Coeur

En ce beau jour, le jeudi 26 avril 1906, Madeleine épouse Jean…

Elle l'aime son Jean ! Depuis plusieurs années déjà… Alors, aujourd'hui, c'est le bonheur parfait ! Ce bonheur est confirmé par sa première grossesse : elle accouche de Jeanne, le 15 décembre de cette même année.

D'autres enfants viennent agrandir la famille : Charles, le 14 février 1907, Pierre, le 25 décembre 1908, Lisette, le 17 novembre 1910, Joseph, le 3 août 1912 et Marie, le 15 mai 1913.

Mais, en juillet 1914, Jean est inquiet : il pense qu'il va y avoir une guerre, LA guerre… Mais peu importe, en ce mardi 4 août 1914, il quitte Madeleine en lui promettant un retour rapide : "Nous allons gagner cette guerre, et vite ! Je serai là pour Noël !". Il est vrai que les hommes du village qui partent à la guerre sont persuadés rentrer très vite et… vainqueurs ! Madeleine est enceinte de trois mois…

Seulement voilà, c'est Noël, et Jean n'est pas de retour… Le dimanche 14 février 1915, Madeleine accouche d'un garçon et elle lui donne le prénom de Jean. Une prémonition ?... Peut-être… Car, le 22 février suivant, le maire vient lui annoncer le décès de Jean, le 14 février 1915 à Vauquois, dans la Meuse.

Là, tout s'arrête ! Madeleine a perdu son bel amour et elle est mère de sept enfants ! Comment va-t-elle pouvoir subvenir aux besoins de cette famille ?... Que de tristesse… Heureusement, elle a sa famille : elle est entourée, soutenue, mais d'autres hommes de la famille sont aussi partis à la guerre. C'est donc une affaire de femmes : il faut se soutenir mutuellement !

Madeleine doit être à la fois le père, celui qui s'occupe du côté matériel de la vie, et la mère, réconforter tous ses petits… Les journées sont longues et épuisantes : la basse-cour, le jardin, le linge – Madeleine était lingère et couturière à son mariage, les enfants, la maison… Et cette maudite guerre qui n'en finit pas !

Et puis arrive le 11 novembre 1918 : la paix est signée, les hommes du village vont rentrer ! Petit à petit, ils arrivent, maigres, tristes, fatigués, mais en vie. N'est-ce pas le principal ? Pas pour Auguste ! Lui, il a souffert physiquement, et cela se voit : il a été touché au visage… Oh, bien sûr, il y a pire que lui, mais tout de même…

L'hiver passe, le printemps arrive avec l'éclosion de toutes ces fleurs, les feuilles sur les arbres : la vie revient. Les hommes vont travailler aux champs et les femmes font ce qu'elles ont à faire… Madeleine a croisé plusieurs fois Auguste : elle ne peut s'empêcher de penser qu'elle aurait préférer son Jean avec le même visage que pas de Jean du tout ! A chaque fois, Madeleine et Auguste se sourient, sourires timides : l'une, gênée, elle est veuve avec sept enfants, l'autre, honteux, honteux de cet aspect physique qu'il ne peut ignorer.

C'est le 14 juillet, la fête au village : l'orchestre de la commune est moins important qu'avant la guerre, mais il est là pour animer le bal… Auguste invite Madeleine à danser, la vie fait le reste… Le 11 septembre 1919, Madeleine épouse Auguste. Oh, elle n'a pas le sentiment d'amour aussi fort que pour Jean, mais beaucoup d'affection pour Auguste. Auguste, quant à lui, se dit qu'il ne peut pas être plus heureux : les autres filles ne le regardent quasiment pas…Alors, autant unir leurs deux pauvres vies ! C'est ainsi que le 14 juillet 1920 naît Augustine… Viendront ensuite, Victor, en 1921, Georges en 1922 et Antoine en 1923…

C'est à la naissance d'Antoine que Madeleine se rend compte qu'elle aime Auguste, un vrai sentiment d'amour ! Elle aime sa vie avec lui, elle aime profondément cet homme, qui lui rend ce sentiment merveilleux !

Madeleine décède en 1966 à l'âge de 79 ans ! Mère de 11 enfants, grand-mère de 51 petits-enfants et arrière-grand-mère 31 arrière-petits-enfants... Auguste la suit de quelques mois, la même année, il est âgé de 84 ans !... La guerre a pris un amour à Madeleine mais lui en a rendu un autre… Ainsi va la vie…