Il y a toujours eu et, malheureusement, il y aura toujours des abandons de bébés. Ce qui est triste c'est lorsque la décision qui est prise est définitive, sans retour en arrière possible…

Cela se passe en 1921, le 31 mars, dans la commune de Mary-sur-Marne, en Seine-et-Marne.

Amélie JOSSET, trente-et-un ans, et son amie, Juliette FELDER, trente-et-un ans, toutes les deux blanchisseuses, travaillent à bord du bateau-lavoir. Elles papotent sûrement tout en battant le linge lorsqu'elles aperçoivent ce paquet, là, dans l'eau. Une couverture grise et blanche bien attachée avec une corde…

Elles ouvrent le paquet et là, stupeur, elles découvrent un nouveau-né, tout nu : c'est une petite fille. Apparemment bien constituée, mais nue ! "Ni linge, ni effet, ni papier imprimé, ni aucun indice pouvant permettre d'établir l'identité". Le corps qui paraissait avoir séjourné quelques temps dans l'eau a été remis au garde-champêtre, M. GUIGNARD, vers deux heures de l'après-midi.

Mary-sur-Marne (77), le château et le bâteau-lavoir

Le maire de la commune, M. Albéric SIBILLE, enregistre l'acte de décès le même jour trois heures plus tard.

Je dis toujours qu'il faut parler des morts, sinon, c'est comme s'ils n'avaient jamais existés. Mais là, comment parler de cette petite fille ?... Alors je m'interroge… Je suis sûre que c'est la mère qui s'est séparée de son enfant, qui a se séparer de son enfant. Cela ne peut pas être autrement ! Mais… pour quels motifs ?

 Trop jeune ? Trop pauvre ? Hors mariage ? Une bouche de trop à nourrir ?... Il y en a des explications plausibles ! Il y en a tant ! Mais, le fait est là : cette petite fille est restée dans le ventre de sa maman, est née et a été tuée ! Elle n'aura même pas de prénom : "enfant inconnue décédée trouvée dans la Marne". Voilà l'inscription de cet acte numéro 4 de l'année 1921…

De nos jours, il serait fait état du déni de grossesse, il y aurait une recherche d'ADN, une enquête quoi ! Mais, là, au sortir de la Première Guerre Mondiale, dans une commune dévastée, en ruines, ce n'est pas la mort de ce bébé qui va occuper les esprits… Les langues, peut-être, au bateau-lavoir…