S'il est vrai qu'aujourd'hui les inondations Parisiennes font beaucoup parler, quand était-il de ces inondations au cours des siècles précédents ?... La cote 44 GG² 1 des archives de la Marine au S.H.D. de Vincennes donnent des indications importantes au début du XIXème siècle.

Paris en 1790

Monsieur Pierre Thomas Marie ÉGAULT DESNOES, Ingénieur des Ponts et Chaussées, rend un mémoire sur les inondations de Paris en 1814. Voici ce qu'il en dit.

La Seine est sujette à des débordements qui font de grands ravages. Si les particuliers sont intéressés à en connaître la hauteur, les magistrats ne le sont pas moins, pou en prévenir les dangers. Les ingénieurs ont besoin de renseignements précis pour la rédaction de projets des travaux hydrauliques, exposés à toute la violence des eaux.

La France, autrefois plus couverte de bois, avait une température plus froide et était exposée à des neiges plus abondantes, dont la fonte produisait souvent de grandes crues. Il n'est pas possible de juger de la hauteur car le sol de Paris était beaucoup moins élevé qu'aujourd'hui et que les eaux se rependaient dans un plus grand nombre de rues et montaient à une plus grande hauteur… En effet, les démolitions ont entraîné les dépôts de gravas dans les environs de Paris, qui ne sont plus des environs puisque la ville s'est agrandie. Pour exemple : la butte Bonne-Nouvelle est réhaussée de 14 mètres, la butte de la rue Mêlée de 9,50 m, la Butte des Moulins, de 7,50 m ! Il n'y a que quelques années que les bords de Seine sont dotés d'échelles sur lesquelles sont notées les hauteurs des eaux.

Tenues des inondations dans le Traité de Police

583 : entre la Cité et la Basilique Saint-Laurent (Basilique Saint Lazare), les déplacements ne pouvaient se faire que par bateau

886 et 1196 : les inondations ont entraîné le Grand-Pont (Pont au Change) et le Petit-Pont, au bas de la rue Saint-Jacques.

1281 : les ponts sont rompus. Il fallait utiliser les bateaux pour aller des quartiers de Saint-Denis et de la Cité jusqu'à la Croix des Carmes de la Place Maubert, qui était au bas de la montagne Sainte-Geneviève.

1296 : les eaux ont envahi toute la ville, les ponts et les maisons dessus ont étaient renversés.

1325 : le Pont-au-Change et le Petit-Pont sont de nouveau emportés par les eaux.

1407 : le même Petit-Pont t le pont Saint-Michel sont renversés.

1547 : le 9 décembre, un bateau attaché au Petit-Châtelet se lâcha et buta contre une des arches du Pont Saint-Michel.

1649-1651 : les inondations ont encore ébranlé les ponts et envahi la ville. Beaucoup de maison s'écroulèrent.

1658 : dans la nuit du 1er mars, le Pont-Marie perd une pile, deux arches et une partie de la troisième, faisant disparaître les maisons situées dessus.

1665 et 1667 : les ponts sont de nouveau ébranlés.

1690 : l'eau monte jusqu'à Notre-Dame, dans les cours du Palais et dans beaucoup de rues de l'Université.

1725 : les pluies continuelles font déborder toutes les rivières de France ; la Seine s'étendit beaucoup en campagne mais ne fit pas de dommage considérable dans Paris.

1726 : le 18 février, la Marne croit de trois pieds en deux heures. Le bras de la Seine depuis la pointe de l'île Louviers jusqu'à la Place-aux-veaux est pris. Cette crue rompt la glace en place par le grand froid et cause de grandes pertes.

1740 : L'inondation est montée de 22 pouces et demi à gauche du Guichet-Froidmanteau (limites du quai des Tuileries : depuis le Guichet-Froidmanteau jusqu'au Pont Louis XVI)

1799 : le 4 février, l'eau est montée de 7,40 m.

1802 : le 3 janvier, l'eau est montée de 7,75 m

1807 : le 3 mars, au Pont de Tournelle, 6,66 m, au Pont Royal, 7,30 m et au Pont de la Concorde, 7,27 m. L'eu était au bord de la galerie du Louvre. 

Inondations de Paris

Le 3 mars 1807, Pierre ÉGAULT a déterminé la pente de la Seine par des calculs savants que je vous épargne. Il a positionné des hommes en différentes points des bords du fleuve et a effectué des relevés de hauteur à différents moments de la journée.

Qui est Pierre Thomas Marie ÉGAULT DENOES ?

Pierre Thomas Marie ÉGAULT DESNOES naît le 16 juin 1777 à Dinan, Côtes-d'Armor, fils de Pierre Jean, Procureur de la Sénéchaussée, puis notaire, et Elisabeth Augustine Jeanne DUCHALONGE. Le 13 décembre 1814, il épouse, à Paris, Marie Louise Eulalie MACÉ de BAGNEUX.

En juin 1793, il intègre la Compagnie franche d'artilleurs de la Garde nationale de Dinan. En 1796, Pierre ÉGAULT et admis à l'École de Polytechnique et est Ingénieur des Ponts-et-Chaussées le 3 novembre 1805. C'est sûrement à cette époque qu'il se penche sur le problème des inondations de Paris. Le 29 janvier 1814, nommé Capitaine du Génie de la Garde Nationale de Paris, il est attaché aux ouvrages de la défense de Paris, et plus particulièrement à ceux de Saint-Denis.

Il décède le 22 janvier 1839 à Paris, 2ème arrondissement.

Les inondations ne datent donc pas d'aujourd'hui ! Les technologies sont pourtant là, mais rien ne change : l'eau est un démon indomptable…