Marcel LORGNAT - Source Gallica

"Le Petit Journal" dans son édition du 18 janvier 1919, fait paraître un article pour le peu étonnant "L'As Fantôme". L'article est accompagné d'une photo de l'As ! Mais, qui est-il ?

"Elle n'est pas sans gaîté cette histoire d'aviateur que nous voyons se dérouler depuis quelques mois avec une certaine curiosité. Les exploits du "bon pilote" Marcel LORGNAT, enregistrés dans les notes qu'adressai aux journaux son chef d'escadrille, le Lieutenant, devenu Capitaine, LEMAÎTRE. Le brave Marcel LORGNAT se jouait des accidents et c'est avec la même virtuosité qu'il s'attaquait aux records de durée, de distance et d'altitude.

Le malheur était que l'existence même de ce recordman semblait problématique et, souvent, les communiqués de son excellent chef restaient inédits. Le Capitaine LEMAÎTRE, avec une persévérance remarquable, n'en continuait pas moins l'envoi.

Voici, par exemple, ce que nous recevions de lui le 15 août dernier : "L'appareil à bord duquel, mercredi dernier, à Combs-la-Ville, les aviateurs Marcel LORGNAT et DEVIENNE étaient victimes d'un accident, avait été saboté.  Victime depuis quelque temps de chute sur chute (sic), LORGNAT a tenu à se rendre compte de ce qui se passait. Un mécanicien arrêter a avoué son infortuné forfait." "Je finirai par me tuer," disait LORGNAT, "si ces procédés incompréhensible continuent". C'était signé du Lieutenant LEMAÎTRE, Escadrille 469 au C.R.P., sur papier et enveloppe à en-tête, la lettre bénéficiant ainsi de la franchise postale."

Un journaliste est donc dépêché à Combs-la-Ville, en Seine-et-Marne, pour retrouver cet As ! A sa descente en gare, il demande à ce qu'on lui indique le chemin pour aller au camp d'aviation. "Quel camp ?" demande le chef de gare "Il y a bien un camp, mais à Moissy-Cramayel, vous devez descendre à la station suivante !"

La gare suivante est celle de LIeusaint-Moissy. Le journaliste distingue des lumières dans la plaine. Il se dirige vers elles et aperçoit, bientôt, au tournant d'un petit bois, la silhouette trapue de grands hangars fermés. Les officiers logent dans une villa au bord de la route : il les trouve attablés dans une grande pièce "originalement" décorée. Tous se lèvent à l'arrivée de ce civil… Le journaliste se présente et demande :

-          Je cherche un pilote…,

-          Marcel LORGNAT ? complète un lieutenant,

-          Lui-même.

 Là, un éclat de rire général interrompt le dialogue. Sans être extrêmement surpris, le journaliste attend des explications…

"D'abord, on ne l'a jamais vu. C'est en mai 1918 que les aviateurs du camp de Moissy-Cramayel, qui venait d'être installé, ont commencé à entendre parler de lui : un accident mortel venait de de produire. Deux jours après, on annonçait que Marcel LORGNAT venait de se tuer à Combs-la-Ville. Il devait se tuer deux fois encore, précise le Capitaine qui commande le camp, toujours à Combs-la-Ville, à la suite d'accidents survenus à Moissy-Cramayel. Marcel LORGNAT ne devait pas s'en tenir là. Ressuscité pour la troisième fois, il se lançait dans de splendides expériences de transport aérien, effectuant de multiples parcours."

Le Capitaine avait fait faire des recherches. Le sous-secrétariat à l'Aéronautique a répondu qu'il ne connaissait aucun Marcel LORGNAT, la réponse est la même concernant le Capitaine LEMAÎTRE de l'escadrille C-469. Cette dernière est d'ailleurs dissoute depuis longtemps.

Le portrait publié de LORGNAT, suite à l'envoi du Capitaine LEMAÎTRE pose problème : qui est-il réellement ? Et puis, quel est le mystérieux Lieutenant, puis capitaine, LEMAÎTRE ?

Les patronymes et les prénoms ont-ils été réellement inventés ? Toujours est-il, que, à chaque "accident" d'avion sur le camp de Moissy-Cramayel, le Lieutenant/Capitaine LEMAÎTRE adressait un écrit au journal.  Personnage résidant donc dans la région de Moissy-Cramayel, bien au fait des exploits des aviateurs, et surtout d'un regard particulier sur ces faits tragiques…