Joséphine ALVAREZ, Victorine FAUCHER et Gustave GITTON doivent répondre de leurs actes. Quels sont-ils ?...

Le 22 janvier 1916, deux femmes aux mœurs spéciales, à la vie de prostitution et d'expédients, Joséphine ALVAREZ et Victorine FAUCHER, passent la frontière espagnole à Cerbère, dans les Pyrénées Orientales. Sans passeport, sans un sou, elles rejoignent Barcelone. Dès leur arrivée, Joséphine Manuela essaie d'échanger des titres au porteur : pas de chance pour elles, volés, ces titres étaient frappés d'opposition. Les deux femmes sont arrêtées et jetées en prison. La presse espagnole les décrit comme des femmes énergiques et anarchistes membres de la bande à BONNOT. Dès lors, l'espionnage allemand est intéressé par elles : elles correspondent aux personnes qui peuvent être "utilisées".

L'intermédiaire – recruteur et négociateur – chargé de mettre en relation les détenues avec les services ennemis n'est autre que Paul Xavier PELISSIER. Anarchiste militant et déserteur, il était passé en Espagne dès 1914. Tous les renseignements détenus sur lui le définissait comme le recéleur de tous les déserteurs et/ou espions français. Il promet aux deux femmes d'empêcher, grâce à ses relations, leur extradition vers la France, voire même : écourter leur détention. Les frais de leur affaire ont été réglés par "la Banque Transatlantique Allemande".

Les trois acolytes s'installent au 40, Calle Condal, domicile de PELISSIER à Barcelone. C'est là que Joséphine et Victorine sont contactées par Albert HORNEMANN, un des chefs de l'espionnage allemand qui, pour les se les attacher, leur remit la somme de 2 000 francs. Par la suite, elles se rendirent, ensemble ou séparément, plusieurs fois dans les bureaux des services d'espionnages allemands, au Ronda san Pedro.

Et elles acceptent leur première mission !

Dans un premier temps, dans "les milieux anarchistes et libertaires, Joséphine et Victorine devaient créer une atmosphère d'agitation, stimuler les ferments de révoltes de manière à développer, par la suite, dans l'opinion publique, le mécontentement que pouvait provoquer la longueur de la guerre, les sacrifices, les difficultés de la vie ; arriver finalement à l'éclosion de mouvements révolutionnaires susceptibles d'influencer notre Gouvernement dans le sens de la paix". Elles devaient aussi participer "à une énergique propagande anti-anglaise" en faisant imprimer une brochure d'opinion hostile à l'Angleterre. Elles devaient aussi rapporter, en Espagne, toutes les informations relatives à la Guerre qu'elles auraient pu glaner ça-et-là. Enfin, si elles le pouvaient, récolter des informations sur les mouvements des navires, sur les stocks de charbon et sur ceux des munitions dans les usines.

Les informations seraient adressées, sous double enveloppe, à un certain M. LAPORTE, demeurant au Perthus, dans les Pyrénées Orientales D'après les dires de Victorine FAUCHER, c'est bien Paul Xavier PELISSIER qui faisait office de vaguemestre à Barcelone.  Pour leurs services, elles ont reçu, par deux fois, la somme de 2 000 francs ; ces sommes leur parvenaient par retour, par le même chemin, PELISSIER-LAPORTE.

L'affaire entendue avec les services d'espionnages allemands, ls deux femmes vinrent s'installer dans le petit village de la Pironnière, près des Sables-d'Olonne, en Vendée. Elles étaient hébergées par les époux GITTON. Depuis leur base, Joséphine et Victorine papillonnèrent à Nantes, Saint-Nazaire, Lorient, Quimper et Brest, en se faisant remarquer pour leurs idées anarchistes. En mars 1917, Joséphine, seule au domicile GUITTON, accueillit leur fils, matelot à bord de "l'Enseigne Roux", et l'entretint de propos "criminels" : désertion vers l'étranger et de rejoindre ledit PELISSIER. GUITTON ne déserta pas mais adressa un courrier à PELISSIER en lui indiquant la route de son navire ! Quelques jours plus tard, ce courrier était dans les mains du Ministère de la Guerre…

Quels sont tous les renseignements fournis ? Nul ne sait mais… Au vu de la durée pendant laquelle Joséphine et Victorine ont travaillé pour les Allemands, ainsi que la somme de 9 500 francs perçues en sept mois, "il est tout à fait logique d'admettre que les informations fournies ne revêtaient nullement l'insignifiance qu'a prétendu Victorine FAUCHER".

En janvier 2017, n'ayant pas reçu de paiement, les deux femmes crurent avoir mécontenter les Allemands. Victorine fit une demande de passeport, qu'elle obtint facilement – les services de Sûreté la surveillaient déjà. Munie du cher document, elle partit en Espagne chez PELISSIER, perçut l'argent qu'elle envoya de suite aux époux GUITTON. Se sentant tout de même surveillée par les Français, elle fit passer un courrier à Joséphine lui demandant de rejoindre l'Espagne au plus vite. Le 19 mars 1917, Joséphine est arrêtée en gare de la Roche-sur-Yon, en Vendée. Dans le même temps, PELISSIER était arrêté en Espagne pour détention d'explosifs. Victorine, passant pour l'amie de PELISSIER, est arrêtée… Une perquisition au domicile de PELISSIER avait amené la saisie de 200 cartouches de dynamite et autres substances dangereuses. Dès juillet 1917, il est condamné à 5 ans de travaux forcés.

C'est ainsi que seuls Gustave Roger GITTON, Joséphine Manuela ALVAREZ et Victorine FAUCHER sont présents lors de la comparution devant le Conseil de Guerre…