Pouvions-nous croire que la justice allait s'arrêtait là ?  C'est sans compter sur le Commissaire du Gouvernement qui relance la recherche du fugitif PELISSIER, fin 1925…

Paul Xavier PELISSIER naît le 21 juin 1890 à Salon-de-Provence, dans les Bouches-du-Rhône.

De la classe 1910, il a obtenu un sursis pour études pour l'année militaire 1911-1912. Appelé à l'activité le 10 octobre 913, il manque à l'appel et est classé dans les délais ledit jour jusqu'au 3 janvier 1914. Déclaré insoumis le 4 janvier 1914, il est rayé des contrôles de l'insoumission le 10 janvier suivant comme ayant été arrêté le 9 janvier ar la Sûreté de Marseille. Il est incorporé le 9 janvier 1914, sous le numéro matricule 54 au bureau de recrutement de Digne, Bouches-du-Rhône, et rejoint le 141ème Régiment d'Infanterie.  Il est porté déserteur dès le 23 février 1914 par décision du Général Gouverneur commandant la XVème Région militaire.

"Paul Xavier PELISSIER a travaillé de 1907 à 1911 en qualité d'élève en pharmacie dans deux pharmacies d'Aix-en-Provence. Professant déjà, à l'époque, des sentiments anarchistes, il collaborait à un journal de Marseille dont le titre n'a pu être connu. Jusqu'en 1914, son domicile était à Aix, 10 rue du Louvre. […] Il est marié et père de famille et résidait, pendant la guerre, à Barcelone, 40, Calle de Condal. Il y a été condamné sous le nom de PELISSIER-CARBUCCIA, en complicité avec un nommé DEGLI Exposito […] IL passait aussi, à l'époque pour un anarchiste militant et dangereux et était aussi soupçonné de pratiquer la contrebande. […] Il passait, durant les hostilités, pour être l'âme du mouvement gallophobe et germanophile dans ce pays".

 En vue de l'arrestation pour jugement de Paul Xavier PELISSIER, le Substitut du Procureur près le Conseil de Guerre de la Xième Région militaire avait délivré, le 30 mai 1917, un mandat d'arrêt contre ledit PELISSIER. Mais, le 9 novembre 1925, le Commissaire du Gouvernement près le même Conseil de Guerre, constate que ledit mandat n'est jamais paru dans le Bulletin Hebdomadaire de la Police Criminelle.

 Dans le Bulletin Hebdomadaire de Police Criminelle du 7 décembre 1925 paraît un avis de rechercher concernant le prévenu PELISSIER. "85.518 – Il y a lieu de rechercher, pour exécution de peine, le nommé PELISSIER (Paul Xavier), né le 21 juin 1890, à Salon (Bouches-du-Rhône), fils de Antonin Paul et de Carbuccia Madeleine, condamné par contumace par le Conseil de Guerre de la Xie Région, en date du 25 janvier 1918, à la peine de mort et à la dégradation militaire pour trahison. Signalement : 1 m. 65 c. environ, cheveux blond moyen, yeux marron foncé, front vertical, nez vexe, sinueux, visage ovale, teint coloré. A été condamné en juillet 1917, en Espagne, à cinq ans de travaux forcés pour détention d'explosifs dans un but révolutionnaire. En cas de découverte, prière d'aviser M. le Commissaire rapporteur près le Conseil de guerre de la XIe Région à Nantes et le Contrôle général des Services de Recherches judiciaires". Le Commissaire du gouvernement juge même qu'il ne serait pas opportun de faire la publicité de ces faits historiques trop récents…

 Le 7 avril 1926, suite à cet avis de recherche, le Ministre des Affaires Etrangères avise le Ministre de l'Intérieur sur le fait que Paul Xavier PELISSIER réside à Tanger, au Maroc, depuis le mois d'août 1921. Afin d'obtenir une extradition dudit PELISSIER, les autorités de justices militaires et/ou civiles doivent faire parvenir les pièces du dossier au Consulat de France.

 Paul Xavier PELISSIER est arrêté le 17 juin 1926. La procédure applicable est désormais la suivante : Paul Xavier est incarcéré à la prison de Nantes, en Loire-Atlantique, le Général commandant la 11ème Région Militaire ordonne la réunion d'un nouveau Conseil de Guerre qui devra statuer sur la véritable identité de l'intéressé, entendre l'intéressé sur les charges relevées contre lui et rendre un jugement final.

 Après avoir demandé au 141ème Régiment d'Infanterie si ledit PELISSIER faisait toujours partie de ses effectifs, le Commissaire du Gouvernement a reçu pour réponse de "s'adresser au bureau de recrutement de Digne". Etonnante réponse lorsque l'on sait que l'article 7 de l'Instruction Ministérielle du 21 mars 1906 stipule que "les militaires déclarés en état de désertion continuent à figurer sur les registres matricules du Corps…".

 Au vu de toutes les pièces reçues, entre autres l'état signalétique des services de PELISSIER qui constate que ce dernier est toujours affecté au 141ème Régiment d'Infanterie, le Commissaire du Gouvernement statue sur le fait que c'est le Conseil de guerre de la XVème Région qui a compétence pour la reconnaissance de l'identité du prévenu.

L'article 180 du Code de Justice militaire, dans son deuxième paragraphe, énonce "[…] la reconnaissance de l'identité d'un condamné par un Conseil de guerre, évadé et repris, est faite par le Conseil de guerre de la circonscription où se trouve le Corps dont fait partie le condamné". Il est absolument nécessaire de connaître le régiment d'appartenance de Paul Xavier PELISSIER en 1926 !

 Toutes ces notes ont été trouvées dans le dossier de Joséphine Manuela ALVAREZ qui a été fusillée. Mais rien d'autres comme renseignements concernant Paul Xavier PELISSIER. Qu'est-il devenu ? S'est-il de nouveau évadé ? A-t-il été condamné ? Toujours est-il qu'il n'a pas de dossier de fusillé sur le site Mémoire des Hommes…

Il s'avère que, dans ce jugement, les seules qui aient chèrement payé la trahison sont les deux femmes : Joséphine ALVAREZ et Victorine FAUCHER !...