Sur une fratrie – enfants encore vivant lors en 1906, de sept enfants dont cinq garçons, Auguste Adrien sera le seul à réellement subir cette guerre, pendant la Guerre elle-même, puis par la suite…

Dans l'article précédent, Auguste Adrien est orphelin de mère à l'âge de sept ans et de père à l'âge de treize ans. Il a pour tuteur son oncle paternel, Jules Alexandre SEHET, né en 1851 à Caudebec et marié à Augustine Juliette DUJARDIN. Cette dernière décède le 31 mai 1904 à Caudebec…

A l'appel de sa classe 1906, Auguste Adrien est décrit cheveux châtains, yeux gris et mesurant 1,65 m. Il demeure à Rouen et exerce la profession de journalier. Il est incorporé au 5ème Régiment d'Infanterie le 9 octobre 1907. A la fin de son service militaire, il est renvoyé dans ses foyers le 25 septembre 1909 avec le certificat de bonne conduite.

Employé au Chemin de fer, il est classé "non affecté" de la Compagnie de Chemin de fer de la Ceinture – celle de Paris, en tant qu'homme d'équipe.

Le 11 juin 1910, à la mairie du 19ème arrondissement de Paris, Auguste Adrien épouse Marguerite Emelie Elise LEBLOND, native, comme lui, de Caudebec-en-Caux. Elle est sans profession et âgée de vingt-trois ans.

Auguste Adrien effectue ensuite une première période militaire, du 14 au 27 octobre 1910. Le 28 février 1912, il est affecté, en tant que réserviste, au Régiment d'Infanterie "Falaise-Paris", dans les faits, le 5ème R.I. Et puis la guerre éclate et Auguste Adrien rejoint l'armée le 4 août 1914.

Auguste Adrien est blessé le 31 mai 1915 à la Neuville-Saint-Vaast, dans le Pas-de-Calais. Il est cité à l'ordre de la Division, n° 5 : "Faisait partie d'un détachement chargé d'un coup de main de nuit – a fait preuve d'une grande bravoure pendant la durée de l'opération au cours de laquelle plusieurs Allemands ont été abattus et 5 autres faits prisonniers".

Le Journal des Marches et des Opérations du 129ème Régiment d'Infanterie, celui du Havre où serait affecté Auguste Adrien – source : sa fiche matricule, n'est pas très éloquent sur ce fait d'éclat… "30 mai – Dans la journée du 30, conformément à l'ordre général d'opération n° 305 de la 5ème D.I., la 53èe D.I., à laquelle le régiment s'appuie à droite, doit attaquer la région du "Labyrinthe". A gauche, le 36ème essaiera de progresser dans la Neuville-St-Vaast. La préparation d'Artie a commencé dans la journée du 29 et se poursuit dès le 30, au matin. Dans la nuit du 29 au 30, l'ennemi canonne avec violence, avec des obus de 210, 77 et 105, nos tranchées de 1ère ligne. Le Ss Lieutnt Guillerme, 9ème Cie est tué par un éclat d'obus, le 29 soir, vers 23 heures dans la tranchée, au moment où il plaisantait avec ses hommes pour soutenir leur moral, 2 hommes sont avec lui, très légèrement atteints. En vue d'arrêter, le cas échéant une contre-offensive de l'ennemi, deux Cies du 1er Bn (Vignolet) en réserve sont approchées du poste de Commt du Colonel, boyau de l'Elbe. Un peloton de la Cie Bidault, 5ème Cie est rapprochée dans la même intention en arrière de notre droite, dans le boyau de la Vistule. L'action de la 53ème D.I. est arrêtée en fin de journée et les unités du Régiment, déplacées en vue d'un mouvement éventuel, regagnent leurs emplacements respectifs. Au cours de la nuit, l'ennemi arrose, avec intensité, le secteur d'obus de tous calibres". Suit une liste de blessés et de tués dans laquelle ne figure pas le nom d'Auguste Adrien SÉHET ! "31 mai – Droite, arrosage général et intensif (obus de tous calibres) du sous-secteur, plus particulièrement de la Cie établie entre le cimetière et la tranchée de départ. Gauche, arrosage général et intensif, obus de tous calibres." Là encore, une liste de noms de blessés dont ne fait pas partie Auguste Adrien.

Le Journal des Marches et des Opérations de la 53ème Division n'est pas plus précis… : "31 mai – L'ordre n° 835 du 30 mai à 23 heures, prescrit de poursuivre sans interruption les attaques en vue d'atteindre le front assigné comme objectif. Pendant la nuit, l'artillerie allemande effectue un violent bombardement sur le front occupé ou conquis par nos troupes. A 2 heures, une contre-attaque allemande réussit à reprendre une partie de la tranchée conquise. L'ordre général n° 176 fixe les conditions de la lutte à entreprendre : actions continuelles d'infanterie en liaison avec l'artillerie…"

Toujours est-il qu'il est blessé ! Par la suite, il change régulièrement de régiments : affecté au 36ème Régiment d'Infanterie le 27 septembre 1915, au 27ème Régiment de Dragons le 26 juillet 1916. Nommé Brigadier le 11 octobre 1916, son régiment est ainsi cantonné : "E.-M. et 4ème Escadron à Guizancourt – 3ème et 2 pelotons du 2ème Escadron à Sentelies – 2 pelotons du 2ème et 3 du 1er à La Haye – 1 peloton du 1er au Moulin de St Romain et au Mies Taussac". Le 27ème Régiment de Dragons quitte ce cantonnement le 31 octobre 1916. Le 21 novembre 1917, Auguste Adrien rejoint le 64ème Régiment d'Artillerie.

Le 11 novembre 1918, l'Armistice est signé, c'est la fin de la guerre. Pourtant, Auguste Adrien n'est démobilisé que le 1er avril 1919 ! Il est âgé de 33 ans et 2 mois. Il a effectué un service militaire d'une durée totale de 6 ans 7 mois et 27 jours dont 4 ans 7 mois et 28 jours de guerre…

 Et là, commence son parcours du combattant pour faire reconnaître ses blessures… Le 9 juin 1921, la Commission de Réforme de la Seine le réforme "temporairement" et le propose pour une pension temporaire à 25 % pour "baisse de la vue de l'œil gauche, surdité incomplète à gauche et cicatrice de la région molaire gauche". Ce témoignage médical indique qu'il a été fortement touché à la face gauche. Le 9 novembre 1922, la même commission le réforme définitivement et le propose pour une pension temporaire à 50 % : "opacité du cristallin gauche, surdité oreille gauche, cicatrice jugale gauche avec reliquat fracture de l'os molaire".  Le 16 septembre 1924, la Commission spéciale de Réforme de Melun confirme la réforme définitive et le propose pour une pension temporaire à 55 % : "Opacité des deux cristallins, otite chronique et surdité gauche, tympans rétractés". Il n'est plus question de la cicatrice qui doit pourtant être visible…

Sainte-Assise

Auguste Adrien SÉHET est décoré de la Médaille Militaire le 16 septembre 1925. En décembre 1934, il vient s'installer à Sainte-Assise, hameau de Seine-Port. C'est une zone militaire au sein de laquelle il exerce le métier de chauffeur. Il reçoit le diplôme de la Victoire le 9 janvier 1935.

Son épouse, Marguerite Emelie Elise LEBLOND s'éteint à Seine-Port, en Seine-et-Marne, en 1936. Auguste l'a rejointe l'année suivante, le 26 janvier 1937.

Est-il possible d'écrire qu'il repose enfin en paix ? Oui, je souhaite que oui…

 

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