Le dossier que j'ai demandé aux archives départementales – cote 2 Bp 445 – contient les enregistrements des sentences et règlements concernant la police générale du Bailliage de Brie-Comte-Robert, de 1749 à 1772.

bailliage

Le dossier n'est pas très épais : il faut dire que celui qui enregistrait écrivait plus que petit… Le papier était cher, il fallait donc faire attention. Dans ce dossier, il n'y a que 10 sentences pour 95 enregistrements. Et, sur les 95 enregistrements, 52 concernent le pain ! Mais qu'y avait-il d'autre ?... Dans un ordre décroissant d'enregistrements, les sujets sont : les chaumes, les cabaretiers, les volailles et les illuminations, et puis toute une série de sujets enregistrés une seule fois.

Une question : pourquoi autant de fois d'enregistrement sur le pain ? Simplement car le prix du pain était révisé régulièrement, qu'il soit blanc ou noir. Le prix était fixé par le bailli, voici un enregistrement du 5 septembre 1754 :

"Sur ce qui nous a été remonté par le procureur du Roy que le prix du bled … diminué depuis notre règlement du vingt-six janvier dernier qui fixe le prix du pain, est de son devoir de faire profiter les publics et particulièrement les pauvres de la diminution qui doit à la bonté de Dieu de procurer sur le prix du bled en diminuant aussi le prix du pain pour quoy il nous requiert pour … Sur quoy nous Bailly et juge susdit faisant droit au réquisitoire et aux conclusions du procureur du Roy que les extraits de la valeur des pains du marché de cette ville, nous avons taxée et fixé le prix de la livre de pain blanc à un sol six deniers, le tout bien cuit et de la bonne qualité, avons fait et qui sous de … aux boulangers et … de cette ville t tout autre de vendre leur pain à un plus bas prix que celui cy-dessus réglé à peine de cinquante livres…". En un mot, le prix du pain variait en fonction du prix du blé…

En plus grand nombre d'enregistrement, après ceux du pain, ce sont ceux des chaumes… Mais qu'est-ce donc ? Les chaumes, ce sont les parties de la tige des cultures, blé et autres, qui restent sur place dans les champs. Les règlements pris sont pour protéger les oiseaux, perdrix principalement, qui nichent dans ces chaumes et ne sont pas encore assez "grands" pour quitter ces protections. Il est donc interdit aux particuliers de couper cette chaume jusqu'à une certaine période : "le 20 août 1756 – […] il est donc nécessaire d'empêcher les particuliers de faire du chaume et autres fourrages dans les champs récoltés en la présente année jusqu'à ce que les perdreaux ayant acquis une certaine force […] Nous avons fait défendre aux habitants de cette ville, le faubourg dudit Brie et à tout autre de faire ny faire faire autres chaumes et fourrages sur les terres du domaine dudit avant le quinze septembre prochain à peine de dix lieues, demande de saisie, confiscation desdits chaumes et fourrages et autres instruments servant à faire lesdits fourrages et chaumes … de chevaux, voitures et bêtes asines qui serviront au transport acquis."

Un seul règlement concernant les taureaux : celle obligeant les propriétaires à entraver la course de ces bêtes, courses qui peuvent entraîner des accidents plus ou moins graves…

"Sur ce qui a été remonté par le Procureur du Roy que les taureaux estant naturellement méchant on ne saurait prendre trop de précaution pour prévenir les accidents qu'ils occasionnent assez fréquemment que plusieurs personnes et des animaux en ont été tués ou blessés, que les exemples se sont multiplier dans cette ville et dans les environs jusqu'à point que tout le public est dans une crainte mortelle à seule vue ou rencontre de ces animaux que les laboureurs qui par état et par nécessiter sonts obliger d'en voir d'une part, l'attention de s'en défaire desqu'ils apercoivent, qu'ils commencent à devenir mechant et qu'ils attendent toujours pour y remedier qu'ils ayent commis des delits et qu'on y ay portée des plaintes à la justice que comme la vie des citoyens est toujours exposer vis-à-vis de ces sortes d'animaux qu'il avait, qu'il est du devoir de son ministere de percevoir autant qu'il est possible les malheurs et les accidents que peuvent causer ces animaux qui par eux meme sont indomptables, pourquoy il requiert qu'il soit ordonnée et enjoint à tous les fermiers laboureurs et autres ayant des taureaux de incessament et dans le jour de la publication du jugement qui interviendra sur le présent requisitoire de leur faire mettre a la jambe droite de devant un morceau de bois appelée sabot de grosseur convenable et en état de pouvoir les empecher de courir, que défense leur seront faittes de les envoyer paistre ny sortir de lesurs estables quavec ledit sabot à peine de deux cent livres demandes et de tous dommages et int… de qui il appartiendra sur ce executée nonobstant a leui et plubliée surquoy Bailly et juge susdit faisant droit sur les conclusions du procureur du  roy nous rodonnons et enjoignons à tous fermiers laboureurs./. Le 17 septembre 1747".

Comme vous pouvez le constater, cette série est intéressante… pour mieux connaître la vie de nos ancêtres dans la paroisse ou juridiction dans laquelle ils résidaient ! Un plus pour l'Histoire familiale…