Je n'ai pas beaucoup de documents familiaux, pour diverses raisons : déménagements, séparations, éloignements, bref… Pas beaucoup d'informations hors mis celles transmises oralement, succinctes, nous ne posions pas de questions étant petits et les intéressés sont décédés !...

Par contre, je m'intéresse aux signatures. La première raison en est le fait que j'apprends, ainsi, si mon ancêtre savait tenir une plume et, au moins, dessiner un symbole. Si, en plus, il savait écrire son nom… je suis fière ! Oui, j'attache beaucoup d'importance à ce côté-là de mes ancêtres. Sans être graphologue et faire une analyse complète, ce n'est absolument pas le propos, il est important de regarder ces signatures.

Notre grand-mère Marguerite Juliette écrivait très mal, mais elle écrivait. Je me demandais toujours comment faisait le facteur pour acheminer les lettres… Petits, nous ne pouvions pas lire ce qu'elle nous racontait, mais nos parents y arrivaient très bien : l'habitude. Marguerite Juliette est née à la campagne, Condé-en-Brie, dans l'Aisne. Deuxième d'une fratrie de quatre filles, elle a été orpheline à l'âge de treize ans. Elle épouse notre grand-père à l'âge de seize.

MENOT Charles - 1932

Je m'interroge donc sur le "comment a-t-elle appris à écrire ?" J'ai toujours cru que son mari, notre grand-père Charles Auguste, ne savait pas écrire : nous n'avons jamais reçu quoique ce soit par écrit de sa part, il ne signait pas non plus les lettres qui nous étaient adressées… Pourtant, il est témoin au mariage de sa sœur Madeleine Georgette, le 28 mai 1932, et il a une jolie signature, à son image, tel qu'il reste dans mes souvenirs…

Allons regarder l'acte de mariage de ses parents… Son père, Athanase Jules signe l'acte d'une petite écriture ; par contre, sa mère, Eugénie, l'écriture est franche et grande. Là aussi, il est étonnant qu'une femme âgée de vingt-trois ans soit instruite. Car je sens bien, derrière cette signature, qu'il y a l'instruction. Oh, n'imaginons pas les études supérieures des grandes écoles, mais le principe de base : lire et écrire ; je vais même jusqu'à penser qu'elle sait compter !

Cet autre ancêtre, bien plus lointain, Charles LANGINIER qui signe d'une belle et énergique écriture en tant que témoin dans un mariage, le 7 janvier 1713 à Chassemy (02). Dans ce registre, il est à noter que le curé ne fait signer aucun témoin lors des baptêmes… ou pas souvent !

Il y a quelques années de cela, à mes tout début de recherche aux archives départementales de l'Aisne, j'avais donné pour consigne à mon fils, alors âgé de quatorze ans "tu relèves tous les documents où il y a une signature "MENOT". Il a commencé par tourner les pages très soigneusement, voire religieusement : du papier très épais – comme l'emballage des bouteilles de champagne – puis il m'a dit : "Mais tous les actes ont la signature, alors… je relève tout !". Comment ? Tous les actes ont la signature MENOT ?... Je vérifie, bien évidemment, et là, nous avons presque eu un fou-rire. Tous les actes avaient bien cette signature pour la bonne et unique raison que ce MENOT là était enfant de chœur !

Autre détail qui a son importance : lorsqu'il y a un doute sur la lecture d'un patronyme dans un acte, la signature nous donne souvent la solution, même, si, parfois, l'orthographe différencie de ce qui peut être noté. Les uns, le curé ou les premiers officiers d'état-civil, ou les autres, les intéressés, écrivaient leurs patronymes en phonétique. De toute façon, beaucoup ne savaient pas lire…

J'espère que vous n'allez plus regarder les actes de la même manière. Attachez-vous à regarder les signatures, oh, pas celle pompeuse qui prend la moitié de la page, mais celle de ce manouvrier ou de cette lingère…

Pour ma part, j'utilise aussi les signatures comme document iconographique de ma généalogie. Qui aurait des photos de son ancêtre né en 1702, voire surtout avant cette date ?...