Le 11 mars 1888, un meurtre est commis en forêt de Fréteval, dans le Loir-et-Cher, aux environs de sept heures du soir…

Les gendarmes dépêchés sur le terrain établissent un rapport le lendemain à huit heures du soir. Le dossier consultable aux Archives du Loir-et-Cher sous la cote 2 U 3 / 102 – Dossier d'instruction – est très complet. Le premier document est donc le rapport de gendarmerie…

C'est le brigadier Emile Augustin COULON et le gendarme à cheval Alphonse Nicolas GRAPIN qui rédigent le rapport. Ils appartiennent à la résidence de Pezou et sont bien en uniformes pour enregistrer le document.

 

 

 

Homicide Fréteval

Ainsi commence le rapport : "Rapportons qu'hier à 10 h ½ du soir, nous avons été informés par un envoyé du château de la Gaudinière qu'un garde venait d'être blessé mortellement par un braconnier. Nous avons fait prévenir immédiatement notre Commandant d'Arrondissement, puis nous nous sommes rendus au château de la Gaudinière où nus avons trouvé le cadavre du garde BENOIST portant à la poitrine une large plaie faite par la décharge d'un fusil chargé de chevrotines et tiré à bout portant."

Le rapport a été rédigé suite aux déclarations des gardes présents avec le garde BENOIST : Ernest Louis DUREAU, Georges Alphonse BATAILLE et Léonard PISTOURY. Ces derniers expliquent qu'ils rentraient chez eux, vers 17 heures et qu'ils étaient près des bois Normands – forêt de Fréteval, proche du château de la Gaudinière – et qu'ils ont entendu un coup de feu dans le carré de Beauchêne – même forêt. Etant quatre, ils se sont séparés par équipe de deux et ont suivi les murs d'entourage pour connaître la provenance de ce coup de fusil. La nuit venue, impossible de poursuivre les recherches, ils sont pris la route de leurs domiciles. C'est sur la route du Bois Lucas qu'ils ont entendu un autre coup de fusil. DUREAU, en compagnie de BENOIST, se sont dirigés vers ce bruit entendu. C'est là qu'ils ont vu l'ombre de deux individus qu'ils ont décidé de poursuivre, enfin, BENOIST car jeune et agile. Celui que poursuivait DUREAU l'a visé à bout portant, par deux fois, sans pour autant le toucher. Mais, dans le même temps, il a entendu un autre coup de fusil et, surtout, BENOIST crier "DUREAU, je suis mort !" Rendu sur place, DUREAU constate que le meurtrier tenait le garde par les deux mains. Il l'a lâché pour se battre avec DUREAU mais a réussi à s'enfuir en laissant sur place son fusil et un chevreuil. DUREAU précise aussi que BENOIST avait "dû être tiré à bout portant car il avait toute la poudre sur sa blouse qui fumait".

Emile Augustin COULON naît le 30 août 1853 à Orléans, dans le Loiret. Il est fils de Prosper Stanislas, vigneron, et Joséphine Félicité MOREAU, vigneronne. A l'appel de sa classe, celle de 1873, il exerce la profession de vigneron. Brun aux yeux marrons, il mesure 1,66 m. Il est incorporé le 7 janvier 1875 au 5ème Régiment de Dragons, stationné à Joigny, dans l'Yonne. Il monte de grade en grade :

  • Brigadier, le 7 août 1875,
  • Maréchal-des-Logis, le 13 novembre 1876,
  • Maréchal-des-Logis fourrier, le 11 octobre 1877,
  • Maréchal-des-Logis-Chef, le 13 mars 1878.

Il est libéré du service militaire le 3 octobre 1878. Sa fiche matricule indique qu'il est gendarme à cheval le 30 octobre 1880 au titre de la Compagnie de Seine-et-Marne.

Le 16 janvier 1882, résidant à La Ferté-Gaucher, en Seine-et-Marne, Emile Augustin épouse Armante Prudence BOULARD, à Saran, dans le Loiret. Il est affecté à Pezou, dans le Loir-et-Cher. C'est dans cette commune, le 17 février 1889, à Pezou, dans le Loir-et-Cher, que naît un fils, Joseph Paul, qui ne vit que cinq minutes. Armante Prudence décède quelques jours plus tard, le 24 février.

Le 23 juillet 1890, résidant à Mormant, en Seine-et-Marne, Emile Augustin se remarie ; il épouse Emilie Clémence MABILLON. Le couple a un fils, Jean Emile Maurice, né le 22 septembre 1892. Emilie décède le 3 avril 1897, à Mormant…

C'est la Première Guerre Mondiale qui lui prend son fils, le 28 août 1914 à Morhange, en Moselle. Jean Emile Maurice décède suite à ses blessures dans une ambulance allemande. Médaillé militaire, Emile Augustin COULON décède le 24 juin 1915 à Orléans, rue de Madeleine.

Alphonse Nicolas GRAPIN naît le 9 avril 1846 à Gurgy-le-Château, en Côte-d'Or. Il est fils de François Pierre Sévère, cultivateur, et Marie Anne FEBVRE.

En 1873, il est gendarme à Pezou. Le 12 juillet 1873, à Montoire-sur-le-Loir, dans le Loir-et-Cher, il épouse Augustine Armandine ROUGEAU. Une fille, Berthe Marie Alphonsine, naît de cette union, le 2 décembre 1877.

Alphonse Nicolas ne quitte pas la commune de Montoire où il marie sa fille, le 25 septembre 1897, avec Jules Frédéric PINSON, lui aussi gendarme à cheval.

En 1906, le couple Jules Frédéric et Berthe Marie Alphonsine demeure à Guillon, dans l'Yonne. Ils n'ont pas d'enfant. Le couple – Alphonse Nicolas et Augustine Armandine – réside toujours à Montoire.

Ce rapport est le premier d'une longue série. Le dossier d'instruction comptera au moins 132 pièces. Seules celles de 43 à 132 sont conservées. Mais la saisie de cette instruction contient 150 pages. La lecture est passionnante car très riche de détails et de renseignements généalogiques, géographiques, humains…