La Révolution a eu lieu… Mais voilà que les querelles de meuniers viennent ennuyer les Administrateurs du Directoire du District de Meaux…

Moulin de Rougemont - Commune de Oissery (77)

André HERVAUX est meunier au Moulin de Rougemont, sur la commune d'Oissery, en Seine-et-Marne. Il explique que "un accident imprévu étant survenu à sondit moulin par la cassure et la brissure de son arbre tournant et de sa roue, il y a environ quinze jours…". Cela le met dans l'impossibilité de procurer de la farine à trois ou quatre communes environnantes et que ces "pauvres" citoyens sont obligés d'acheter leur farine à "grand frais dans d'autres moulines éloignés de plusieurs lieues". André HERVAUX demande donc, sans autres détours, que les Administrateurs du District réquisitionnent, pour venir travailler chez lui "le citoyen MEUSONA et son frère, garçons charpentiers travaillant actuellement à un moulin neuf que fait faire le citoyen CANDA à Meaux". L'excuse ou la raison qu'il donne ? "Enfin cous procurerez auxdits citoyens desdites communes environnantes ledit Moulin de Rougement, la douce jouissance de se procurer de la farine et leur épargné la grande dépense de s'en aller procurer à aux moins trois lieues".

Voilà une noble et louable attention que présente André HERVAUX. Mais, car il y a un mais, c'est sans compter la pétition adressée à ces mêmes Administrateurs du Directoire du District de Meaux…

Philippe DESPRES de la Ramée, COURTEAU de Marcilly, DUFAILY d'Etrepilly, CABARET de Tresnes, GUILLAUME de Laplace, et enfin, TATI et la veuve TATI de Congis exploitent tous un moulin sur la petite rivière de la "Troënes", rivière tirant la majorité de ses eaux du lac de Rougemont.

Un peu de géographie… La commune d'Oissery possède, en limite territoriale avec celle de Forfry, un étang, lui-même situé le long de la rivière La Thérouanne. En descendant le cours d'eau vers la Marne, il y a successivement les communes de Douy-la-Ramée, Marcilly, Etrépilly et celle de Congis-sur-Thérouanne. Elles sont toutes située en amont du lac de Rougemont. Il est donc certain que si la rivière est bloquée dès la sortie du lac de Rougemont, elle ne peut plus couler jusqu'à se jeter dans la Marne…

Ces meuniers adressent une première pétition, le 6 frimaire an III – 26 novembre 1794, dans laquelle ils expliquent que, André HERVEAU, ne pouvant travailler du fait de son moulin en panne, bloque l'eau au niveau de son étang et empêche, ainsi, les autres meuniers en amont à ne pouvoir travailler… Malgré une demande "cordiale" desdits meuniers, le meunier de Rougemont n'a pas débloqué les eaux. Les pétitionnaires relancent les Administrateurs du Directoire puisque rien n'a changé.

Voici la teneur de leur réclamation : "[…] rappellent à votre vigilance qu'à la première décade de frimaire, ils vous ont présenté mémoire expositif que le citoyen HEREAULT meunier au moulin de Rougemont étant le maître, de leur retenir les eaux dans la capacité d'un étang énorme, par envie, malveillance ou cupidité, […] appelé à votre tribunal pour rendre compte de cette mauvaise conduite, il est à présumer qu'il aura cherché à se justifier. Mais la vérité est que le citoyen HERVAULT n'ayant pas autrement la confiance du public, con moulin ne tourne tout au plus que douze heures dans vingt quatre et dans les douze heures vacantes il retient absolument toutes les eaux, ce qui nous force à une activité alternante dans les circonstances présentes et laisse un déficit de cinquante septiers de farine par jour. Ce qui excite déjà une fermentation d'inquiétude dans les communes qui nous avoisinent. […] Nous vous demandons donc, Citoyens, d'arbitrer dans votre sagesse les moyens prompts pour que nos moulins soient en activité continuelle comme ils devraient l'être. Cette mesure urgente de votre part intéresse la subsistance de toutes les communes environnantes et d'une partie de la commune de Paris". La pétition est datée du 8 nivôse an III soit le 28 décembre 1794…

Comme l'écrivent les pétitionnaires, André HERVEAU s'en était effectivement expliqué : "[…] que l'eau qui se trouve actuellement dans l'étang ne peut en ce moment lui procurer l'avantage de remplir le désir des citoyens qui sont obligés d'aller moudre leurs grains à d'autres moulins très éloignés et notamment à ceux de la commune de Meaux (vérité constante). L'eau qui se trouve actuellement audevant de la vanne du moulin n'est que la haueur de 18 à 20 poues y compris l'épaisseur de huit pouces de glace. En conséquence pou pouvoir convertir en farine la quantité de bled susdésignés, il se trouverait dans le cas de laisser son moulin au jacque en moins de deux décades au bout duquel temps il se trouverait réduit à moudre cinq à six septiers de bled attendu qu'il ne pouvait tourner qu'ne courant de l'eau de la petite rivière de Théranne qui procure de l'eau audit étang et qui en temps de gelée (comme il se trouve actuellement) se trouve beaucoup diminuée dans son volume".

Le 14 brumaire an VIII – 5 novembre 1799 – soit cinq longues années après les premiers tumultueux échanges, dans son rapport "sur les mesures à prendre pour terminer les contestations toujours renaissantes entre les propriétaires des moulins établis sur la Thérouanne, M. DHERBELET explique qu'il n'y a aucune règle imposée ni par la loi ni par les actes de propriété. Chaque meunier règle donc le débit de l'eau de la rivière au niveau de son moulin comme bon lui semble.

Il rappelle qu'il avait déjà été conseillé le nivellement de la rivière afin que le début soit favorable à tous, que treize moulins jalonnent la rivière depuis l'étang de Rougement jusqu'à la Marne, que la pente, répartie illégalement entre les moulins, est d'environ 29 mètres. S'en suit une présentation, moulin par moulin, des hauteurs de chute de chacun.

Le rapporteur rappelle aussi qu'il y avait bien eu une répartition des pentes six ans auparavant mais qu'elle avait plutôt occasionné des inondations destructives et que, de plus, il n'existe aucun bornage, ni repères constants pour délimiter les propriétés dans aucun acte officiel. Il présente donc les possibilités réelles d'inondation des terres touchant à la Thérouanne.

M. DHERBELET explique donc les mesures à prendre afin que toutes ces "justes réclamations" cessent : officialiser la répartition des pentes "dans l'intérêt des riverains et des propriétaires des moulins", imposer des repères constants de propriétés, imposant ainsi "toutes les hauteurs de chute et le niveau des déversoirs".

M. DHERBELET, rapporteur, poursuit sa démarche en expliquant qu'il serait aussi souhaitable que chaque propriétaire riverain de la Thérouanne, creuse un fossé au bout de son terrain, fossé qui pourrait recevoir les eaux pluviales et, ainsi, éviter les inondations…