Non, ne froncez pas les sourcils ! Certes, le Parti Socialiste d'aujourd'hui a été fondé en 1969 mais… il y avait bel et bien des socialistes dans le canton de Brie-Comte-Robert aux élections du 14 juillet 1855 ! L'historique du Parti Socialiste donne les débuts des socialistes dans la première moitié du XIXème siècle. La découverte de cette cote, M 557 aux Archives de Seine-et-Marne est donc intéressante…

Le 22 juin 1855, M. le Ministre Secrétaire d'Etat au département de l'Intérieur, M. BILLAULT, adresse une circulaire à tous les préfets, circulaire dont un extrait suit : "Les élections municipales occupent dans l'ensemble des institutions du pays une place considérable, mais renfermées dans le cercle des intérêts purement communaux, elles n'affectent pas l'administration générale au même degré que l'élection des Conseils de département, et ne vous imposent pas, dans leur direction, des devoirs aussi étendus. Votre action ne doit s'y faire sentir qu'avec réserve et là seulement où la lutte menacerait de prendre les proportions et le caractère d'une question d'ordre public…"

Le 5 juillet 1855, dans un courrier qu'il adresse à tous les maires du département, le Préfet de Seine-et-Marne, M. A. de BOURGOING, rappelle quelques règles. "Les élections des 14 et 15 juillet étant renfermées dans le cercle des intérêts purement communaux, c'est à vous qu'il appartient d'éclairer les électeurs et de leur faire comprendre de quelle importance il est que les conseillers municipaux appelés à vous seconder vous soient unis par des liens communs de dévouement et de sympathie, et apportent à votre administration l'influence légitime que donnent les fonctions publiques, quand elles sont exercées avec impartialité, zèle et dignité".

rappel 1

Quelques lignes, il parle même d'abstention, en ce qui concerne le vote desdits maires, bien évidemment ! "MM. les maires, faisant de droit parti du conseil municipal qu'ils président, n'ont pas besoin de demander à l'élection un mandat qu'ils tiennent de la loi et de l'Empereur. Leur abstention aurait d'ailleurs l'avantage de doter le conseil d'une représentation plus complète. Cette abstention ne saurait être ici l'objet que d'une simple invitation ; toutefois, je dois vous le faire remarquer, messieurs, elle dérive d'un principe administratif et serait justifiée par des considérations d'intérêt général".

 

 

Les élections communales – renouvellement triennal –  ont donc eu lieu les 14 et 15 juillet 1855 et le Préfet attend un compte rendu de l'organisation, du déroulement et des résultats de ces élections.

élections 1855

Le premier compte-rendu que je découvre est celui du Juge de Paix, M. BERNARDIN, de Brie-Comte-Robert, chef-lieu de canton dans l'arrondissement de Melun. "A Brie, il s'est produit un fait que je crois devoir vous signaler. Depuis l'avènement de l'Empire, le parti socialiste s'était tenu à l'écart et on pouvait croire, sinon qu'il avait renoncé tout à fait à ses projets ou à ses espérances, au moins qu'il s'était résigné à se faire oublier. Mais, à l'occasion des élections municipales il s'est montré ostensiblement et avec toute son activité, le dernier il est vrai, mais il y est arrivé". Mais, pourquoi ce sursaut ? Qu'est-il arrivé ? Le maire se justifie auprès du Préfet en expliquant bien que l'administration avait présenté les membres sortants du conseil mais que les cultivateurs, quasiment tous, avaient monté une liste. Ces derniers avaient annoncé que s'ils entraient au conseil, ils proposeraient l'établissement d'un octroi. Il n'en fallut pas plus pour que M. LEBLOND, son parti socialiste et les commerces montent aussi une liste. "Les quatre noms de la liste sont passés à une grande majorité. Je me hâte de dire que sur ces quatre noms, celui de M. LEBLOND est seul à regretter", écrit le juge qui poursuit "Sous la République, M. LEBLOND était au conseil municipal ; lors de l'avènement de l'Empire, il a fallu prêter serment et il a adressé sa démission au maire". L'inquiétude du maire, peut-être justifiée, est de savoir s'il acceptera de prêter serment cette fois-ci. "Quoiqu'il en soir, le fait de cette nomination est regrettable parce qu'il peut autoriser ce parti à se dire plus de partisans qu'il n'en a réellement. La grande majorité de ceux qui ont eu la faiblesse de se laisser entraîner et de céder à la peur du fantôme de l'octroi, sont loin de partager les principes politiques de ceux qu'ils ont pourtant élu".

Le juge poursuit sa plaidoirie en parlant des communes de son canton et en relevant l'impact de la cabale socialiste.

Cette cote des Archives de Seine-et-Marne, M557, ne donnent aucune indication sur les conséquences des résultats de ces élections… Affaire à suivre ?...