"Dur-à-cuir", ces hommes qui ont des informations pas vraiment positive sur leur fiche matricule... Vous savez, ceux qui ont fait de la prison...

Bonne conduite

Je ne parle pas là d'un délit grave, comme meurtre, mais bien de délits mineurs où l'homme jugé a pris quelques jours de prison, quelques amendes pour refus d'obéissance, pour rébellion à la force publique, pour vol, etc.

Ces hommes-là, souvent, ont eu un comportement héroïque au cours de la Première Guerre Mondiale !

Claude B., charretier, incorCitationsporé le 8 octobre 1912, est condamné le 3 septembre 1913 par le Conseil de Guerre – tient, ce n'est pas encore la guerre – à une peine de 18 mois de prison pour vol militaire et vol simple. Il est amnistié : à cause du déclenchement de la guerre ? Il est blessé le 16 octobre 1914, par éclat d'obus. Le 5 juillet 1916, il est cité à l'ordre de la 4ème Brigade du Maroc : "Soldat d'une grande bravoure, chargé du rôle de grenadier dans un poste avancé le 10 juin 1916, à soutenu énergiquement une lutte à la grenade au cours de laquelle plusieurs de ses camarades ont été mis hors de combat". Promu caporal le 7 mai 1917, il est de nouveau cité, le 18 mai suivant, à l'ordre de la Brigade : "Tirailleur très brave et énergique, a assuré dans des conditions difficiles le ravitaillement de la compagnie au feu, contribuant, par son dévouement à maintenir la bonne humeur. A toujours donné satisfaction lors des situations périlleuse". A nouveau, le 8 avril 1918, Claude B. est cité à l'ordre du 4ème Régiment de Zouaves : "Caporal énergique et brave sur le front depuis le début des hostilités. Le ... mars, sous un violent tir de barrage et de mitrailleuses ennemies, s'est porté à sa position de combat avec un allant remarquable sur l'ennemi qui cherchait à progresser et, de cette façon, a arrêté l'assaillant". Il est blessé à la main gauche à Longpont, dans l'Aisne, le 18 juillet 1918. Malgré cette attitude héroïque au combat, reconnue par trois citations, Claude B. est mis en congé illimité de démobilisation le 20 août 1919, sans que le certificat de bonne conduite lui soit accordé. Certes, une condamnation amnistiée, mais 6 ans 10 mois et 12 jours de service militaire dont 5 ans 8 mois et 1 jour à la guerre, 3 citations... Où est la reconnaissance de la patrie ?

 

Condamné le 11 septembre 1912 à 15 jours d'emprisonnement pour coups et blessures, Henri L. est incorporé le 8 octobre suivant. Promu soldat de 1ère classe le 20 juillet 1915, il décède le 23 novembre 1916. Henri a la reconnaissance de la patrie "Mort pour la France".

Les soldats, peu importe leurs fautes – sauf le meurtre, étaient condamnés, purgeaient leur peine – ou étaient amnistiés, mais ils n'étaient jamais quittes avec l'armée. Ils peuvent avoir été de très bons soldats pendant toute la durée des hostilités – 4 longues années. Ils peuvent avoir été cités à l'ordre de leur régiment, de leur brigade, de leur division. Ils peuvent avoir été blessés. Mais non ! Rien ! Rien pour les remercier, c'est-à-dire au moins le certificat de "bonne conduite". Non, même pas ! Soit ils décédaient au combat, et, là, la Patrie étaient reconnaissante, soit, ils rentraient chez eux comme de mauvais éléments qu'ils n'ont pas été !...

Tous les ans, depuis 1920-1921, la Patrie honore ceux qui sont Morts pour la France. Mais, jamais, jamais je n'ai entendu remercier les soldats présents qui avaient participé au conflit pendant toute sa durée !... Ils sont désormais en paix mais qu'ont-ils donc pu souffrir toute la vie qui a suivi.

Il est incroyable que des années après, cent pour être précise, personne ne songe à les remercier tous, absolument tous, de ce qu'ils ont fait, morts, Morts, ou revenus !

Et je ne parle pas de ceux qui ont participé, aussi, à la Seconde....