Ou comment être triste… Si triste ! Je visite de nombreuses nécropoles militaires et, chaque fois, la tristesse m'envahit… Que de plaques où il est inscrit "inconnu", que de plaques sans qu'il soit possible de savoir qui est là…

Nécropole de Vauxaillon (c) C. MENOT

Oui, pour moi le Centenaire de la 1ère Guerre Mondiale ne signifie pas "me montrer aux endroits qu'il faut" mais bien, "va chercher qui il étaient"… Donc, chaque fois que je peux, je visite ces lieux de paix, ces lieux où la religion, la couleur de peau, la région d'origine ne signifient plus rien ! Peu importe qu'ils aient été de la Métropole ou des colonies, peu importe : ils sont Morts pour la France !... Morts pour qu'aujourd'hui nous puissions vivre dans notre beau pays ! Morts pour que nous puissions être libres et décider de nos vies…

Alors, lorsque je lis tant et tant de fois "Inconnu", que ce soit sur l'emplacement d'un athée, d'un catholique, d'un juif, d'un musulman, je me dis que c'est encore pire ! Pire s'il peut en être ! Pire car personne ne songera, un jour, venir se recueillir devant cette plaque. Qui le pourrait ?... Une recherche sur la base de Mémoire des Hommes est impensable… Donc, personne ne saura jamais, qui, derrière cette plaque, a donné sa vie pour nous et les générations futures !...

Vauxaillon

Il y en a d'autre aussi, ou leur nom est là, écrit très lisiblement mais qui sont Mort pour la France sans autre détails que leur nom de famille… J'ai un nom "GERNU"… Mais, s'il a bien une croix dans le cimetière militaire de Vauxaillon, dans l'Aisne, il est inconnu de la base de Mémoire des Hommes. Il n'y a même pas le régiment, alors GERNU qui ?... Qui l'a cherché à la fin de la guerre ? Qui l'a pleuré sans savoir où il reposait – ni même s'il reposait – en paix ?...

Et cet autre : BISCHER Elisa… Il appartenait au R.M.L.E. – Régiment de Marche de la Légion Etrangère. Oui, il est là, il repose en paix… Sauf qu'il est introuvable dans la base de Mémoire des Hommes… Une recherche sur Filae, une autre sur Geneanet, mais rien ! Impossible de savoir d'où il vient, quel âge il avait, était-il marié, avait-il des enfants ?...

 

Il reste la consultation des Journaux de Marche et des Opérations… Quel parcours du combattant pour aboutir aux fameux journaux… Je n'ai pas beaucoup de précision : les dates sur les autres croix oscillent entre le 4 et le 9 septembre 1918.  Le premier journal que j'ouvre annonce 234 pages ! Bien, je vais directement commencer par la fin (le 5 septembre), en reculant page à page, je devrais avoir quelques infos… Allez, le moral en berne car le journal est totalement dactylographié, d'une précision à faire peur quant aux détails des actions des brigades… Le second journal est manuscrit, et comme bon nombres de journaux, rédigé au jour le jour. Vers le 15 septembre, il semblerait que le rédacteur ait changé. Il y a plus de noms de personnes, même si, souvent, ce sont pour citer les officiers… Je suis arrivée, dans la lecture, au début du mois d'octobre 1918 où tout est calme, aucune perte à déplorer sur la première quinzaine.

Mais alors… Qui sont GERNU, BISCHER Elisa, et tous les autres ?... Une lecture des Registre de Corps de Troupe s'impose !... Mais, trouverai-je vraiment ces renseignements ?

Dans un carré de cette nécropole reposent des soldats Morts pour la France lors de la Seconde Guerre Mondiale. Cela m'attriste encore plus… Et là, la petite voix de Jacky me rappelle : "En 1870, les Allemands sont venus là, nous ont battu ! En 1914, le croiras-tu ? Nous les avons laisser reprendre les mêmes positions et on a tellement souffert !... Mais en 1939, la leçon n'avait toujours pas été retenue ! Ils sont repassés aux mêmes endroits, ils ont pris les mêmes positions !". C'est bien vrai, puisque en 1914-1918 comme en 1949-1945 des soldats sont tombés, là ! Aux mêmes lieux !

J'ose espérer que le terme "Seconde" Guerre Mondiale n'a pas été vainement utilisé ! J'ose croire que jamais plus personne n'aura à connaître ces situations, ces morts… Mais je ne suis sûre de rien, car, certes, il n'y a pas de guerre en Europe, mais dans le Monde, c'est une autre Histoire…