De notC. MENOT (c) C. MENOTre père, nous n'avons rien hérité : histoire de famille banale ! Mais, je détiens un objet, qui, en soi, n'a apparemment aucune valeur, et pourtant...

Notre père a fait partie de ces jeunes gens volontaires pour aller faire la guerre en Indochine. Savait-il, lui comme les autres ce qu'était la guerre ? Sûrement que non, mais il a vu là, encore comme beaucoup d'autres, un moyen de quitter la famille, de quitter la terre, de voir du pays, que sais-je encore ?...

Papa, le certificat d'études en poche est allé se présenter fièrement à notre grand-mère. Il était le fils aîné de treize l'aîné, il était né entre deux enfants décédés. Statut difficile à supporter. Nos grands-parents, manouvriers, espéraient que leur fils fasse quelques études mais lui, LE fils, ne voulait pas aller plus loin que ce cher certificat d'études. Notre grand-mère, au fort caractère lui a dit : "Ce sont les études ou les travaux des champs !" La Seconde Guerre Mondiale vient à peine de se terminer, Papa est âgé d'un peu plus de 17 ans mais il "triche" et parvient à embarquer à bord d'un navire l'emportant en Indochine : le 13 juillet 1946, il est à bord et fête ses 18 ans...

La France quitte l'Indochine, Papa, sous-officier de carrière, est affecté en Allemagne. Marié, deux enfants, il va voyager entre l'Algérie, le Maroc et l'Allemagne pour rentrer en France, quelques temps à Noyon, dans l'Oise, et, enfin à Sedan, dans les Ardennes. Comme tous ses camarades de bataille, il n'est pas fait pour cette "paix", il n'est pas fait pour la vie de famille planplan. Mais c'est ainsi, la paix est là et bien là !

Les souvenirs racontés sont ceux de l'Indochine, rarement de l'Algérie, alors que Maman parlait beaucoup du Maroc... Les souvenirs, en photos, étaient principalement ceux de l'Indochine, là encore... Papa a reçu la Médaille Militaire.

Cette Médaille était celle qu'il mettait le plus en avant, pourtant, il en a reçu des médailles ! Mais celle-là... Alors, sous le mandant présidentiel de Georges POMPIDOU, lorsqu'il a été fait appel de photos et autres documents pour réaliser un ouvrage sur les Médaillés Militaires et l'Indochine, Papa a fouillé, et participé... Cet ouvrage, magnifique, est numéroté et signé de la main de Georges POMPIDOU. J'aurais aimé hériter de ce souvenir mais la vie est ainsi faite que je ne l'ai pas, pourtant, mon frère et moi avons fait "carrière" avec Papa, cela aurait été un juste retour des choses.

Briquet d'Indochine (c) C. MENOT

Cependant, j'ai un souvenir de Papa qui a une terrible valeur : personne n'est assez riche pour me l'acheter ! Un briquet ! Un briquet qui vient tout droit de l'Indochine ! Il est si beau ! Pourtant, je ne fume pas, mais il est là, sur mon étagère. Et à chaque fois que je le vois je revois notre père, celui des photos de son époque en Indochine ! Je l'imagine achetant ce briquet, sa fierté au retour en France de posséder cet objet qui prouvait, s'il en fallait, qu'il était allé là-bas, qu'il y avait été blessé, qu'il y était retourné et qu'il en était revenu...

L'an passé, je suis allée au Vietnam avec mon compagnon. J'ai visité le Nord. Papa nous avait souvent parlé de Hanoï mais beaucoup plus de Saïgon – aujourd'hui Ho Chi Minh Ville. Je comprends désormais pourquoi il a tant aimé, même si moi je vois ce pays en temps de paix et que lui l'a connu en temps de guerre...

Un simple briquet peut rapprocher deux êtres séparés par la vie... Notre père est parti, il a rejoint son premier amour, ses parents et... ce briquet est toujours là !