Il y a déjà quelques années – au moins une dizaine – j'ai participé à la création d'une exposition sur la gare de Moissy-Cramayel (77). Nous avions beaucoup de documents et d'informations à présenter mais… je ne connaissais pas encore la série S !...

J'ai devant moi la cote 9 S 76 et le titre sur la chemise du dossier est "Terrains à acquérir pour l'établissement de la ligne de Paris à Dijon". Là, je sens bien que cela ne vous parle pas… Mais si je vous dis que c'est la ligne du PLM – Paris Lyon Méditerranée – tout de suite, c'est mieux…

Gare de Lieusaint (77) - (c) G. VERNEY-BUISSON

Ici, à Moissy, tout le monde sait que la ligne de chemin de fer a été établie sur le territoire de la commune de Lieusaint, 77, juste en limite de séparation des deux communes. Mais, cela a tout de même impacté la commune de Moissy pour la bonne raison que des propriétaires ont été expropriés en vue du passage de ce chemin de fer tant convoité…

Le 17 avril 1846, la commission décidant de ces expropriations s'est réunie à l'Hôtel de la Préfecture, à Melun, pour définir le tracé définitif de cette ligne. Etaient présents : le Baron DESPATYS, secrétaire général de la Préfecture, le Duc de PRASLIN, Pair de France, et M. REBOUL, membres du Conseil général, MM. RABOURDIN et BEZY, membres du Conseil d'arrondissement, M. DESFORGES, maire de Moissy-Cramayel, M. JULLIEN, Ingénieur en chef des Ponts et Chaussées du Chemin de fer de Paris à Lyon et, enfin, M. DUFRESNE, Ingénieur des Ponts et Chaussées, chargé de l'arrondissement de Melun.

La commission prend connaissance de tous les documents ayant d, légalement, être publiés : l'insertion de l'avis d'enquête publique dans le journal "L'indicateur général", en date du samedi 2 mai 1846, l'attestation par maire de la commune de ladite parution, en date du 5 mai suivant, et le procès-verbal attestant que l'enquête communale est restée ouverte du 1er au 9 avril 1846.

La commission prend ensuite connaissance des plans, des nivellements, des états parcellaires et des notices explicatives qui accompagnent chaque document. Il y a six dossiers distincts : A, B, C, D, E et F. – Je ne peux ici vous donner de photo de ces plans et autres documents, je n'ai pas l'autorisation des Archives départementales. Mais ce sont des plans très clairs, très nets, au tracé précis et dans un bon état de conservation. J'y a ai vu le tracé de la ligne en elle-même ainsi que les coupes des passages à niveau situés sur le territoire communal –

Ensuite, la commission enregistre les "dires" c'est-à-dire les réclamations, les demandes, qui ont été formulées lors de l'enquête publique…

1 – MM. Casimir François BOURNET, négociant à Paris, DEPUILLE, médecin à Moissy, Augustin DAULAS, cultivateur à Moissy, Henry LAINVILLE, propriétaire à Melun, Charles Prosper AUBERGÉ, propriétaire à Moissy, Adolphe VAURY, cultivateur à Moissy et BOULA, comte de NNATEUIL, propriétaire à Moissy, demandent l'établissement d'une station de voyageur au point où le chemin de fer coupe la route départementale n° 10 – celle de Brie-Comte-Robert, 77, à Corbeil, 91.

2 – M. Louis LHERMINOT, propriétaire à Savigny-le-Temple (77), demande l'acquisition de la partie de sa parcelle laissée en dehors de la zone occupée par le chemin de fer.

3 – M. BOULA, comte de NANTEUIL, propriétaire de la ferme de Chaintreaux, demande qu'il soit établi un passage à niveau par-dessus le chemin de fer, afin qu'il puisse communique de la ferme à ses terre, situées de l'autre côté de la voie projetée.

4 – Le Conseil municipal de la commune de Moissy-Cramayel, dans sa délibération du 9 avril 1846, réclame avec insistance, une station de voyageurs – comme la 1ère demande ci-dessus – en précisant que cette station délivrera les communes de Lieusait, Moissy-Cramayel, Grégy, Evry-les-Châteaux, Réau, Limoges-Fourches, Lissy, Soignolles, Champdeuuil Crisenoy, Ozouer-le-Voulgis, Yèbles, Saint-Germain-Laxis, toutes des communes situées à l'ouest de la commune, sauf celle de Lieusaint qui est une commune limitrophe à l'est.

La commission décide que pour la demande de M. LHERMINOT, c'est la loi du 3 mai 1841 qui a statué, et que celle réclamant une station de voyageur reçoit un avis favorable et qu'il y aura modification immédiate des plans. Quant à M. BOULA, comte de NANTEUIL, sa demande est rejetée au prétexte que c'est un intérêt privé.

Après délibération, la commission émet le vœu qu'une station de voyageurs soit construite à l'emplacement proposé pour une gare d'évitement sur le territoire de la commune de Lieusaint.

Le 27 avril 1846, lors d'une nouvelle réunion de la commission, M. JULLIEN, Ingénieur en chef, observe que tous les terrains nécessaires à la construction des maisons d'habitation des gardiens des passages à niveau n'ont pas été portés sur les plans parcellaires et demande à la commission de toute de même statuer sur la nécessité de l'acquisition desdits terrains. Sont concernés deux passages à niveau : celui de l'avenue de Chaintreaux et celui de la Route royale n° 5, de Paris à Genève. La Commission émet un avis favorable. La surface des terrains à acquérir dans la commune est de 6 ha 80 a 23 ca. Ces terrains serviront à l'établissement du chemin de fer, ses banquettes – système de stabilisation des accotements – et ses fossés, à l'extraction des terres nécessaires à l'exécution des remblais et au dépôt des déblais en excès.

Gare de Lieusaint-Moissy (77) - (c) G. VERNEY-BUISSON

C'est donc ainsi, après de nombreuses réunions, discussions et expropriations que la ligne de chemin de fer est arrivée sur le territoire communal de Lieusaint… Mais ce n'est qu'en 1909, après de nombreuses batailles de la municipalité de Moissy-Cramayel – que, moyennant la somme de deux cents francs de l'époque, la gare prend le nom de Lieusaint-Moissy !

A l'époque de l'installation de cette ligne, les voyageurs étaient trop heureux de pouvoir se déplacer par ce moyen de locomotion plus rapide… 

Depuis, la ligne a été électrifiée, doublée avec une voie pour le TGV et desservie désormais par la ligne D du RER. Aujourd'hui, jour de canicule, une pensée à tous ces voyageurs qui montent travailler dans la capitale : pas de climatisation à bord… Les progrès sont très lents, trop lents, mais ils existent… Bon courage à vous !