieur le Médecin aide-major de 1ère classe HEURTEL et de voies de fait envers ce dernier, Louis PAPP, légionnaire de 2ème classe à la 1ère Compagnie du 1er Régiment Etranger, est arrêté puis puni à huit jours de prison en attendant son passage en jugement. Il est ensuite écroué à la prison militaire d'Oujda, au Maroc, le 21 octobre 1915 à 20h30. L'outrage en paroles est puni par le Code de Justice militaire de cinq à dix ans de travaux publics s'il est sous-officier, caporal, brigadier, ou soldat, article 224. Mais, la voie de fait est passible de la peine de mort. Le crachat ? Une voie de fait ?...

Le témoignage du Capitaine CHARLES, commandant la 1ère Compagnie est défavorable à Louis PAPP : "soldat médiocre, peu intelligent, paresseux, caractère sournois", un compliment tout de même "moralité assez bonne". Il va même jusqu'à dire que Louis voulait se faire porter pâle pour ne pas exécuter le service ordinaire de la compagnie, à savoir les exercices, le tir, les corvées…

Oujda - Hôpital militaire

Trois témoins sont convoqués : Louis PICO, infirmier à la Section de Marche des Infirmiers militaires, Ulysse GALINIER, soldat de 1ère classe et Adrien GAZEL, soldat de 2ème classe, tous deux au 121ème Territorial. Louis est défendu par le Lieutenant IZARD. Là encore, les témoignages concordent tant sur les faits que sur les paroles. Louis nie cependant avoir prononcé le mot "saligaud" : il reconnaît tout le reste.

Le 7 décembre 1915, le Conseil de Guerre de l'Amalat d'Oujda déclare Louis PAPP coupable et n'hésite pas, en vertu de l'article 223 du Code de Justice militaire, à le condamner à la peine capitale. Le lendemain, Louis dépose un recours en révision qui est rejeté le 22 janvier 1916.

PAPP Louis - rejet

Le 24 janvier 1916, Louis PAPP est présenté devant le piquet d'exécution au champ de tir près du camp d'Oujda. Il n'est pas mort sur le coup… c'est le maréchal-des-logis M., du 2ème Régiment de Chasseurs d'Afrique qui a donné le coup de grâce.

La décision prise par le Conseil de Guerre respecte bien le Code de Justice militaire mais, moi, je me pose une question, à laquelle je n'aurai jamais de réponse "Louis PAPP était-il un bon soldat sur le terrain ?". N'était-ce pas le principal : les qualités militaires ? Apparemment non…