Le dimanche 27 juillet 1919, à La Bassée, Nord, 8 heures du soir, quarante caisses de Cheddite explosent rue d'Estaires…

Maria Elise CAPPE naît le 4 août 1879 à La Bassée, Nord. Elle est fille de Florimond Joseph, quarante-trois ans, serrurier, et Elise Aurélie Joseph DHAISNES, trente-quatre ans, ménagère. Elle est la septième enfant d'une fratrie de huit, tous nés à La Bassée :

  • Marie Louise, le 24 avril 1868,
  • Florimond Léon, le 6 août 1869,
  • Florimond Alfred, le 14 février 1871, décédé le 4 décembre 1874,
  • Julienne Joseph, le 26 janvier 1873,
  • Jules Charles, le 10 novembre 1874,
  • Florimond Alfred, le 9 janvier 1876,
  • Eugène, le 24 février 1883.

Le 16 décembre 1899, à La Bassée, Maria Elise épouse Léonce Jules Joseph LEPOT, trente ans, née à Berneville, Pas-de-Calais, maçon. Le couple a quatre enfants, tous nés à La Bassée :

  • Lucien, le 3 octobre 1900,
  • Valérie, le 12 juin 1904, décédée le 13 avril 1906,
  • Réjeanne, le 9 février 1907,
  • Murielle, le 13 février 1909.

La Bassée est au cœur de la guerre, les familles sont donc déplacées. Puis, la guerre finie, certains reviennent, dont Maria Elise et ses filles. Apparemment, Léonce était déjà revenu et avait préparé un abri de fortune pour loger tout le monde. La famille LEPOT est rentrée avec joie "chez eux" là où ils avaient, avant la guerre, construit leur foyer. Ils font des rêves d'avenir meilleur : les ruines se relèveront, les pertes se répareront, la situation, brisée, se refera. Il faudra travailler, avoir de la patience et du temps mais l'avenir s'éclairait enfin !...

Maria Elise était revenue depuis quatre jours avec ses deux filles. Son mari, Léonce, avait dressé un abri pour sa famille avec des briques recueillies dans les décombres de son habitation.

C'était sans compter les horreurs de fin de guerre : ces munitions encore si présentes, en 1919 ! C'était sans compter sur le tragique destin…

 

 

Des munitions "allemandes" encore présentes explosent : 40 caisses de Cheddite ! La cheddite est un explosif fabriqué en France et principalement utilisé dans les carrières. C'est la Société française "Société Générale d'Explosifs Cheddites" qui assure, pendant la première guerre mondiale, l'ensemble de la consommation employée en France et en Algérie. Alors la question se pose : munitions allemandes ? Apparemment non ! Dépôt de munitions français pendant la guerre ou après la guerre ? N'oublions pas que le Régiment basé à La Bassée est le 116ème Régiment d'Artillerie… La principale mission de ce dernier était le déblaiement des ruines.

Les soldats utilisaient-ils la cheddite pour "nettoyer" le terrain ?...

Mais, en ce dimanche 27 juillet 1919, à huit heures du soir, quarante caisses d'explosif sautent tuant six soldats – quatre Français, un Anglais et un Indien, mais, aussi, blessant une dizaine de victimes civiles et tuant deux autres : Maria Elise LEPOT et sa fille Murielle.

Caisse de chedditesFunérailles La Bassée

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les quatre soldats français étaient tous du 116ème Régiment d'Artillerie :

 Les obsèques ont lieu le 1er août 1919. Les six cercueils sont alignés dans la baraque en planches qui sert d'église.  Les habitants présents sont groupés autour de la baraque pour assister au service.

Le recueillement est de mise, tant à l'église, qu'autour, puis devant le monument du Souvenir et, enfin, dans le cimetière, "cimetière dont les tombes bouleversées par les obus présentent un tragique spectacle, digne souvenir de la guerre qui continue à faire des victimes."

La tristesse passée, ses deux enfants mariés, Léonce Jules Joseph se remarie, le 29 octobre 1924, à Béthune, dan le Pas-de-Calais, avec Eulalie Françoise Hortense. La vie continue…

 Note de l'auteur : sans l'aide et le soutien amical de Dominique DELATTRE, généalogiste amateur, chercheur de documents sur place, cet article n'aurait pas été si complet. Grand merci à lui !