La guerre a commencé depuis 10 jours que les besoins en chef se font déjà sentir… Ce général, admis à la retraite pour faute de discipline, est rappelé par le Président de la République !

Baptiste FAURIE naît le 14 mai 1853 à Montélimar, dans la Drôme.

Général Baptiste FAURIE

1 - L'homme

"Baptiste FAURIE s'engage le 15 juin 1870. Il prend part à la guerre sous les ordres de FAIDHERBE, assiste aux journées de Bapaume et de Saint-Quentin, est promu Sergent-major sur le champ de bataille. Entré à Saint-Cyr, il n'est nommé officier que le 1er octobre 1875, Lieutenant le 31 décembre 1877 ; il passe capitaine trois ans plus tard. Dans l'intervalle, il avait suivi les cours de l'Ecole d'Etat-Major, d'où il était sorti en 1878 avec le brevet et d'excellentes notes. Il reste douze ans capitaine puis son avancement suit une progression normale Lieutenant-Colonel le 3 avril 1899, il entre à l'Etat-Major de l'Armée comme chef de bureau. Remarqué par André et par Percin, il est promu Colonel le 31 janvier 1902, Général de Brigade à Nancy le 27 mars 1906, Général de Division à paris le 23 septembre 1909. Il fut appelé à la fin de l'année 1911 au commandement du 16ème Corps, à Montpellier.

Le Général FAURIE est Commandeur de la légion d'Honneur depuis le 31 décembre 1912. Un dernier détail intéressera les amateurs de biographies complètes : le général est officier d'académie." Article signé ENJOLRAS pour le journal "Les Hommes du Jour", édition du 25 octobre 1913.

2 – L'affaire

Mai 1912 – "Le général de Castelnau qui n'a pas obtenu le commandement de la 22ème Brigade dans la capitale lorraine occupe maintenant une situation prépondérante, sinon de tout premier plan, à l'état-major de l'armée. Des manœuvres de cadres ont lieu dans le 16ème Corps, dont le commandement a été confié par M. Messiny, au général Faurie, M. le général Chomer, membre du Conseil Supérieur de la Guerre se rend à Montpellier pour en faire la critique et un officier supérieur, qui occupe une situation importante à l'Etat-Major de l'armée me raconte que "le véritable but de cette mission est de préparer l'exécution du général Faurie". Sur le moment, je note ce propos, sans d'ailleurs y attacher grande importance, d'abord, parce qu'il me semble peu croyable, ensuite, parce que la personnalité du général Faurie ne m'inspire aucun intérêt particulier, et, enfin, parce je tiens, par principe à ne pas me laisser détourner, en prenant parti dans n'importe quelles querelles personnelles, des questions générales à l'aboutissement desquelles j'ai consacré mon activité. Pourtant, j'apprends un peu plus tard qu'effectivement, au cours de cette inspection, M. Le Général Chomer aurait fait preuve d'une sévérité tout à fait insolite. Il aurait, notamment, adressé de vifs reproches au Général Faurie, à propos de diverses dispositions du programme alors que ce programme avait été soumis, avant les manœuvres, à l'approbation préalable de l'Etat-Major de l'armée. […] En novembre 1912, ces intensions hostiles […] devenaient un sujet de conversation pour ainsi dire courant dans les couloirs du ministère. De tous côtés, on annonçait qu'à la première occasion, l'Etat-Major de l'armée "casserait" le Général Faurie. En janvier 1913, […] Je ne prêtais toujours pas grande oreille à ces propos. Je ne commençais de m'en préoccuper sérieusement que le jour où je remarquai que le 16ème Corps était désigné pour participer aux manœuvres d'armée, dont la direction devait précisément comprendre et M. Le Général Chomer, et cet autre général, ancien chef de bureau à l'Etat-Major de l'armée et ancien candidat malheureux au commandement de la Brigade de Nancy : le Général Castelnau. […] Désigné pour suivre ces manœuvres, avec MM. Gervais et le Comte d'Alsace, j'ai convenu avec mes deux collègues d'observer officieusement s'il existait une cabale, et, dans l'affirmative, d'en suivre attentivement les manifestations. A partir de ce moment, les menaces et les pronostics de disgrâce se multiplient autour du Général Faurie. Le 15 septembre, à Cadours, le Général Faurie se trouve en présence du directeur des manœuvres et de son chef d'état-major. L'attitude de ces deux généraux décèle un parti pris tellement visible qu'il fait part aux membres du Parlement présents de l'impression pénible qu'il vient d'éprouver ainsi que de ses craintes pour l'avenir. Le 16 septembre, nous luis conseillons d'en faire part au Président de la République qui s'est rendu sur les lieux des manœuvres. Ce dernier ne peut rien faire ayant profité de cette cabale pour être élu Président de la République… Le 15 octobre, sur un rapport du Général Chomer et un rapport du Général Joffre, établis contre le Général Faurie, à la suite des manœuvres, le Conseil supérieur de la Guerre, comprenant les deux auteurs de la plainte, décida, sans même avoir entendu le Général Faurie, qu'il y avait lieu de le mettre à la retraite. La séance dura trente-cinq minutes…"

Dans la nuit du 15 octobre, le Général FAURIE adresse une longue lettre de protestation au ministre de la Guerre. Pour se défendre, il publie, au journal "Le Temps", le rapport du Général JOFFRE sur les grandes manœuvres. Cette faute de tactique lui est fatale. Par la suite, ce document est publié aux Editions Lavauzelle et adressé aux membres du Sénat accompagné d'une lettre du Général.

Le 10 novembre 1913, ce même Conseil décide, par 4 voix contre 1, que "le Général Faurie s'est rendu couple d'une faute grave contre la discipline" et, sur proposition du Ministre de la Guerre, le Général est mis à la retraite d'office. La réaction militaro-religieuse qui dominait le haut commandement a gagné la partie : un général républicain est écarté ! Le Général de Division Baptiste FAURIE est admis à la retraite d'office le 14 novembre 1913 pour faute contre la discipline…

Elevé au range de Commandeur de la Légion d'Honneur le 15 janvier 1913, le Général FAURIE est disgracié le 14 novembre de la même année !

3 – La réhabilitation

Le 13 août 1914, le Général FAURIE n'est toujours pas remplacé et le décret devant statuer sur sa pension n'est pas encore rédigé…

"Dans ces heures graves où la patrie a besoin du concours de tous, j'ai pensé qu'il y avait intérêt à permettre à M. le Général de Division Faurie de reprendre sa place au milieu de ses pairs, et, dans ce but, après avoir consulté la section des finances, de la guerre, de la marie et des colonies du Conseil d'Etat sur la légalité de cette mesure, je vous propose de rapporter le décret susvisé […]".

Raymond POINCARÉ, Président de la République signe alors le décret du 10 août 1914 annulant celui du 14 novembre 1913 et rétablissant le Général de Division Baptiste FAURIE dans ses fonctions. Il n'est plus question d'idéologie quelconque : la France a besoin de tous ses commandants…

Le Général Baptiste FAURIE décède en 1938…