Jamais je n'aurai pu imaginer le nom d'un fusillé, surtout suite à une accusation de tentative de meurtre, sur un Monument aux Morts…

(c) Christine PHILIPPE

Très intéressée par tous les dossiers des Fusillés de la Première Guerre Mondiale, J'ai lu avec attention l'article d'un confrère sur un soldat fusillé, Arthur Louis JOANNES. Suite au premier article et ne pouvant attendre la suite, je suis allée parcourir les 93 pages du dossier de procédure en ligne. Quelle affaire ! Je n'aurai pas raconter ce jugement de la même façon, c'est là tout l'intérêt de lire un même sujet abordé par différentes personnes. Mais l'histoire est juste.

Par contre, j'ai été surprise de la chute de l'article. Comment ? Un fusillé pour tentative de meurtre a son nom inscrit sur un Monument aux Morts ?... Là, contrariée je suis… Et puis je repense régulièrement à la manière dont ont été érigés les Monuments, comment les maires ont essayé de faire rajouter des noms sur les Livres d'Or. Ajouts parfois acceptés, souvent refusés ! Les communes qui ont érigé LEUR Monument, avec les noms de ceux qu'ils jugeaient mériter cette reconnaissance, avant d'avoir le retour du Livre d'Or. Tel est le cas de la commune de Moissy-Cramayel, en Seine-et-Marne. Le nom de Alphonse DEŸ, mon fameux Alphonse, est inscrit sur le Monument aux Morts car la commune a reçu la réponse négative bien après que le Monument ait été inauguré. Le nom est resté une première fois. Puis, alors qu'il a fallu ajouté les noms des soldats Morts pour la France au cours de la Seconde Guerre Mondiale, les gravures ont été refaites et personne n'a songé à retirer le nom d'Alphonse. C'est pourquoi aujourd'hui, son nom est toujours là. Alphonse DEŸ n'est pas un fusillé : il a été porté disparu, puis retrouvé noyé dans un étang trois jours plus tard. Il y a suspicion sur la manière ou le pourquoi il est décédé… Donc, pas de reconnaissance de Mort pour la France et ce n'est pas faute d'avoir insisté auprès du Ministre de la Défense !

Mais… revenons à Arthur Louis JOANNES ! Il m'a fallu quelque temps pour me dire que je devais écrire un article sur le sujet, du style : "Un fusillé accusé de tentative de meurtre honoré depuis un siècle auprès de soldats Morts pour la France". Je trouvais que c'était un manque de respect par rapport aux soldats Morts au Champ d'Honneur mais aussi, et surtout, à ceux qui avaient participé à toute la guerre, qui étaient revenus chez eux marqués aussi bien physiquement que moralement et à qui personne n'a jamais dit "MERCI !"

Comme je base mon article sur celui que j'ai lu, je commence par faire quelques recherches. Première étape, aller lire le Livre d'Or de la commune de Mirecourt. Quelle n'a pas été ma surprise ! Il y a erreur sur la personne ! Ce n'est pas le fusillé qui a son nom sur le Monument mais bel et bien Louis Victor JOANNES, né le 25 décembre 1883 à Fraize, dans les Vosges. Ce dernier est Mort pour la France le 14 septembre 1918 au Moulin de Laffaux, dans l'Aisne.

 

MIRECOURT Livre d'Or

Alors, démarche suivante, je vais vérifier sur la photo du Monument… Et… Il y a bien le nom de JOANNES mais aucun prénom ! 

(c) Christine PHILIPPE

L'erreur de saisie des deux releveurs du site de MemorialgenwebTM est reprise par l'auteur de l'article sur JOANNES Arthur Louis… Me voilà rassurée : un fusillé pour tentative de meurtre n'est pas inscrit sur un Monument aux Morts ! Cela ne peut, décemment, pas être…

MIRCOURT Memorial

Une dernière étape aurait pu compléter cette recherche : la liste des soldats dont la famille a reçu le titre de "Mort pour la France". Ces listes se trouvent aux Archives départementales dans la série R. Ce sont de longues et interminables listes qui accompagnaient l'envoi des titres au Préfet, qui, ensuite, les remettaient au Maire de chaque commune concernée, pour remise, enfin, aux familles. Mais, résidant assez loin des Vosges, je n'irai pas voir de moi-même…

Il reste cependant réel que les Monuments aux Morts ne sont pas toujours fidèles aux Livre d'Or, les sentiments des habitants de la commune, à la fin de la Guerre, étaient plus important que les documents officiels.